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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2102792

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2102792

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2102792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, M. F A, représenté par Me Nejla Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours administratif contre la décision du 5 mars 2021 portant refus d'octroi de l'allocation d'adolescent autonome ;

2°) d'enjoindre au département de la Seine-Maritime de lui accorder la totalité des aides refusées depuis sa demande en date du 6 janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 à verser directement à Me Berradia, à condition que cette dernière renonce à l'aide juridictionnelle.

M. D soutient que la décision du 16 avril 2021 du président du conseil départemental de la Seine-Maritime :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et l'administration aurait pu lui demander un complément d'informations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E comme juge statuant seule dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision du 5 juillet 2021 prononçant l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport a été présenté au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à la suite d'une décision du juge des enfants du 18 février 2019. Le 6 janvier 2021, il a sollicité l'octroi de l'allocation adolescent autonome. Par une décision du 5 mars 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a refusé de lui octroyer cette allocation. Le 18 mars 2021, M. A a formulé un recours administratif contre cette décision. Par une décision du 16 avril 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté le recours administratif.

2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'aide sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes du septième alinéa de l'article L. 222-5 du même code : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants ".

3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne peut utilement soutenir, à l'appui de sa requête, que la décision rejetant sa demande de prise en charge serait insuffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ". L'administration, qui n'est tenue de solliciter que la production de documents limitativement énumérés par les textes législatifs et réglementaires en vigueur, n'est pas tenue d'inviter un demandeur d'allocation autonomie à produire d'autres pièces que celles qu'il a jointes de nature à justifier du bien-fondé de sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû adresser au requérant une demande de pièces complémentaires en application de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de la fiche 2.3 du règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Maritime adopté par délibération n°1.5 du 10 décembre 2020 : " l'allocation autonomie est accessible aux jeunes réunissant les conditions suivantes : /- Être un mineur émancipé, un majeur âgé de moins de vingt et un ans ou un mineur hébergé en structure hôtelière ou chez un tiers accueillant bénévole. / - Avoir été confié à l'ASE de Seine-Maritime, et accompagné dans un lieu d'accueil habilité sur le territoire de Seine-Maritime. / - Faire la demande dans la continuité du placement. / - Être confronté à des difficultés d'insertion sociales faute de ressources ou d'un soutien familial insuffisant ".

8. M. A fait valoir qu'il a des revenus modestes, qu'il a informé l'ASE que sa concubine est sans ressource, qu'il va avoir la charge d'un enfant et qu'il remplit les conditions afin de bénéficier de l'allocation adolescent autonome. Toutefois, le département fait valoir sans être contesté, que M. A s'était déjà construit une épargne de 10 000 euros en 2020, qu'il a un salaire moyen d'environ 800 euros, que son loyer est de 325 euros par mois, que sa consommation d'électricité est de 108 euros, que son forfait internet est de 15 euros, que son assurance est de 17,99 euros et que son forfait alimentaire et hygiène peut être évalué à 200 euros impliquant un reste à vivre de 134,01 euros. Enfin, la seule production d'une attestation de demandeur d'asile de Mme C B concubine de M. A n'implique pas, en tout état de cause, l'absence totale de ressources de sa concubine. Au demeurant, l'allocation autonomie n'a pas vocation à prendre en compte les charges induites par une famille. Par suite, et dès lors que le requérant ne démontre pas être confronté à des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant, le moyen tiré de l'erreur manifestation d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qu'il précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Nejla Berradia et au département de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La magistrate désignée,

A. ELe greffier,

J. L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°21027920

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