vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3P |
| Avocat requérant | SELARL KREIZEL - VIRELIZIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2021 et le 25 avril 2023, Mme A C, représentée par Me Virelizier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle il a été refusé de faire droit à la contestation de ses indus de revenu de solidarité active (RSA), d'aide personnelle au logement (APL), de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année et à sa demande de remise gracieuse de ces indus ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse de ses indus et de réduire ses dettes ;
3°) de condamner le département de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 6 331,18 euros en réparation du préjudice moral subi ;
4°) de condamner la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 392,10 euros en réparation du préjudice moral subi ;
5°) de mettre à la charge du département la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* elle n'est pas responsable des erreurs commises par la caisse d'allocations familiales (CAF) à laquelle elle et son mari ont toujours adressé les pièces nécessaires ;
* la situation financière de sa famille ne leur permet pas de rembourser les sommes dues ;
* aucune faute ou erreur ne peuvent leur être reprochées de sorte que les indus relèvent de la responsabilité du département de la Seine-Maritime ;
* l'administration a manqué à son obligation d'information à leur égard ;
* ils sont de bonne foi ;
* leurs dettes doivent être réduites au regard de leur situation financière ;
* les retenues de 106,50 euros au titre de l'indu d'APL en avril 2022 et de 83,83 euros au titre de l'indu de prime d'activité sont irrégulières et leur ont causé un préjudice financier ;
* les demandes de remboursements leur ont causé des troubles psychologiques et neurologiques à la source d'un préjudice moral qui doit être évalué à 6 982,28 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les éventuelles conclusions tendant à la contestation de l'indu sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'un recours préalable en ce sens et que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Les parties, averties que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens soulevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en raison de l'absence de demande préalable et de l'irrecevabilité des conclusions relatives à la contestation des indus en raison du défaut de recours administratif préalable, y ont répondu par mémoires du 27 avril 2023.
Vu :
* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
* les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de la sécurité sociale ;
* le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C bénéficiaient d'un droit au RSA et de la prime d'activité depuis leur demande de 2017 et de l'APL depuis 2019. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle des ressources du couple, les intéressés se sont vu réclamer, le 29 janvier 2021, la somme de 2 842,84 euros au titre d'un indu de RSA socle INK-003 et de 33 euros de prime d'activité pour la période du 1er mai 2019 au 30 avril 2020. Ils se sont vu réclamer, le 22 février 2021, la somme de 259 euros au titre d'un indu d'APL. Ils se sont vu réclamer, le 15 mars 2021, la somme de 4 619,42 euros au titre d'indus de RSA socle INK-004, de prime d'activité et d'APL pour la période du 1er mars 2020 au 31 janvier 2021. Par courriels des 11 février 2021, 9 mars 2021 et 19 mars 2021 ainsi que par courrier du 24 mars 2021, Mme C a sollicité la remise gracieuse de ces différents indus. Le 9 avril 2021, Mme C était informée de la remise partielle de sa dette de RSA INK-003 et du refus de sa demande relative à l'indu de RSA INK-004. Un refus relatif aux dettes de prime d'activité et de prime exceptionnelle ainsi qu'une remise totale de ses dettes d'APL lui était adressé par quatre courriers du 12 avril 2021. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des décisions prononçant des indus à son encontre, la remise totale de ses dettes ainsi que la condamnation de la CAF et du département de la Seine-Maritime à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, il est constant que les dettes d'APL dont était redevable Mme C et qui lui ont été notifiées par courriers des 22 février 2021 et 15 mars 2021 ont été remises par la CAF de la Seine-Maritime, ce dont la requérante a été informée par deux courriers du 12 avril 2021. D'autre part, il résulte de l'instruction que, tant dans les recours administratifs qu'elle a adressés à la CAF que dans sa requête, Mme C a indiqué que la faute commise dans le calcul de ses droits relevait d'une erreur de la CAF et n'était pas de son fait, de sorte que les indus mis à sa charge devaient être remis. Ce faisant, l'intéressée ne peut pas être regardée comme ayant contesté les indus mis à sa charge, mais comme ayant sollicité leur seule remise. Si, dans le mémoire produit le 25 avril 2023, Mme C entend contester le principe des indus mis à sa charge, il résulte toutefois de l'instruction qu'une telle demande n'a pas été précédée d'un recours administratif de sorte qu'elle est en tout état de cause irrecevable.
Sur la remise gracieuse :
3. Il résulte des dispositions des articles L. 262-17, L. 262-46 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, des articles L. 823-9, L. 831-1 et L. 835-2 du code de la sécurité sociale, des articles L. 351-3 et R. 351-5 du code de la construction et de l'habitation ainsi que de l'article 6 du décret du 30 décembre 2015 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite que le bénéficiaire de ces aides ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, d'APL, de prime d'activité et de prime exceptionnelle, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
5. Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s'il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l'examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure à l'audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l'ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l'indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d'instruction ou d'inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d'allégations insuffisamment étayées.
6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un contrôle de la CAF ayant révélé que M. et Mme C n'avaient pas déclaré l'ensemble de leurs ressources, des indus de RSA, de prime d'activité et de prime exceptionnelle leur ont été réclamés pour la période du 1er mai 2019 au 31 janvier 2021.
7. D'une part, la circonstance, à la supposer établie, que les indus en litige trouvent leur origine dans des erreurs commises par les services de la CAF de la Seine-Maritime dans le traitement des informations données par Mme C, qui est un élément sans incidence sur la réalité des indus, est en tout état de cause inopérante pour solliciter une remise gracieuse de ces dettes.
8. D'autre part, à supposer même que Mme C puisse, nonobstant la récurrence des omissions déclaratives, être regardée comme de bonne foi, elle ne produit, au soutien de sa demande, aucun élément permettant de justifier qu'elle serait actuellement dans une situation de précarité telle qu'elle serait dans l'incapacité de rembourser l'intégralité des indus restant à sa charge alors qu'elle a d'ores et déjà bénéficié de remises de dettes et qu'il n'est pas contesté que son foyer n'est plus éligible à la perception du RSA. Il n'y a donc pas lieu de lui accorder une remise des indus qu'elle sollicite.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Les conclusions tendant à ce que le département de la Seine-Maritime soit condamné à verser à Mme C des sommes qu'elle estime dues au titre des préjudices moraux subis ne peuvent qu'être rejetées dès lors que, dans la mesure où les recours présentés par Mme C ne peuvent s'analyser en une demande indemnitaire, elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable adressée à l'administration et alors, au surplus, que l'intéressée ne justifie ni de l'existence d'une perte financière ni de ce qu'une action fautive de l'administration serait à l'origine des troubles médicaux qu'elle invoque.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est fondée à demander au tribunal ni l'annulation des indus de RSA, d'APL, de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge, ni la remise gracieuse de ses indus, pas plus que l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au président du conseil départemental de la Seine-Maritime et au directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023
Le magistrat désigné,
signé
T. B
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101842
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026