jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MASSARDIER JULIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 août 2021 et 8 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes confirmant la décision du 22 juin 2021 par laquelle la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre lui a infligé une sanction de trente jours de cellule disciplinaire dont dix jours avec sursis pendant quatre mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dès lors qu'en l'absence de risque tenant à la sécurité publique ou à la sécurité des personnes, l'identité du rédacteur du compte-rendu d'incident aurait dû être connue, et qu'il n'est ainsi pas possible de s'assurer que ce compte-rendu d'incident a été rédigé par un agent de l'administration pénitentiaire, au sens de l'article 11 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, ni que l'auteur a bien été témoin des faits et qu'il a prêté serment et enfin qu'il ne siégeait pas en commission de discipline ;
- elle est illégale, dès lors que la décision de placement en cellule disciplinaire et son maintien pendant deux jours à titre préventif ne répond pas à l'exigence de motivation des actes administratifs, qu'elle a été mise en œuvre dans un but de sanction, et qu'elle était disproportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ; il existe une disproportion de la sanction infligée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Duff,
- et les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été détenu provisoirement au centre pénitentiaire du Havre du 11 avril 2020 au 23 septembre 2021, avant d'être transféré à la maison d'arrêt de Caen. Par une décision du 22 juin 2021, le président de la commission de discipline de ce centre pénitentiaire l'a sanctionné de trente jours de cellule disciplinaire dont dix jours avec sursis actif pendant quatre mois. Saisie d'un recours administratif contre cette décision, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes l'a rejeté et a confirmé la sanction par décision du 8 juillet 2021. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 8 juillet 2021.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " et aux termes de l'article R. 57-7-13 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". L'article R. 57-6-9 du même code dispose, dans sa version alors en vigueur : " L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code, dans sa version alors en vigueur : " () Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. () ", soit les grades de surveillant, surveillant principal et surveillant brigadier, définis par l'article 2 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire.
3. Par ailleurs, aux termes de l'article 11 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, dans sa version alors en vigueur : " L'administration pénitentiaire comprend des personnels de direction, des personnels de surveillance, des personnels d'insertion et de probation et des personnels administratifs et techniques. () / Ce même décret fixe les conditions dans lesquelles les agents de l'administration pénitentiaire prêtent serment ainsi que le contenu de ce serment. ". Aux termes de l'article 14 du décret du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire, dans sa version alors en vigueur : " Le personnel de l'administration pénitentiaire prête serment, lors de sa première affectation au sein de l'administration pénitentiaire, en audience publique devant le président du tribunal de grande instance ou de la cour d'appel dans le ressort desquels se trouve son lieu d'affectation. () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Dans ses relations avec l'une des autorités administratives mentionnées à l'article premier, toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. ". Les dispositions précitées, qui garantissent à toute personne, dans ses relations avec une autorité administrative, le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administrative de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne, sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. Par suite, la circonstance que le compte-rendu d'incident ne mentionne que le matricule du rédacteur et non son nom n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision en litige.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des deux comptes-rendus d'incident du 21 juin 2021, que les rédacteurs, respectivement premier surveillant et surveillant de l'administration pénitentiaire, dont les numéros de matricule sont " 109763 " et " 157784 ", n'ont pas siégé lors de la commission de discipline, le numéro de matricule de l'assesseur pénitentiaire étant " 32471 ". Enfin, les mentions qui figurent sur les comptes rendus d'incident du 21 juin 2021 sont suffisantes pour s'assurer de la qualité d'agent de l'administration pénitentiaire, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'ils ont prêté serment, ainsi que de la circonstance qu'ils ont été témoins des faits en cause.
6. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement pour demander l'annulation de la décision contestée se prévaloir de l'illégalité alléguée de la décision de placement préventif.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés. ". Aux termes de l'article R. 57-7-1 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel ou d'une personne en mission ou en visite dans l'établissement ; / () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service () / 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-41 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque les faits commis constituent une des fautes prévues au 1° et au 2° de l'article R. 57-7-1 ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. M. B fait valoir qu'il est une personne calme et respectueuse, qu'il n'est pas connu pour des incidents disciplinaires et tente de justifier les faits de violences par les provocations dont il aurait fait l'objet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des deux comptes rendus d'incident établis le 20 juin 2021, ainsi que du rapport d'enquête que l'intéressé, contrairement à ce qu'il prétend, s'en est pris violemment à un agent pénitentiaire alors qu'il s'entretenait avec ce dernier devant sa cellule, avant de proférer des insultes à son encontre en ces termes " fils de chien ". Lors de la fouille dont il a fait l'objet ce même jour, faisant suite à sa mise en prévention, une carte " Sim " de l'opérateur SFR a été découverte dans la poche droite de son pantalon. Il ressort également des pièces du dossier et en particulier de la décision disciplinaire du 22 juin 2021 que M. B reconnait globalement les faits qui lui sont reprochés, sans qu'il soit fait état de quelconques provocations physiques ou verbales de la part du surveillant pénitentiaire. Par ailleurs, le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en doute les faits relatés dans le compte rendu d'incident et le rapport d'enquête.
10. En l'espèce, les fautes commises par M. B pouvaient légalement faire l'objet d'un placement en cellule disciplinaire dont la durée pouvait atteindre trente jours. Eu égard à la nature des faits établis, et alors même que le comportement fautif de l'intéressé serait isolé, la sanction de trente jours de cellule disciplinaire dont dix avec sursis, qui ne constitue pas la sanction la plus élevée, n'est pas disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté le recours préalable obligatoire qu'il avait formé à l'encontre de la sanction disciplinaire infligée le 22 juin 2021 par la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Massardier, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
Le rapporteur,
V. Le DuffLa présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026