mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102960 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que la décision attaquée :
- méconnaît le droit à une bonne administration, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, L. 425-10 et R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, dès lors en particulier que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations des articles 2, 3 et 23 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît son droit à la compensation du handicap tel qu'il résulte des dispositions de l'article L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 12 novembre 2021 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 15 novembre 2022 fixant la clôture de l'instruction au 30 novembre 2022 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leroy, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 7 mars 1996, est entrée en France le 9 juillet 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, accompagnée de sa fille, née le 1er juin 2016 en Guinée. Eu égard à l'état de santé de cette dernière, Mme B s'est vu délivrer, le 10 juillet 2018, une autorisation provisoire de séjour, renouvelée depuis lors. Toutefois, l'autorisation délivrée le 6 janvier 2021 et valable jusqu'au 9 juin 2021 ne l'autorisait pas à occuper un emploi. L'intéressée a, le 22 mars 2021, sollicité, à titre principal, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en qualité de parent d'un enfant malade. Le 29 mars 2021, l'autorité préfectorale l'a invitée à se présenter en préfecture le 15 avril 2021 afin de se voir remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, par l'arrêté du 16 juillet 2021 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire.
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
3. Il ressort des pièces du dossier que la jeune D, fille de Mme B, souffre d'ostéogenèse imparfaite sévère, affection rare qui implique, d'une part, un traitement médicamenteux incluant notamment des perfusions régulières de pamidronate de sodium (Aredia) et provoque, d'autre part, en raison de la fragilité de ses os, des difficultés de mobilité ainsi que des fractures récurrentes. Le collège de médecins de l'OFII, consulté à l'occasion du renouvellement des autorisations provisoires de séjour de Mme B, considérait toujours, à la date de la décision attaquée, que le défaut de prise en charge de cette pathologie était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'aucun traitement approprié n'était disponible en Guinée. Il ressort des documents médicaux circonstanciés produits par la requérante que cette indisponibilité concerne le pamidronate de sodium, dont la prescription, commencée en août 2017 dès l'arrivée de l'enfant sur le territoire, avait été renouvelée en dernier lieu le 24 février 2021 et avait justifié la pose d'une chambre implantable en veine jugulaire interne droite pour permettre la poursuite de ces injections. Il ressort d'ailleurs d'éléments d'information générale librement accessibles au public, en particulier le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) de l'ostéogénèse imparfaite, établi par la Haute Autorité de Santé (HAS) en 2017, que ce traitement est préconisé tout au long de la croissance des enfants atteints de cette maladie. Le Dr A, chirurgien au centre hospitalier universitaire de Rouen, qui prend part à la prise en charge de D depuis l'année 2018, atteste dans un certificat médical établi le 4 janvier 2021 que son état de santé nécessite des interventions chirurgicales itératives, préventives et curatives tout au long de sa croissance jusqu'à ses 18 ans. Par conséquent, l'état de santé de la jeune enfant, qui a justifié de multiples renouvellements de l'autorisation provisoire de séjour de Mme B, pour des durées allant de quatre à six mois, a vocation à contraindre sa mère à se maintenir sur le territoire pendant plusieurs années. En outre, Mme B fait état de ses démarches actives afin de s'insérer professionnellement et se prévaut, à cet égard, des difficultés induites par la délivrance d'autorisations de séjour de durées variables et de caractère provisoire, combinées aux contraintes engendrées par l'état de santé sa fille. Enfin, si cette dernière bénéficie d'ores et déjà d'une prise en charge médicale et de diverses prestations sociales, l'absence de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour Mme B implique également qu'elle ne peut, en vertu des dispositions des articles D. 512-1 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, bénéficier de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé. Dans les circonstances particulières de l'espèce, en ayant refusé de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire valable un an portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de la Seine-Maritime a porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par cette décision et a, par suite, fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard au motif qui la fonde, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre à Mme B une carte de séjour temporaire, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ", est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
J-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026