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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103760

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103760

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBARON COSSE ANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 octobre 2021 et le 17 mars 2023, Mme C A, représentée par la SCP Baron E, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet de la région Normandie l'a radiée des cadres de la fonction publique et a prononcé son admission à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er novembre 2018 en tant qu'il ne reconnaît pas l'imputabilité au service de son invalidité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Normandie de prendre une décision l'admettant à la retraite pour invalidité imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'invalidité dont elle est atteinte est imputable au service dès lors qu'elle résulte d'une aggravation de son état de santé initialement causé par l'accident de trajet dont elle a été victime le 23 octobre 2008 ;

- l'arrêté attaqué est illégal, par exception de l'illégalité de l'avis du ministre chargé du budget du 8 février 2021, qui méconnaît les dispositions des articles L. 28 et R. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il se trouvait en situation de compétence liée pour prendre les décisions attaquées, en particulier s'agissant de l'appréciation de l'imputabilité au service de l'invalidité de Mme A.

Vu :

- l'ordonnance du 17 mars 2023 fixant la clôture de l'instruction au 21 avril 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delannay, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative principale de deuxième classe affectée à la préfecture de l'Eure, a été victime d'un accident de trajet le 23 octobre 2008, reconnu imputable au service par une décision du 25 mai 2018. La consolidation de ses blessures a été fixée au 28 janvier 2009, avec une constatation de douleurs cervicales gauches modérées. Au début de l'année 2013, Mme A a fait l'objet de plusieurs arrêts de travail en raison de ces douleurs, dont les examens par imagerie par résonnance magnétique (IRM) ont révélé qu'ils étaient causés par une lombosciatique gauche. L'expertise effectuée le 14 juin 2013 par le Dr D, médecin agréé, conclut que l'état de santé de Mme A " résulte bien, en partie, des suites de l'accident de travail du 23 octobre 2008 ". L'expertise réalisée le 14 septembre 2017 par le Dr B, rhumatologue - médecin agréé, précisée par un complément d'expertise du 23 juillet 2018, a estimé à 15 % le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) correspondant à la pathologie au jour de l'expertise, dont 8 % dus à l'accident imputable au service et 7 % dus aux séquelles évoluant pour leur propre compte et liées, non pas à un état antérieur, mais à l'aggravation progressive de l'état de santé de Mme A. Le Dr B en conclut que cette aggravation, estimée à 7 %, place à elle-seule l'agent dans l'incapacité à continuer ses fonctions. Le 10 octobre 2017, la commission départementale de réforme, qui a entériné le taux d'IPP et sa ventilation entre l'accident imputable au service et l'aggravation de l'état de santé de Mme A, a rendu un avis favorable à une mise à la retraite pour invalidité. Le ministre chargé du budget a, le 28 septembre 2018, émis un avis favorable à une radiation des cadres pour invalidité au titre d'une infirmité non imputable au service, sans droit à une rente viagère d'invalidité. Par un arrêté du 25 octobre 2018, la préfète de la région Normandie a prononcé la radiation des cadres de Mme A pour invalidité non imputable au service à compter du 1er novembre 2018. Par une décision du 7 novembre 2018, le ministre de l'intérieur a refusé d'octroyer à Mme A une rente viagère d'invalidité. Par le jugement n° 1900573 du 18 décembre 2020, le tribunal a annulé l'arrêté du 25 octobre 2018, au motif que le signataire de l'avis du 28 septembre 2018 ne pouvait pas être identifié et qu'il était donc impossible de vérifier sa compétence et a, par voie de conséquence, annulé l'arrêté du 7 novembre 2018. Le 8 février 2021, le ministre chargé du budget a émis un nouvel avis favorable à une radiation des cadres pour invalidité. Par un arrêté du 9 septembre 2021, le préfet de la région Normandie a prononcé la radiation des cadres de Mme A et l'a admise à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er novembre 2018. Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il ne reconnaît pas l'imputabilité au service de son invalidité.

2. Aux termes de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office () " Aux termes de l'article L. 31 du même code : " La réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions sont appréciés par le conseil médical mentionné à l'article L. 28 selon des modalités qui sont fixées par un décret en Conseil d'Etat. / Le pouvoir de décision appartient, dans tous les cas, au ministre dont relève l'agent et au ministre des finances. () " Aux termes de l'article R. 49 bis de ce code : " Dans tous les cas, la décision d'admission à la retraite pour invalidité, prise en application de l'article L. 31, est subordonnée à l'avis conforme du ministre chargé du budget. "

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, pour prononcer la radiation d'un fonctionnaire et l'admettre à la retraite pour invalidité, est liée par l'avis conforme émis par le ministre chargé du budget, s'agissant notamment de la reconnaissance du caractère imputable ou non au service des infirmités invoquées, qui n'implique dès lors plus aucune appréciation de circonstances de fait de sa part.

4. En premier lieu, Mme A excipe de l'illégalité de l'avis émis par le ministre du budget le 8 février 2021. Toutefois, elle se borne, à l'appui de ce moyen, à soutenir que cet avis méconnaîtrait les dispositions des articles L. 28 et R. 38 du code des pensions civiles et militaires de retraite relatives à l'allocation d'une rente viagère d'invalidité et qu'il aurait fondé une décision de refus d'une telle rente qui serait illégale pour ce motif. Or, l'arrêté du 9 septembre 2021 attaqué dans la présente instance a seulement pour objet de radier Mme A des cadres et de prononcer son admission à la retraite pour invalidité non imputable au service. Par conséquent, les illégalités qui entacheraient l'avis ministériel du 8 février 2021, à les supposer fondées, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité est inopérant.

5. En second lieu, dès lors que le ministre chargé du budget a émis, le 8 février 2021, un avis au terme duquel l'imputabilité au service des infirmités de Mme A n'est pas reconnue et que la légalité de cet avis n'est pas utilement remise en cause ainsi qu'il est énoncé au point 4, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet de la région Normandie est inopérant.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet de la région Normandie l'a radiée des cadres de la fonction publique et a prononcé son admission à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 1er novembre 2018 en tant qu'il ne reconnaît pas l'imputabilité au service de son invalidité. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de Normandie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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