mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MALET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 août 2021, les 24 octobre et 12 décembre 2022 et le 23 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Soublin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Seine-Maritime lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion d'une garde, ainsi que la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le président du conseil d'administration a refusé d'abandonner cette procédure disciplinaire ;
2°) d'ordonner, le cas échéant avant dire droit, la désignation d'un médecin psychiatre et de lui confier une mission d'expertise tendant à l'évaluation de son dommage corporel, selon la nomenclature dite Dintilhac, en lien avec l'illégalité fautive des décisions contestées ;
3°) de condamner le SDIS de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 11 200 euros au titre de son préjudice moral directement lié à l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire, augmentée des intérêts à compter de la demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;
4°) de mettre à la charge du SDIS de la Seine-Maritime la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 9 juillet 2021 a été signée par une autorité incompétente ;
- la procédure est irrégulière dès lors que l'anonymisation de l'unique témoignage figurant dans son dossier disciplinaire ne lui a pas permis d'en connaître l'auteur, alors que cette information était utile à sa défense ;
- la commission d'enquête n'était pas impartiale dès lors qu'elle comprenait le chef du groupement de l'administration générale et des affaires juridiques qui se trouve en délicatesse avec le syndicat autonome dont il est membre ;
- les propos familiers qui lui sont imputés ne sont pas établis ;
- même s'il n'était pas muni d'un document d'identité, les membres de commission d'enquête, qui disposaient de son dossier, connaissaient son identité, l'administration ayant ainsi manqué de loyauté envers son agent ; le refus d'obéissance hiérarchique n'est pas caractérisé dès lors que la commission ne pouvait légalement le soumettre à un contrôle d'identité ;
- il a été traité différemment de ses autres collègues ;
- la sanction est disproportionnée ;
- cette sanction illégale engage la responsabilité de l'administration ;
- son préjudice moral et son déficit fonctionnel permanent s'élèvent à 11 200 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 septembre et 18 novembre 2022 et le 13 janvier 2023, le SDIS de la Seine-Maritime, représenté par Me Malet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme C,
- et les observations de Me Lecoustumer substituant Me Soublin, représentant M. A, et de Me Malet, représentant le SDIS de la Seine-Maritime.
Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 17 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 septembre 2020, à l'occasion d'un mouvement social auquel a participé M. A, titulaire du grade de sergent des sapeurs-pompiers professionnels, le directeur départemental du SDIS de la Seine-Maritime a été grièvement blessé à la cuisse par le souffle de l'explosion d'un engin pyrotechnique. Il a été transporté immédiatement au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen où il a subi une opération chirurgicale le jour même. Le 6 novembre 2020, le SDIS de la Seine-Maritime a institué une commission d'enquête pour recueillir des éléments d'information sur les événements survenus le 10 septembre 2020. Entendu le 18 février 2021 par les membres de cette commission, M. A a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre par une lettre du 25 mai 2021 pour avoir tenu le 10 septembre 2020 des propos familiers à l'égard du président du conseil d'administration du SDIS de la Seine-Maritime et s'être présenté à deux reprises devant la commission d'enquête sans être muni d'un document d'identité. Il a présenté ses observations écrites le 10 juin 2021. Par un arrêté du 28 juin 2021, le président du conseil d'administration du SDIS de la Seine-Maritime lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire d'une garde lors de la journée du 7 septembre 2021. Par une décision du 9 juillet 2021, il a également refusé d'abandonner la procédure disciplinaire. Le 20 août 2021, M. A a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, l'indemnisation des préjudices causés par cette sanction. Par la présente requête, il demande l'annulation de ces deux décisions et la condamnation du SDIS de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 11 200 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Il incombe en outre à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'apporter la preuve qui lui incombe de l'exactitude matérielle des griefs sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. En l'absence de disposition législative contraire, elle peut apporter la preuve de ces faits devant le juge par tout moyen. Enfin, lorsqu'une décision repose sur plusieurs motifs et que l'un d'eux est illégal, il appartient au juge administratif d'examiner si l'un des autres motifs aurait suffi à justifier la décision en cause.
