jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A E B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation, sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et méconnait ainsi les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut d'information, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de mise en demeure de présenter des observations écrites dans un délai de quinze jours, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ne prend pas en compte sa situation de vulnérabilité méconnaissant ainsi les objectifs de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 744-7 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Le Duff a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan, a déposé, le 12 octobre 2020, une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Seine-Maritime, date à laquelle il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. M. B a été placé en procédure Dublin et le préfet de la Seine-Maritime a déterminé la Belgique comme étant l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et a prononcé son transfert vers cet Etat. Le mesure d'éloignement n'a pu être exécutée, en raison de la soustraction du requérant à un test PCR le 26 février 2021. M. B ayant été déclaré en fuite par les services de la préfecture de la Seine-Maritime le 2 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait part à M. B de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 4 mars suivant, avant de prononcer cette suspension le 30 mars 2021. M. B demande, par la présente requête, l'annulation de la décision du 30 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, motif pris du défaut de présentation aux convocations des autorités chargées de l'asile.
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision n°428530 (point 18) du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat, et le fait que M. B n'a pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités et ne présentait pas de facteur particulier de vulnérabilité. La décision en litige comprenant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, par une décision du 2 janvier 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2018, Mme C D, directrice territoriale de l'OFII à Rouen, a reçu délégation à l'effet de signer toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à sa direction. Il n'est pas contesté que la décision attaquée entre dans le champ de ces missions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu de l'offre de prise en charge de M. B produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en défense, que l'intéressé a déclaré avoir été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences de son acceptation ou de son refus des conditions matérielles d'accueil, en application des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, désormais codifiées à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
5. En quatrième lieu, si M. B soutient qu'il n'a pas été mis en demeure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été invité par courrier d'intention du 4 mars 2021, revenu à l'expéditeur portant la mention " pli avisé non réclamé ", à présenter ses observations sur l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter ses observations manque en fait et doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ".
7. Si ces dispositions prévoient qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'Office ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, aucune disposition n'impose qu'un nouvel entretien ait lieu préalablement à une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un tel entretien lors de sa demande et a, également, été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Si le requérant soutient qu'il est isolé, sans hébergement ni ressources et qu'il doit être considéré comme une personne vulnérable, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'entretien de vulnérabilité, que M. B qui déclare dormir dans la rue, s'est vu proposer un hébergement au CAES 76 - Saint-Etienne-du-Rouvray, ayant accepté l'orientation proposée le 25 novembre 2021. Par ailleurs, le requérant, qui n'a pas fait renouveler son attestation de demandeur d'asile, désormais sans titre à la date du 31 mars 2021, ne donne aucune précision sur ses conditions réelles de subsistance et d'hébergement pendant la période écoulée depuis l'intervention de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité et de ce que sa situation personnelle n'a pas pu être examinée doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour prendre la décision attaquée, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé d'une part, sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas respecté ses obligations de se présenter auprès des autorités chargées de l'asile, ayant été déclaré en fuite le 2 mars 2021, et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle ne faisait apparaître aucune vulnérabilité. Alors même que M. B ne conteste pas sérieusement avoir manqué à ses obligations à l'égard des autorités de l'asile, il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites en défense par l'OFII, que l'intéressé a refusé de se soumettre le 26 février 2021 à un test PCR préalable nécessaire à son éloignement et que, par conséquent, il a été regardé comme ayant pris la fuite à la date du 2 mars 2021. En outre, si le requérant soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, il n'apporte toutefois aucune précision, ni aucun élément probant à ce sujet, notamment s'agissant de sa situation actuelle, familiale ou médicale, se limitant à faire état de la situation de précarité dans laquelle il se trouve en l'absence de logement et de moyens financiers pour se nourrir. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B, à Me Elatrassi et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
V. Le Duff
La présidente,
Signé
P. BaillyLa greffière,
Signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103454
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026