jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103952 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | FIDAL BOISGUILLAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2021 et 7 septembre 2022, la SASU NL Logistique, représentée par Me Héraut, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a prescrit des dispositions complémentaires pour son site localisé sur la commune de Rouen, 21 quai de France ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il appartient au préfet de démontrer que la signataire de l'arrêté en litige avait compétence pour l'édicter ;
- l'arrêté contesté est illégal dès lors qu'en retenant le seuil de coupure de 2 000 mg/kg de matière sèche pour les hydrocarbures C10-C40, le préfet a imposé des prescriptions disproportionnées.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la SASU NL Logistique ne sont pas fondés.
Par une lettre du 10 novembre 2022, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant les dispositions de l'article L. 512-20 du code de l'environnement à celles de l'article R. 512-46-22 du même code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- et les observations de Me Héraut, représentant la SASU NL Logistique, ainsi que celles de M. A, représentant le préfet de la Seine-Maritime.
Une note en délibéré a été produite par le préfet de la Seine-Maritime le 23 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019, un incendie a détruit des entrepôts du site de la SASU NL Logistique, situé rue de Madagascar à Rouen, et une partie de la zone de stockage de l'usine chimique de la SA Lubrizol France, située 25 quai de France à Rouen. Cet incendie a notamment brûlé des produits se trouvant sur le site exploité par la SA Lubrizol France ainsi que divers produits et marchandises sur le site exploité par la SASU NL Logistique, soit près de 10 000 tonnes au total, ce qui a donné lieu à un panache de fumée et des retombées de suie. Par un arrêté du 24 novembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a imposé à la SASU NL Logistique des prescriptions complémentaires visant au diagnostic de l'état des sols et des eaux souterraines au droit de la zone sinistrée par l'incendie du 26 septembre 2019 et à la remise d'un plan de gestion. Le 9 avril 2021, la société intéressée a remis aux services préfectoraux ce plan de gestion et une étude de risque sanitaire. Par un arrêté du 18 août 2021, le préfet de la Seine-Maritime a prescrit à la SASU NL Logistique la réalisation sur son site de travaux de dépollution par excavation de terres et élimination dans des centres autorisés et, par la suite, la réalisation de travaux de remblaiement. Par sa requête, la SASU NL Logistique demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la base légale de l'arrêté contesté :
2. Aux termes de l'article L. 512-7-5 du code de l'environnement : " Si, après la mise en service de l'installation, les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1 ne sont pas protégés par l'exécution des prescriptions générales applicables à l'exploitation d'une installation régie par la présente section, le préfet, peut imposer, par arrêté complémentaire, toutes prescriptions nécessaires. " et aux termes de l'article R. 512-46-22 de ce code : " Le cas échéant, postérieurement à la mise en service de l'installation, le préfet fixe par arrêté complémentaire, sur proposition de l'inspection des installations classées, les prescriptions prévues par l'article L. 512-7-5. L'exploitant peut présenter ses observations. Le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques peut être consulté, lorsque le préfet l'estime nécessaire en raison des enjeux du projet, selon la procédure prévue par l'article R. 512-46-17. / Lorsque le conseil départemental n'est pas consulté, le rapport et les propositions de l'inspection des installations classées, ainsi que l'arrêté complémentaire lui sont transmis pour information dans un délai d'un mois suivant celui de la signature de cet arrêté. () ".
3. Aux termes de l'article L. 512-20 du code de l'environnement : " En vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation, soit les conséquences entraînées par l'inobservation des conditions imposées en application du présent titre, soit tout autre danger ou inconvénient portant ou menaçant de porter atteinte aux intérêts précités. Ces mesures sont prescrites par des arrêtés pris, sauf cas d'urgence, après avis de la commission départementale consultative compétente. ".
4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que celui-ci a été pris sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 512-7-2 et R. 512-46-22 du code de l'environnement. Toutefois, eu égard aux buts poursuivis par cet arrêté, soit de " réglementer la réalisation des travaux de dépollution des impacts dus à l'incendie du 26 septembre 2019 sur la base du diagnostic et du plan de gestion prescrits par l'arrêté préfectoral du 24 novembre 2020 dans le but de revenir à la situation antérieure à l'incendie ", le préfet ne pouvait le prendre sur le fondement de ces dispositions.