4. Par l'arrêté litigieux du 28 juin 2021, le président du conseil d'administration a prononcé à l'encontre de M. A une sanction d'exclusion temporaire d'une garde pour avoir tenu à son égard le 10 septembre 2020 des propos familiers et s'être présenté à deux reprises devant la commission d'enquête sans être muni d'un document d'identité.
5. D'une part, M. A conteste avoir personnellement interpellé le président du conseil d'administration. Pour établir la matérialité des faits, le SDIS de la Seine-Maritime produit l'unique témoignage d'un lieutenant-colonel qui mentionne que le requérant a scandé à deux reprises le prénom du président. M. A fait cependant valoir qu'il est impossible que cette personne ait pu l'identifier dès lors qu'elle ne le connaît pas personnellement et qu'il portait ce jour-là, comme l'ensemble des agents présents, un masque de protection, ce que ne conteste pas sérieusement le SDIS de la Seine-Maritime qui, d'ailleurs, après avoir soutenu que le requérant avait été identifié par le témoin à l'aide d'une photographie, expose dans ses dernières écritures que l'intéressé a été finalement reconnu le jour des faits par le témoin sans qu'il ait été nécessaire de lui présenter de photographie. Dans ces conditions, et en admettant même que cette personne ait travaillé avec le requérant du 10 décembre 2007 au 31 octobre 2008, ce qui n'est pas établi par la seule production de deux arrêtés d'affectation du témoin au poste de chef du groupement de rattachement du centre de traitement des alertes, plus de douze ans avant les faits reprochés, ce seul témoignage, au demeurant contredit par les attestations produites par le requérant, n'est pas de nature à établir la matérialité du grief reproché au requérant. Il suit de là que ces faits ne peuvent être tenus pour établis.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est présenté à deux reprises devant la commission d'enquête sans être muni d'un document d'identité, alors que les convocations notifiées à l'intéressé mentionnaient expressément qu'il devait être présent en tenue de casernement et en possession d'une pièce d'identité. Le requérant, qui, contrairement à ce qui est allégué, n'a pas été traité différemment de ces autres collègues, ne donne aucune explication sérieuse sur son refus de se munir d'un document d'identité. Ainsi, et quand bien même son identité aurait été confirmée, au cours de la seconde audition, par le chef du groupement territorial ouest ainsi que le chef du centre d'incendie et de secours et qu'il aurait pu être régulièrement auditionné par les membres de la commission, il ressort des pièces du dossier que M. A a manqué au devoir d'obéissance hiérarchique qui s'impose à tout agent public. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité territoriale aurait, au vu de ce seul grief, pris une sanction disciplinaire identique à l'encontre du requérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 prononçant à son encontre une exclusion temporaire d'une garde et de la décision du 9 juillet 2021.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. L'illégalité d'une décision prise par l'administration constitue une faute de nature à engager sa responsabilité, pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain.
9. M. A soutient qu'il se trouve, du fait de cette sanction, dans une situation de grande souffrance psychologique. Toutefois, le certificat médical de son médecin traitant, pas plus d'ailleurs que l'attestation de son collègue au demeurant aucunement circonstanciée, n'est de nature à établir le déficit fonctionnel permanent qu'il allègue ni ne peut suffire à caractériser à lui seul l'existence d'un préjudice moral. Les conclusions indemnitaires que présente le requérant doivent donc être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que M. A n'est pas fondé à demander la condamnation du SDIS de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 11 200 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du SDIS de la Seine-Maritime le versement à M. A de la somme qu'il réclame sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande le SDIS de la Seine-Maritime au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2021 et la décision du 9 juillet 2021 sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du SDIS de la Seine-Maritime tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au service départemental d'incendie et de secours de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
S. BLa présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026