mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102479 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LANGUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2021, et un mémoire, enregistré le 9 novembre 2021, Mme A B, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle la première présidente de la Cour d'appel de Rouen a procédé à son licenciement avant l'issue de sa période d'essai ;
2°) d'enjoindre au tribunal judiciaire du Havre de procéder à sa réintégration ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- son licenciement a été prononcé à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles 45-2 et 47 du décret du 17 janvier 1986 ;
- méconnaît les dispositions de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;
- méconnaît le principe de non-discrimination et le principe d'égalité de traitement entre les hommes et les femmes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, la première présidente de la Cour d'appel de Rouen conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 17 mai 2022 fixant la clôture de l'instruction au 17 juin 2022 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Un mémoire en défense produit par la première présidente de la Cour d'appel de Rouen, enregistré le 22 décembre 2021, n'a pas été communiqué, eu égard à son contenu.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Languil, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée en qualité d'agent contractuel de catégorie B auprès du tribunal judiciaire du Havre au titre de la période du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2023. Par avenant du 9 février 2021, sa période d'essai initiale de trois mois a été renouvelée pour la période du 1er mars au 31 mai 2021. Le 4 mars 2021, Mme B a fait part à sa hiérarchie de son état de grossesse. Le 21 avril 2021, elle a reçu une convocation pour un entretien préalable de licenciement fixé au 23 avril 2021. Par la décision attaquée du 26 avril 2021, la première présidente de la Cour d'appel de Rouen a prononcé son licenciement à compter du 30 avril 2021.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. "
3. Il ressort des mentions de la décision qu'elle vise le contrat de travail de l'intéressée, qui renvoie notamment au décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat. La décision fait état des faits regardés par l'administration comme justifiant le licenciement de l'intéressée avant l'issue de sa période d'essai. Dès lors, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, les dispositions des articles 45-2 et 47 du décret du 17 janvier 1986, qui régissent la procédure applicable au licenciement des agents contractuels de l'Etat, ne s'appliquent pas aux hypothèses de licenciement en cours de période d'essai. Les dispositions de l'article 9 du même décret, qui régissent spécialement la procédure applicable au licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne prévoient, quant à elles, ni la communication de son dossier administratif à l'agent, ni le respect d'un délai de prévenance entre la convocation à l'entretien préalable et la tenue de celui-ci, ni l'information préalable de l'agent sur les éléments susceptibles de justifier son licenciement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour méconnaissance des articles 45-2 et 47 du décret du 17 janvier 1986 est inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 : " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / () La période d'essai peut être renouvelée une fois pour une durée au plus égale à sa durée initiale. () "
6. Il ressort de la décision attaquée que la première présidente de la Cour d'appel de Rouen a prononcé le licenciement de Mme B au motif qu'elle avait fait état de manquements et d'erreurs répétés dans les diverses tâches qui lui ont été confiées depuis son recrutement et qu'elle n'a pas été en mesure de les corriger malgré les observations de sa hiérarchie et l'accompagnement dont elle a bénéficié.
7. Il ressort d'abord des pièces du dossier que Mme B a été recrutée par contrat à compter du 1er décembre 2020 pour exercer, au sein notamment du service d'accueil unique du justiciable (SAUJ) du tribunal judiciaire du Havre, des missions d'accueil et d'information du justiciable, de tri du courrier, mais également d'assistance auprès des personnels de greffe du tribunal pour la réalisation de tâches non juridictionnelles. Si la requérante soutient tout d'abord que l'essentiel des manquements qui lui reprochés sont relatifs à son affectation au sein du service des expertises où lui ont été confiées des tâches étrangères à son contrat et à sa fiche de poste, sans que l'avenant à son contrat n'ait modifié ses missions, elle a toutefois dans un premier temps été exclusivement affectée au SAUJ puis a également été affectée, à mi-temps, au service des expertises du tribunal, en prévision du départ d'un agent au sein de ce service à compter du 1er janvier 2021. Afin d'assurer sa formation et le tuilage avec son prédécesseur, l'intéressée a exercé des fonctions au sein du service des expertises dès le 8 décembre 2020. Si, dans le cadre de son affectation dans ce service, la requérante s'est vu confier des tâches relatives notamment à l'interaction avec les experts, à la préparation de dossiers pour leur traitement par un magistrat et à la rédaction de projets d'ordonnances, ces tâches ne sont pas étrangères aux fonctions d'assistance des personnels de greffe du tribunal, mentionnées par sa fiche de poste. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que les insuffisances reprochées à Mme B portaient tant sur ses missions au sein du service des expertises que sur celles qu'elle exerçait au SAUJ.
