mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 juin 2021 et le 24 septembre 2021, Mme D B C, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision, née du silence gardé par l'administration sur sa demande, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer et de statuer sur sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, en tout état de cause et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de ce jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que la décision attaquée :
- a été signée par une autorité incompétente, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît le droit à une bonne administration et le droit d'être entendu, tirés de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable ;
- méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut :
1°) à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à son rejet.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme B C dès lors que cette dernière a retiré sa demande de la plateforme en ligne " démarches simplifiées " ;
- il était en tout état de cause fondé à refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée dès lors que cette dernière a pris un rendez-vous, le 14 décembre 2020, pour le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, dans la catégorie " remise de titre " et non " demande de titre ".
Par un courrier du 15 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête à fin d'annulation d'une décision implicite de refus de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet de la Seine-Maritime, dès lors que cette dernière autorité n'a été saisie d'aucune demande de délivrance de titre de séjour par Mme B C.
Par un mémoire enregistré le 23 avril 2023, Mme B C a présenté ses observations sur ce moyen relevé d'office.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 14 juin 2021 par laquelle Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 17 mai 2022 fixant la clôture de l'instruction au 18 juillet 2022 à 12h;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leroy, représentant Mme B C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 12 janvier 2002, est entrée en France le 14 avril 2015, sous couvert d'un visa de court séjour, afin de rejoindre sa mère. Le 13 janvier 2020, alors domiciliée dans les Yvelines, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès des services de la préfecture de ce département. Ayant déménagé au Havre au mois d'avril 2020, puis à Canteleu à l'été 2020, elle a cherché, entre les mois de septembre et décembre 2020, à voir le dossier de sa demande de titre de séjour transféré aux services de la préfecture de la Seine-Maritime. Elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet, qu'elle estime née du silence gardé par le préfet de la Seine-Maritime sur sa demande.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Une capture d'écran de la plateforme " démarches simplifiées ", effectuée à une date au demeurant indéterminée, n'est, en l'espèce, pas de nature à établir qu'aucune demande de titre de séjour n'était enregistrée par les services préfectoraux pour Mme B C dès lors qu'elle justifie pour sa part, par la production d'une lettre reçue par l'administration le 16 décembre 2020, avoir engagé des démarches en vue de la délivrance d'une carte de séjour. Il ne ressort pas de pièces du dossier que l'intéressée aurait renoncé à sa demande. Par suite, le présent litige n'est pas devenu sans objet et l'exception de non-lieu opposée par le préfet de la Seine-Maritime en défense doit être écartée.
Sur la recevabilité :
3. Il ressort des pièces du dossier que, si les services de la préfecture de la Seine-Maritime ont refusé d'enregistrer les documents que Mme B C avait apportés lors de son rendez-vous du 11 décembre 2020, s'agissant notamment de la naissance de son fils de nationalité française, l'intéressée les a transmis à ces mêmes services par un courrier dont il a été accusé réception le 16 décembre 2020. Etait joint à ce courrier un document qui, d'une part, formait un recours gracieux contre le refus opposé à Mme B C de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et, d'autre part, invitait le préfet de la Seine-Maritime à considérer sa demande de titre de séjour au regard des éléments produits et sur le fondement, notamment, du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable. Au surplus, dès le 9 octobre 2020, Mme B C avait été informée par courriel de la préfecture de la Seine-Maritime, à l'occasion de sa demande de renouvellement de récépissé, que le dossier de sa demande avait été transféré à ses services. Par conséquent, le préfet de la Seine-Maritime a été saisi par la requérante d'une demande de titre de séjour, au plus tard le 16 décembre 2020. Il n'est pas soutenu que cette demande était incomplète. A l'expiration du délai de quatre mois à compter de cette date, du silence gardé par cette autorité est née une décision implicite de rejet de cette demande, dont la requérante est recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir.
Sur la légalité de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () ° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; () "
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B C a donné naissance, le 7 avril 2020, à un enfant dont le père, qui l'a reconnu le 11 septembre 2020, est de nationalité française. Si cet enfant a été confié par ses parents aux services d'une pouponnière du Havre du 27 juillet 2020 au 30 octobre 2020, en raison de leur précarité, la requérante justifie avoir maintenu un lien constant avec lui pendant cette période, par des visites qui ont fait l'objet d'évaluations très positives, et que son fils a vécu à nouveau auprès d'elle dès qu'elle a disposé d'un hébergement. Mme B C doit dès lors être regardée comme ayant contribué effectivement, à la date de la décision attaquée et depuis sa naissance, à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française. Par suite, elle est fondée à soutenir qu'en lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, le préfet de la Seine-Maritime a fait une inexacte application de ces dispositions.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'annulation de la décision litigieuse, eu égard au motif qui la fonde, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent, sous réserve toutefois de changements dans la situation de l'intéressée, délivre à Mme B C une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de Mme B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer une carte de séjour à Mme B C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B C, sous réserve de changements dans sa situation, une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B C, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
M. ALe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026