mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LAUNOIS FLACELIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2021, l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C, représentées par Me Cocquebert, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la note de cadrage du 8 décembre 2020 du préfet de la Seine-Maritime relative à l'adaptation de l'offre d'hébergement d'urgence et d'insertion dans le département ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles justifient d'un intérêt pour agir contre la décision du 8 décembre 2020 eu égard à son objet statutaire et à l'objet de la mesure ;
- la décision litigieuse est un acte administratif réglementaire aux effets impératifs, introduisant une priorisation pour l'accès à l'hébergement d'urgence et une exclusion de certains usagers, non prévue par la loi, à l'hébergement d'insertion ; la note de cadrage est susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- faute de publication de la décision, le délai de recours contentieux pour introduire une requête au fond n'est pas opposable ;
- le préfet n'était pas compétent, au regard de l'article 4 de la loi du 31 mai 1990, pour réviser le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD), sans l'intervention conjointe du président du conseil départemental ;
- le délégué interministériel pour l'hébergement et l'accès au logement est seul compétent depuis le 1er avril 2021 pour édicter une mesure relative à la gestion et au pilotage des acteurs du secteur accueil hébergement insertion ;
- le préfet, en recourant à une procédure destinée à mettre en œuvre un objectif du plan départemental, qui n'avait pas à être utilisé pour restreindre les droits des usagers du service public de l'hébergement et de l'accès au logement, a détourné cette procédure de son objet ; seule une procédure législative ou réglementaire était susceptible de réformer les conditions d'accès au service public de l'hébergement et de l'accès au logement, conformément à l'article L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision institue une inégalité de traitement des usagers du service public en priorisant l'admission des usagers susceptibles d'avoir accès à l'hébergement d'urgence et en prescrivant une exclusion totale de l'hébergement d'insertion une catégorie d'usagers du service public ; l'acte est dépourvu de précisions utiles quant aux éléments permettant de déterminer le caractère exécutoire d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la note de cadrage méconnaît l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles dont découle le principe d'inconditionnalité de l'accueil ; la démonstration de l'existence d'une situation de vulnérabilité sera difficile pour les personnes se trouvant effectivement dans une telle situation ;
- l'acte attaqué, qui prescrit une durée d'hébergement, méconnaît l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision, en excluant les personnes étrangères faisant l'objet d'une mesure d'éloignement de l'accès à l'hébergement d'insertion, ajoute une condition qui n'est pas prévue par la loi en méconnaissance de l'article L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision, impliquant une vérification systématique de la situation administrative des personnes étrangères sollicitant une place dans un dispositif d'hébergement d'insertion, est entachée d'un défaut de base légale ;
- la décision attaquée implique une collecte des données personnelles des personnes étrangères faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire en méconnaissance de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/679 du parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 décembre 2021 et le 19 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les associations requérantes ne justifient pas d'un intérêt pour agir ; la réforme, qui a pour objet d'améliorer le volume de l'offre d'hébergement et l'offre de service des premiers accueils, ne remet pas en question les droits des personnes et ne contrevient donc pas à l'objet social des requérantes ;
- la requête est irrecevable faute de contester un acte administratif à caractère décisoire, la note de cadrage n'étant qu'un point d'étape d'une réforme en cours d'élaboration ; subsidiairement, la note n'est pas susceptible d'avoir des effets notables et n'a pas pour objet, ni pour effet de modifier le droit positif ;
- la requête est tardive, les opérateurs ayant introduit une requête plus de cinq mois après la transmission de la note aux opérateurs ;
- les moyens soulevés par l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C ne sont pas fondés.