8. Si la requérante soutient, ensuite, que les insuffisances reprochées ne sont pas établies, qu'elle n'a pas bénéficié d'une formation adéquate sur les nouvelles tâches qui lui ont été confiées et que son affectation à mi-temps au sein du service des expertises ne lui a pas permis d'acquérir une pleine autonomie sur ses fonctions au sein du SAUJ, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du 16 avril 2021 sur sa manière de servir, que les projets ordonnances qu'elle rédigeait contenaient trop d'erreurs telles que des fautes d'orthographe, des fautes de frappe et d'enregistrement quoique le travail confié atteignait une certaine complexité. Ce rapport relève également des problèmes de non-respect du principe du contradictoire dans la diffusion des ordonnances. S'agissant des missions effectuées au sein du SAUJ, le rapport fait état des difficultés de Mme B vis-à-vis du courrier, mais également de difficultés de communication avec ses collègues et des fautes de frappe et d'orthographe dans l'enregistrement des actes de greffe. Si l'évaluation de la première période d'essai de la requérante était globalement positive, cette évaluation mentionnait également des erreurs de forme ainsi que les efforts encore requis de sa part dans l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice de ses fonctions, de sorte qu'il a été décidé de renouveler sa période d'essai. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, contrairement à ce qu'elle soutient, a bénéficié de formations ainsi que d'un accompagnement régulier, notamment par sa cheffe de service, qu'elle n'a au demeurant informée d'aucune difficulté particulière dans l'accomplissement de ses missions au cours de leurs entretiens. Si la requérante fait état de difficultés de communication avec le magistrat en charge des expertises, dont elle a fait part à sa cheffe de service, elle n'indique pas dans quelle mesure ces difficultés auraient affecté l'exercice de ses fonctions alors que les manquements qui lui sont reprochés apparaissent en lien avec des erreurs commises en amont de l'intervention de ce magistrat. Si la formation par son prédécesseur a pu être succincte voire incomplète, Mme B ne conteste pas avoir également bénéficié, par la suite, de l'accompagnement de collègues déjà formées à ces missions d'expertise et s'être vu affecter un binôme pour pallier aux difficultés qu'elle pouvait rencontrer. Il ressort à cet égard du compte-rendu d'une réunion de service du 26 mars 2021, ainsi que d'échanges de courriels produits en défense, que les erreurs commises par Mme B ont persisté malgré les conseils et l'accompagnement de ses collègues, si bien que ces dernières se trouvaient régulièrement contraintes d'effectuer à nouveau les mêmes tâches. Enfin, si la requérante soutient que l'administration ne saurait lui reprocher des insuffisances relatives à l'accueil et à l'information du public au sein du SAUJ dès lors qu'elle n'aurait pas été en mesure d'acquérir une autonomie sur ces fonctions en étant affectée à mi-temps au service des expertises, il ressort des pièces du dossier que des carences ont également été constatées dans le tri du courrier, tâche que Mme B effectuait quotidiennement depuis son recrutement. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 visé ci-dessus que la première présidente de la Cour d'appel de Rouen a considéré que Mme B ne disposait pas des compétences et des aptitudes professionnelles nécessaires à l'exercice de ses missions, justifiant son licenciement avant l'issue de sa période d'essai.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de sa grossesse, () une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. () " Aux termes de l'article 4 de cette même loi : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. () "
10. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure ou une pratique a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. Mme B soutient que son licenciement a été prononcé en raison de son état de grossesse et qu'il est constitutif d'une discrimination. L'administration fait valoir que la décision attaquée repose exclusivement sur les compétences de la requérante, eu égard aux motifs exposés aux points 7 à 9. En outre, les manquements qui lui sont reprochés préexistaient à l'annonce de son état de grossesse effectuée par l'intéressée le 4 mars 2021 et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette circonstance aurait constitué un motif, même indirect, de son licenciement. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme faisant état d'éléments de nature à faire présumer l'existence d'une discrimination en raison de son état de grossesse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-discrimination et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2021 par laquelle la première présidente de la Cour d'appel de Rouen a prononcé son licenciement avant l'issue de sa période d'essai. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SCP Vallée-Languil et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera transmise, pour information, à la première présidente de la Cour d'appel de Rouen.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2102479
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026