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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103193

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103193

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, M. A D, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation sans délai à compter du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été préalablement informé dans une langue qu'il comprend que le non-respect des exigences des autorités en charge de l'asile pourrait entraîner le retrait ou le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans le délai de quinze jours avant l'édiction de la mesure attaquée ;

- l'OFII n'a pas procédé à l'évaluation de sa situation de vulnérabilité ainsi que des raisons pour lesquelles il s'est soustrait aux obligations auxquelles il a consenti ;

- la décision méconnaît les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il demande que la décision contestée prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit requalifiée en refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prise sur le fondement des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que soit substitué au motif de sa décision litigieuse celui tiré de la méconnaissance par le requérant des exigences des autorités chargées de l'asile dès lors que ce dernier a présenté à nouveau devant les autorités françaises une demande d'asile malgré son transfert effectif vers l'Allemagne, et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2021.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale antérieurement à l'introduction de sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du président du tribunal, M. B a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Elatrassi-Diome, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant éthiopien né le 3 mars 1989 à Sennar, a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Seine-Maritime le 9 mai 2019 et a été placé en procédure de transfert vers l'Allemagne, Etat membre responsable du traitement de cette demande. A la suite de son transfert, le 7 février 2020, vers les autorités allemandes, le requérant s'est présenté à nouveau aux services de la préfecture lesquels ont enregistré sa nouvelle demande d'asile et lui ont remis, le 10 septembre 2020, une attestation de demande d'asile en " procédure Dublin ". Le même jour, l'OFII a informé M. D de son intention de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de son retour en France après avoir été transféré vers l'Allemagne. Par la décision attaquée du 26 janvier 2021, le directeur général de l'OFII a refusé à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 juin 2021, soit antérieurement à l'introduction de sa requête. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 2 janvier 2018, publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur et sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'office a donné délégation à Mme E F, directrice territoriale à Rouen, à l'effet de signer notamment les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rouen. Il n'est pas contesté que la décision litigieuse entre dans le champ de ces missions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont il a été fait application et mentionne les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu de l'offre de prise en charge de M. D produit en défense par l'OFII, que le requérant a déclaré avoir été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. D, il ressort des pièces du dossier qu'il a été invité par lettre du 10 septembre 2020 à produire des observations avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à un réexamen de vulnérabilité le 28 novembre 2020 et soumis sa situation à l'avis d'un médecin, lequel a conclu à un facteur de vulnérabilité de niveau 1 sur une échelle de 0 à 3, correspondant à " une priorité d'hébergement, sans caractère d'urgence ". En outre, si l'intéressé se prévaut d'une situation de vulnérabilité en raison de son état de santé, les documents médicaux produits, qui font état de lombalgies chroniques, lui occasionnant des douleurs et nécessitant une prise en charge médicamenteuse, ne sont pas de nature à établir une situation de particulière vulnérabilité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. D a été invité à présenter des observations en vue de justifier des motifs qui l'ont conduit à revenir en France afin de déposer une nouvelle demande d'asile malgré son transfert vers le pays responsable de sa demande, désigné en application du règlement (UE) n° 604/2013. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'évaluation de sa vulnérabilité et des motifs du non-respect de ses obligations doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". En outre, l'article D. 744-34 du même code précise que : " Le versement de l'allocation prend fin, sur demande de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° A compter de la date du transfert effectif à destination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ". Enfin, l'article D. 744-37 dudit code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; (). ".

9. Il résulte de ces dispositions, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

10. Il ressort des termes de la décision contestée que l'OFII a refusé d'accorder à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait tenté d'en obtenir frauduleusement le bénéfice en présentant une nouvelle demande d'asile en France après son transfert effectif vers l'Etat membre responsable de sa demande. Toutefois, cette circonstance ne caractérise pas, par elle-même, une fraude aux conditions matérielles d'accueil susceptible de justifier que leur bénéfice lui soit refusé. Ainsi, en se fondant sur ce motif pour refuser à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a entaché sa décision d'illégalité.

11. Cependant, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

12. En l'espèce, l'OFII renonce, dans son mémoire en défense, au motif tiré de ce que le requérant aurait tenté d'obtenir frauduleusement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et demande que lui soit substitué celui selon lequel l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile se présentant à nouveau aux autorités françaises malgré son transfert effectif vers l'Allemagne. Il ressort des pièces du dossier que, après avoir été réacheminé le 7 février 2020 en Allemagne, désigné Etat membre responsable de sa demande d'asile, M. D est revenu sur le territoire français et a présenté une seconde demande d'asile le 10 septembre 2020. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, cette nouvelle demande, enregistrée en procédure " Dublin ", est assimilable à une demande de réexamen au sens de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, dès lors que les autorités françaises n'avaient pas décidé d'examiner cette demande, l'OFII était en droit de refuser à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sauf s'il était établi que l'Etat responsable avait refusé d'examiner sa demande d'asile. Alors que le requérant n'établit, ni même n'allègue que l'Allemagne aurait refusé d'examiner sa demande d'asile, l'OFII pouvait régulièrement prendre à son encontre une décision de refus de bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer ce motif à celui initialement retenu, cette substitution n'ayant pas pour effet de priver le requérant d'une garantie, et d'écarter, sans qu'il soit besoin de faire droit à la substitution de base légale sollicitée par l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et doit, dès lors, être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Elatrassi-Diome et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère.

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

H. C

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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