5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
6. En l'espèce, au vu de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, l'arrêté contesté doit être regardé comme trouvant son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article L. 512-20 du code de l'environnement. Ces dispositions peuvent ainsi être substituées à celles citées au point 2 du présent jugement dès lors, en premier lieu, que le préfet pouvait assortir l'arrêté en litige, en application de l'article L. 512-20 du code de l'environnement, de prescriptions identiques à celles édictées, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver la société requérante d'aucune garantie et, en troisième lieu, que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
7. En premier lieu, par un arrêté n° 21-058 du 21 juillet 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 76-2021-125 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme Béatrice Steffan, secrétaire générale de la préfecture, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les arrêtés pris au titre de la police des installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".
9. Il est constant que le diagnostic réalisé par la société intéressée en application de l'arrêté du 24 novembre 2020 mentionné précédemment a permis d'identifier des polluants, repris dans le plan de gestion remis le 9 avril 2021. Ces paramètres polluants sont, d'une part, les coupes hydrocarbures C10-C40, et, d'autre part, les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Par l'arrêté contesté, le préfet a notamment prescrit à la SASU NL Logistique d'excaver les sols de la zone sinistrée par l'incendie du 26 septembre 2019 présentant une concentration en hydrocarbures C10-40 (hydrocarbures totaux - HTC) supérieure au seuil de 2 000 mg/kg de matière sèche.
10. Il est constant qu'au vu de la pollution aux hydrocarbures totaux dans le sol en lien avec l'incendie du 26 septembre 2019, prescrire à la SASU NL Logistique la réalisation de travaux de dépollution constitue une mesure nécessaire et adaptée à la défense des intérêts de l'article L. 511-1 du code de l'environnement.
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du 2 juillet 2021 de l'inspection des installations classées, non sérieusement contesté, qu'avant l'incendie du 26 septembre 2019, la teneur d'hydrocarbures C10-C40 dans les sols du site de la SASU NL Logistique était de 1 700 mg/kg entre 0 et 2 mètres de profondeur. La méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués d'avril 2017 prévoit, en cas de " gestion des pollutions accidentelles ", que les mesures appropriées devant être mises en œuvre consistent en le nettoyage des lieux souillés, l'évacuation des matières récupérées et des terres souillées vers les filières de gestion appropriées, ces mesures se plaçant " dans une logique de réparation () en vue de remettre les milieux dans un état antérieur à l'accident ". Il résulte de l'instruction que retenir un seuil de 2 000 mg/kg de matière sèche entre 0 et 2 mètres de profondeur, au demeurant supérieur au seuil historique, permet d'enlever 47 % de la pollution totale, soit 76 % de la pollution accessible. En l'état de l'instruction, la SASU NL Logistique n'établit pas que la méthode employée par les services préfectoraux pour déterminer ce seuil serait excessivement sommaire ou radicalement viciée, ni que le seuil retenu aurait été déterminé au vu de données manifestement inexactes. Par ailleurs, par les seules pièces qu'elle produit, la société requérante n'établit en tout état de cause pas qu'elle ne pourrait procéder à une telle dépollution au vu du seuil ainsi retenu. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime a pu, sans avoir à établir formellement et préalablement à son arrêté que la pollution en cause avait été causée par la société, prescrire à la SASU NL Logistique d'excaver les sols de la zone sinistrée par l'incendie du 26 septembre 2019 présentant une concentration en hydrocarbures C10-40 (hydrocarbures totaux - HTC) supérieure au seuil de 2 000 mg/kg de matière sèche entre 0 et 2 mètres de profondeur, ce seuil étant nécessaire pour " remettre les milieux dans un état antérieur à l'accident ".
12. Il résulte de ce qui précède que la SASU NL Logistique n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a prescrit des dispositions complémentaires pour son site localisé sur la commune de Rouen, 21 quai de France. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU NL Logistique est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU NL Logistique et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme C et Mme B, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
D. CLa présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026