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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103813

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103813

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 octobre 2021, 15 novembre 2022 et 13 mars 2023, Mme B D et M. E C, représentés par Me Malet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 12 avril 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal sectoriel du territoire du " Plateau de Caux Martainville ", ainsi que la décision par laquelle le président de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a rejeté leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir pour contester la délibération attaquée ;

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la convocation des conseillers communautaires ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'insuffisance du rapport et de l'avis de la commission d'enquête ;

- elle a été prise en tenant compte d'un dossier d'enquête publique incomplet ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'obligation de saisir pour avis des personnes publiques ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans le classement de la zone agricole dès lors qu'elle a classé les parcelles dont ils sont propriétaires dans ces zones ;

- les orientations d'aménagement et de programmation instaurées en zone agricole sur la commune d'Elbeuf-sur-Andelle méconnaissent les dispositions des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 février 2022, 13 février 2023 et un mémoire non communiqué du 3 avril 2023, la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, représentée par Me Vincent, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à défaut à son rejet au fond, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoie à statuer en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des frais de procédures.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Vermont, substituant Me Mallet, représentant Mme D et M. C, et de Me Vincent, représentant la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 12 avril 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal sectoriel pour le " Plateau de Martainville ". Mme D et M. C, propriétaires des parcelles cadastrées n°B68 et B145 à Elbeuf-sur-Andelle, demandent l'annulation pour excès de pouvoir de cette délibération, ainsi que de la décision par laquelle le président de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a implicitement rejeté leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ".

3. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L.L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. ". Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par :/ 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli ; ".

4. Pour contester la délibération attaquée, Mme D et M. C font état de ce qu'il n'est établi ni que les conseillers communautaires aient été régulièrement convoqués, ni qu'ils aient reçu une information complète préalablement à la séance du 12 avril 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les conseillers communautaires ont été convoqués par courrier du 6 avril 2021 et que cette convocation a été affichée au pôle Buchy de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin. En outre, il ressort également des pièces du dossier et notamment des attestations de réception des conseillers communautaires versées à l'instance que les conseillers ont reçu le 6 avril 2021, au moment de leur convocation à la séance du 12 avril 2021, une note de synthèse avec une notice technique annexée. La note de synthèse présente le projet d'approbation du plan local d'urbanisme et renvoie à un lien actif sur internet permettant d'accéder au contenu complet du dossier du plan local d'urbanisme litigieux, mis à la disposition des élus. En outre, la notice technique est divisée en deux parties, l'une relative aux corrections effectuées et aux réponses apportées aux avis des personnes publiques consultées et l'autre exposant les corrections réalisées à la suite de l'enquête publique. Par suite, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires n'auraient pas été régulièrement convoqués et informés de l'objet de la délibération attaquée avant la séance du conseil communautaire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Et aux termes de l'article R 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public./ Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ()".

6. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement que, si elles n'imposent pas au commissaire-enquêteur ou à la commission d'enquête de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

7. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de la commission d'enquête remis le 19 janvier 2021 recense et classe l'intégralité des 137 contributions du public. Le rapport fait également état de la réponse apportée par le président de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin et par la commission d'enquête sur l'objet des contributions. Il est constant que la commission d'enquête s'est prononcée en défaveur de la réponse du président de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin pour une vingtaine d'observations. En outre, la commission s'est prononcée, selon son avis personnel, en tenant compte d'une analyse du projet et des contributions du public, faisant ainsi usage de termes personnels, notamment le fait qu'elle " estime la demande légitime " ou qu'elle prenne " acte de la réponse " de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin. Ce rapport fait ainsi état de l'avis personnel de la commission ainsi que des raisons qui déterminent le sens de cet avis. Dans ces circonstances, ni le rapport, ni les conclusions de la commission d'enquête ne doivent être regardés comme insuffisants. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure et de la méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-8 du code de l'environnement : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme./ Le dossier comprend au moins : / 1° Lorsqu'ils sont requis, l'étude d'impact et son résumé non technique, le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique, (); / 2° En l'absence d'évaluation environnementale le cas échéant, la décision prise après un examen au cas par cas ne soumettant pas le projet, plan ou programme à évaluation environnementale (); / 3° La mention des textes qui régissent l'enquête publique en cause et l'indication de la façon dont cette enquête s'insère dans la procédure administrative relative au projet, plan ou programme considéré, ainsi que la ou les décisions pouvant être adoptées au terme de l'enquête et les autorités compétentes pour prendre la décision d'autorisation ou d'approbation / 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ; / 5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13. Lorsque aucun débat public ou lorsque aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne ; / 6° La mention des autres autorisations nécessaires pour réaliser le projet dont le ou les maîtres d'ouvrage ont connaissance ; / 7° Le cas échéant, la mention que le projet fait l'objet d'une évaluation transfrontalière de ses incidences sur l'environnement () ".

9. Pour contester la régularité de la délibération attaquée, Mme D et M. C font état de ce que l'imprécision des documents graphiques du dossier d'enquête publique permettait difficilement d'identifier les parcelles concernées par les modifications, ainsi que l'a relevé la commission d'enquête dans son rapport. Toutefois, ni les dispositions de l'article R. 123-8 du code de l'environnement ni aucune autre disposition n'imposent que les documents du dossier d'enquête publique précisent les références cadastrales ou les noms des voies. En outre, ainsi que le relève la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, le contenu des documents graphiques n'a pas été de nature à gêner le public dans ses observations dès lors que celui-ci a produit 137 observations dont une majorité relative au zonage du règlement graphique du plan local d'urbanisme. Au demeurant, le document graphique annexé au plan local d'urbanisme approuvé par la délibération du 12 avril 2021 a été modifié le 31 mars 2021 pour intégrer la mention des parcelles cadastrales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier d'enquête publique doit dès lors être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis :/ 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 ; () ". Aux termes de l'article R. 153-4 du code de l'urbanisme : " Les personnes consultées en application des articles L. 153-16 et L. 153-17 donnent un avis dans les limites de leurs compétences propres, au plus tard trois mois après transmission du projet de plan. A défaut de réponse dans ce délai, ces avis sont réputés favorables. "

11. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a adressé, en courriers recommandés avec accusé de réception produits à l'instance, des demandes d'avis dans le cadre de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme litigieux le 10 mars 2020 au président de la métropole de Rouen Normandie, autorité compétente en matière d'organisation des transports urbains, au président de la région et à la chambre du commerce et de l'industrie. Le silence de ces autorités a fait naître dans un délai de trois mois des avis réputés favorables. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de saisine de certaines autorités publiques associées doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. " et aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-22 de ce code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Aux termes l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. "

13. Il résulte de ces dispositions que le classement en zone agricole peut concerner des zones à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, alors même qu'elles seraient desservies ou destinées à être desservies par des équipements publics et seraient situées à proximité immédiate de zones construites. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan lorsqu'ils classent en zone agricole un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation, ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

14. Par ailleurs, il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

15. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

16. Pour contester le classement en zone A des parcelles n°B68 et B145, Mme D et M. C soutiennent que ces parcelles ne présentent aucun potentiel agronomique ou écologique, que leur classement en zone A conduit à la création d'une dent creuse et qu'elles sont en zone urbaine, reliées aux réseaux publics et entourées de plusieurs habitations.

17. En l'espèce, d'une part, le plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin se fixe pour objectif, notamment de " favoriser la densification urbaine " mais également de " promouvoir une gestion économique de l'espace, organisée à partir des centralités ". Il précise également qu'il se fixe comme objectif en ce qui concerne en particulier les abords des villages dont notamment la commune d'Elbeuf-sur-Andelle, de veiller au maintien des potentiels d'évolution des exploitations agricoles. Il ressort notamment des cartographies annexées au plan d'aménagement et de développement durables qu'à proximité des parcelles des requérants sont identifiées des zones relevant de ce dernier objectif.

18. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, classées en zone A par le document graphique du plan local d'urbanisme litigieux sont situées en bordure d'un hameau à environ deux kilomètres du bourg de la commune d'Elbeuf-sur-Andelle. Ces parcelles sont d'une superficie totale de 13 475 m² et situées à proximité immédiates de grands espaces classés en zone naturelle ou en zone agricole. Les parcelles litigieuses, non construites, sont des pâturages accueillant des chevaux. Les seules circonstances que ces parcelles soient situées à proximité de terrains sur lesquels ont été édifiées des constructions et soient raccordées aux réseaux publics ne sauraient, à elles seules, caractériser une absence de potentiel agronomique, biologique ou économique, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. Ces parcelles ne peuvent en tout état de cause pas être regardées comme étant situées dans un secteur déjà urbanisé de la commune, au vu, notamment, de la faible densité du bâti existant et du fait qu'elles soient situées en bordure du hameau. Les parcelles, compte tenu de leur superficie et de leur proximité avec des grands espaces naturels et agricoles ne peuvent être regardées comme constituant une dent creuse qui justifierait leur classement en zone urbanisée, nonobstant le fait que le précédent document d'urbanisme les avait classées en zone Uc. Enfin, le fait que les parcelles bordent un hameau n'est pas de nature à contraindre la communauté de communes Inter-Caux-Vexin à procéder à leur urbanisation compte tenu des objectifs du PADD de préservation des terrains agricoles, particulièrement dans les villages. Dans ces circonstances, le classement en zone A des parcelles dont Mme D et M. C sont propriétaires ne saurait être regardé comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est cohérent avec les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

19. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. / () ". Aux termes de l'article 151-7 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / (); / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; () ; 6° Adapter la délimitation des périmètres, en fonction de la qualité de la desserte, où s'applique le plafonnement à proximité des transports prévu aux articles L. 151-35 et L. 151-36. () "

20. Il ressort des pièces du dossier que les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) prévoient notamment, sous l'intitulé " OAP-ESA-G route de Vascoeuil ", l'ouverture à l'urbanisation d'un secteur situé à l'entrée du bourg de la commune d'Elbeuf-sur-Andelle afin de permettre l'évolution des structures d'accueil du groupe scolaire, la réalisation d'un parking à l'entrée du bourg et la plantation de haies autour du terrain concerné. Pour son exécution, le document graphique du plan local d'urbanisme a classé les parcelles sièges de cette OAP en zone AUe. Le contenu de cette OAP qui est précisément décrit comme une réponse " au besoin de RPI pour l'évolution des équipements scolaires " répond ainsi à l'objectif n°1 du plan d'aménagement et de développement durables dont le troisième axe consiste à conforter l'offre en équipements publics et services publics. En outre, l'OAP a pour vocation de faciliter l'accès piéton dans le bourg en prévoyant des liaisons douces entre le parking et le centre du village, en cohérence avec les objectifs du PADD et particulièrement l'amélioration des conditions de pratique de transport en mode doux. Ainsi, cette OAP qui prévoit une extension limitée des zones à urbaniser à l'entrée du bourg est cohérente avec les orientations du PADD dont le respect doit s'apprécier globalement à l'échelle des espaces urbains. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'OAP " ESA-G " ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par Mme D et M. C tendant à l'annulation de la délibération du 12 avril 2021 du conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D et M. C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme D et M. C une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et M. C est rejetée.

Article 2 : Mme D et M. C verseront une somme de 1 000 euros à la communauté de communes Inter-Caux-Vexin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et M. E C et à la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune d'Elbeuf-sur-Andelle.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme F et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

Signé :

B. A

La présidente,

Signé :

P. Bailly La greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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