Par une intervention et des mémoires, enregistrés le 11 juin 2021, le 21 octobre 2021 et le 21 février 2022, l'association La Cimade demande au tribunal de faire droit à la requête n° 2101943 de l'association Médecins du monde et de la Fondation Abbé C.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable, dès lors qu'elle justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et l'objet du litige ;
- les actes attaqués ont un caractère décisoire ; par courrier du 9 avril 2021, le préfet a demandé aux centres dits d'insertion de mettre en place une nouvelle procédure d'admission ;
- le préfet entend réorganiser le dispositif d'hébergement départemental en méconnaissance de l'article L. 345-1 et de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;
- en prescrivant une durée d'hébergement, la réforme porte atteinte au principe de continuité de l'accueil ;
- en instaurant le critère de priorisation tenant à " la vulnérabilité persistante ", le préfet entache les décisions contestées d'incompétence ;
- le préfet entache sa décision d'incompétence, en instaurant un critère de " vulnérabilité " pour être désigné prioritaire à l'accès à un lieu de mise à l'abri ;
- le critère de " l'absence d'obligation de quitter le territoire exécutoire " méconnaît l'article L. 111-2 du de l'action sociale et des familles ; aucune disposition législative et réglementaire ne prévoit un tel critère de la régularité du séjour ;
- en fixant à six mois la durée de l'accueil dans le centre d'hébergement et de réinsertion sociale et en réservant le renouvellement de l'aide sociale d'Etat au respect de critères définis par l'annexe contestée, le préfet méconnaît l'article R. 345-4 du code de l'action sociale et des familles, la durée de l'accueil étant déterminée par le responsable du centre et le renouvellement ne pouvant être refusé qu'en application des conventions conclues entre l'Etat et l'établissement ;
- la réorganisation du dispositif d'hébergement est manifestement contraire à l'esprit et à la lettre de la loi du 5 mars 2007 relative au droit au logement opposable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 2016/679 du parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2009-1484 du 3 décembre 2009 ;
- le décret n° 2010-687 du 24 juin 2010 ;
- le décret n° 2010-817 du 14 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme E,
- et les observations de Me Cocquebert, représentant l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C, de M. B représentant l'association La Cimade, et de M. A et M. F, représentant le préfet de la Seine-Maritime.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté conjoint du 4 janvier 2017, le préfet de la Seine-Maritime et le président du conseil départemental de la Seine-Maritime ont approuvé le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD), au titre de la période 2017-2022. Par un courrier du 11 décembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a communiqué aux responsables des centres d'hébergement une note de cadrage du 8 décembre 2020 intitulée " Adaptation de l'offre d'hébergement " élaborée à la suite de réflexions engagées dans le cadre de l'axe n° 2 du plan. Par un recours, enregistré le 20 mai 2021 au greffe du tribunal administratif de Rouen sous le numéro 2101944, la Fondation Abbé C, l'association Médecins du monde et l'association La Cimade, cette dernière étant intervenue volontairement à l'instance, ont demandé la suspension de l'exécution de cette note de cadrage du 8 décembre 2020. Le juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté cette demande de suspension par une ordonnance du 18 juin 2021. Par une seconde ordonnance du 20 janvier 2022, le juge des référés a rejeté une nouvelle demande de suspension de l'exécution de la note de cadrage du 8 décembre 2020, demande formulée par les associations requérantes, ainsi que par la Fédération des acteurs de la solidarité Normandie, dans une requête enregistrée le 5 décembre 2021 sous le numéro 2104886. Par la requête susvisée, les associations requérantes demandent au tribunal d'annuler cette note de cadrage du 8 décembre 2020 du préfet de la Seine-Maritime.
Sur la fin de non-recevoir tirée du caractère préparatoire de l'acte attaqué :
2. Par le courrier du 11 décembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a adressé aux opérateurs concernés la note de cadrage du 8 décembre 2020, qui a été élaborée à la suite de réflexions engagées dans le cadre de l'axe n° 2 du plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées visant à " Adopter le contenu des prestations des centres d'hébergement pour l'adapter aux besoins ". Cette note propose une nouvelle configuration du dispositif d'hébergement en distinguant deux catégories de places, à savoir les places en hébergement d'urgence, dit de " mise à l'abri ", et celles en hébergement d'insertion. Elle précise, en outre, que les places de mise à l'abri sont accessibles à tout public, que des critères de priorisation sont fixés en fonction du niveau de vulnérabilité de la personne et que la durée d'hébergement est limitée. Enfin, la note de cadrage détermine les conditions d'accueil en hébergement d'insertion en excluant du dispositif les personnes étrangères faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire. Si les associations requérantes soutiennent que la note contestée arrête les modalités de la réforme de l'offre d'hébergement, le préfet précise, dans la lettre du 11 décembre 2020 accompagnant l'envoi de cette note de cadrage, qu'il ne s'agit que d'une nouvelle version de ce document qui " fera l'objet d'un temps d'échange " lors d'une réunion du 14 décembre suivant et sera présenté au comité responsable du plan, lequel est chargé, ainsi que le prévoit l'article 3.1 du plan relatif aux " instances de pilotage stratégique et technique ", de " valider des documents cadres ". Dans ces conditions, la note de cadrage du 8 décembre 2020, qui se trouvait à la date de son adoption à l'état de projet, présente le caractère d'une mesure préparatoire insusceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Maritime doit être accueillie.
3. Il résulte de ce qui précède que l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C ne sont pas fondées à demander l'annulation de la note de cadrage du 8 décembre 2020 du préfet de la Seine-Maritime relative à l'adaptation de l'offre d'hébergement d'urgence et d'insertion dans le département.
Sur l'intervention de l'association La Cimade :
4. L'intervention de l'association La Cimade est présentée à l'appui de la requête de l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C. Cette requête étant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, irrecevable, l'intervention n'est en conséquence pas recevable.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'association La Cimade n'est pas admise.
Article 2 : La requête de l'association Médecins du monde et la Fondation Abbé C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Médecins du monde, à la Fondation Abbé C, à l'association La Cimade et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
H. D
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026