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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2102927

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2102927

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2102927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantDUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2021, M. B C, représenté par Me Dubois, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 par lequel le préfet de l'Eure lui a retiré sa carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa situation et ce dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui remettre un titre de séjour dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

5°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile et de suspendre l'exécution des décisions attaquées ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et à titre subsidiaire, la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- méconnaît les articles 46§1 et 46§3 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, ensemble les stipulations des articles 2, 3 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'illégalité dès lors que M. C dispose d'un droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile rende sa décision en application du paragraphe de l'article 46 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation en l'absence de menace grave pour la sûreté de l'Etat ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 janvier 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Le Duff, premier conseiller ;

- les observations de Me Dubois présentées pour M. C, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens, précisant que M. C, qui réside dans le département de la Seine-Saint-Denis, ne bénéficie depuis la décision contestée d'aucun titre de séjour ;

- le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 22 mars 1976 à Kodikaman (Srilanka), de nationalité sri-lankaise, est entré régulièrement en France en juin 1999, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui ayant accordé le statut de réfugié par une décision du 21 juin 2001. M. C a bénéficié d'une première carte de résident valable du 20 août 2001 au 19 août 2011 avant qu'il ne bénéficie d'une seconde carte de résident valable du 20 août 2011 au 19 août 2021. M. C s'est marié le 25 mars 2006 avec Mme A D, et de leur union sont nés trois enfants, mineurs au jour de la décision attaquée. Par arrêt en date du 23 septembre 2016, M. C a été condamné par la cour d'assises d'appel de Seine-Saint-Denis à la peine de douze ans de réclusion criminelle assortie d'un suivi socio-judiciaire à hauteur de cinq ans, pour des faits de viol avec la circonstance qu'ils ont été commis en état de récidive légale. A la suite de cette condamnation, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a retiré à l'intéressé le statut de réfugié le 15 février 2021 au motif qu'il existait des raisons sérieuses de considérer que la présence en France de l'intéressé constituait une menace grave et actuelle pour la société française, et ce bien qu'il fût écroué. Cette décision a été contestée par un recours devant la Commission nationale du droit d'asile (CNDA) enregistré le 23 mars 2021. Suivant courrier du 20 mai 2021, le préfet de l'Eure a informé M. C qu'il envisageait de procéder au retrait de sa carte de séjour délivrée le 20 août 2011, tout en lui permettant de bénéficier, eu égard à l'ancienneté de sa présence en France, d'une carte de séjour temporaire annuelle mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 9 juin 2021, le préfet de l'Eure a retiré la carte de résident délivrée à M. C, en application des dispositions de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C demande l'annulation de l'arrêté portant retrait de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin au statut de réfugié par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce statut, la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 et L. 424-3 est retirée. / L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. / La carte de résident ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par décision en date du 15 février 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au statut de réfugié de M. C en application du 2° de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que sa présence sur le territoire français constitue une menace grave pour la société.

4. Aux termes de l'arrêté en date du 9 juin 2021 portant retrait de la carte de séjour, le préfet de l'Eure considère que si le recours suspensif formé par M. C auprès de la commission nationale du droit d'asile ne permet pas la reconduite à la frontière, il n'est pas de nature à empêcher le retrait d'une carte de résident et l'octroi en lieu et place d'une carte de séjour temporaire d'un an au titre de la vie privée et familiale. Il ressort toutefois des dispositions précitées de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que seule une décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides permet le retrait par l'autorité administrative de la carte de résident. En l'espèce, ainsi que le fait valoir le requérant, le préfet a pris sa décision alors qu'un recours formé le 26 mars 2021 devant la Commission nationale du droit d'asile demeurait pendant, de sorte que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui retirant le statut de réfugié n'était pas devenue définitive. Dans ces conditions, le préfet de l'Eure qui ne pouvait, à la date de la décision en litige, retirer la carte de résident dont bénéficiait M. C, a méconnu les dispositions de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 juin 2021 par laquelle le préfet de l'Eure lui a retiré sa carte de résident, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article R. 424-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " S'il est mis fin, dans les conditions prévues à l'article L. 424-6, au statut de réfugié par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce statut, le titre de séjour peut être retiré. / Lorsque le titre est retiré en application du premier alinéa, le préfet du département où réside l'étranger (..) statue dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la décision de retrait du titre de séjour sur le droit au séjour de l'intéressé à un autre titre. ".

7. L'annulation du retrait de titre de séjour prononcée par le présent jugement n'implique, eu égard à la date de validité de la carte de résident dont M. C disposait, aucune restitution de ce titre. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 424-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient au préfet territorialement compétent, de se prononcer sur le droit au séjour de M. C à un autre titre. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C sur son droit au séjour au titre de la vie privée familiale, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dubois, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dubois d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 juin 2021 du préfet de l'Eure portant retrait de la carte de résident de M. B C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Dubois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dubois, avocate de M. B C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Dubois et au préfet de l'Eure.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller,

Mme Thielleux, conseillère,

Assistés de Mme Hussein, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Duff

La présidente

Signé

P. Bailly

La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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