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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104079

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104079

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantCHARLES GALY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 octobre 2021 et le 11 avril 2023, Mme A, représentée par Me Galy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision non datée de la rectrice de l'académie de Montpellier fixant son allègement de service au titre de l'année scolaire 2021-2022 en tant qu'elle ne lui a octroyé qu'un allègement de 25 % ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors, d'une part, qu'elle n'était pas tenue, en l'absence de notification formelle de la décision litigieuse, de saisir le médiateur académique et, d'autre part et en tout état de cause, qu'elle a saisi ce médiateur par courriel le 2 octobre 2021 ;

- la rectrice de l'académie de Montpellier s'est cru, à tort, liée par l'avis émis par le médecin de prévention quant à l'allègement de service dont elle devait bénéficier ;

- la décision litigieuse a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour la rectrice de l'académie de Montpellier d'avoir préalablement recueilli l'avis de son supérieur hiérarchique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 911-6 du code de l'éducation ;

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article 6 sexies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1984 ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la rectrice s'est cru, à tort, dans l'impossibilité de lui accorder un allègement de service équivalent à celui dont elle a bénéficié l'année précédente, en application de la circulaire ministérielle n° 2007-106 du 9 mai 2007 ;

- l'avis du médecin de prévention est fondé, à tort, sur cette même circulaire ;

- son état de santé et les conséquences de celui-ci justifient que lui soit accordé un allègement de service de 50 % au titre de l'année scolaire 2021-2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas dirigée contre une décision qui constitue une simple mesure d'ordre intérieur et, par conséquent, ne fait pas grief ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la médiation préalable obligatoire prévue par le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 15 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la directrice du site de Rouen du centre national d'enseignement à distance (CNED) pour adopter la décision attaquée.

Vu :

- l'ordonnance du 16 mars 2023 fixant la clôture de l'instruction au 21 avril 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016, notamment son article 5 ;

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 ;

- l'arrêté du 1er mars 2018 relatif à l'expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique de l'éducation nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeure certifiée d'éducation musicale, est rattachée au rectorat de Montpellier mais affectée depuis le mois de septembre 2019 au site de Rouen du CNED. Elle bénéficie d'une adaptation de son poste de travail, eu égard à sa qualité de travailleur handicapé. Cette adaptation a notamment consisté en un allègement de son service de 50 % pour l'année scolaire 2019-2020 puis de 40 % pour l'année scolaire 2020-2021. En septembre 2021, Mme A a été destinataire d'un courrier de la directrice du site de Rouen du CNED intitulé " Attribution de service pour l'année scolaire 2021-2022 " qui comportait une observation relative à un allègement de service de 25 % pour l'année scolaire 2021-2022. Elle demande au tribunal d'annuler la décision, non datée, par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a déterminé son allègement de service au titre de l'année scolaire 2021-2022 en tant qu'elle ne l'a fixé qu'à 25 %.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles R. 911-12 et suivants du code de l'éducation que, notamment, les personnels enseignants du second degré appartenant au corps des professeurs certifiés peuvent, lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, solliciter un aménagement de leur poste de travail, qui peut se traduire notamment par un allègement de service. Il est constant que Mme A, qui bénéficiait déjà d'une affectation sur un poste adapté et d'un allègement de service depuis l'année scolaire 2019-2020, a demandé au début de l'année 2021 à bénéficier d'un tel allègement à hauteur de 50 % pour l'année scolaire 2021-2022. Si le courrier de la directrice du site de Rouen du CNED dont a été destinataire Mme A en septembre 2021, relatif à l'attribution de son service pour l'année scolaire 2021-2022, a seulement pour objet de lui attribuer ses missions pour cette année scolaire, elle révèle toutefois, par la mention d'un allègement de service de 25 %, la décision de la rectrice de l'académie de Montpellier de se prononcer sur cette quotité de travail. En limitant l'allègement de service à 25 %, alors que Mme A sollicitait un allègement de 50 %, eu égard à son état de santé et à sa situation particulière, cette décision ne saurait être regardée comme une simple mesure d'ordre intérieur mais présente au contraire le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Montpellier en défense tirée de ce que la décision attaquée ne ferait pas grief doit être écartée.

3. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de fonction publique et de litiges sociaux, en vigueur à la date d'enregistrement de la requête : " I. A titre expérimental, sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une médiation les recours contentieux formés par les agents publics civils mentionnés au II à l'encontre des décisions administratives suivantes : / () 6° Décisions administratives individuelles défavorables relatives aux mesures appropriées prises par les employeurs publics à l'égard des travailleurs handicapés en application de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ; / () II. Les agents publics civils concernés par l'expérimentation prévue au I sont : / () 2° Les agents de la fonction publique de l'Etat affectés dans les services académiques et départementaux, les écoles maternelles et élémentaires et les établissements publics locaux d'enseignement du ressort des académies dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice et du ministre chargé de l'éducation nationale ; () " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 1er mars 2018 relatif à l'expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique de l'éducation nationale : " La liste des académies mentionnée au 2° du II de l'article 1er du décret du 16 février 2018 susvisé est fixée comme suit : / - académie d'Aix-Marseille ; / - académie de Clermont-Ferrand ; / - académie de Montpellier. "

4. Si Mme A était rattachée, pour la gestion de sa carrière, à l'académie de Montpellier, il est constant qu'elle était, depuis l'année scolaire 2019, affectée au site de Rouen du CNED. Elle n'entrait ainsi pas, en tout état de cause, dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° de l'article 1er du décret du 16 février 2018 et n'était donc pas tenue de faire précéder son recours contre la décision litigieuse d'une médiation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Montpellier tirée de l'absence d'engagement d'une médiation préalable obligatoire doit être écartée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 911-16 du code de l'éducation : " Préalablement à toute décision d'aménagement du poste de travail, l'autorité compétente recueille l'avis du médecin conseiller technique ou du médecin de prévention et celui du supérieur hiérarchique du demandeur. "

6. Il est constant que, préalablement à l'adoption de la décision litigieuse, l'avis du supérieur hiérarchique de Mme A n'a pas été recueilli. Cependant, d'une part, la requérante ne conteste pas être affectée, dans le cadre d'une adaptation de poste, en surnombre au sein des effectifs du CNED, si bien que la détermination de sa quotité de travail est d'une incidence moindre sur l'organisation du service. D'autre part, en se bornant à se prévaloir de l'absence de cet avis, elle n'indique pas en quoi ni dans quelle mesure cette irrégularité aurait été susceptible de la priver d'une garantie ou d'exercer une influence sur l'appréciation portée par la rectrice de l'académie de Montpellier sur sa situation. Dans les circonstances de l'espèce, le vice constitué par l'absence de demande d'avis adressée à la supérieure hiérarchique de Mme A doit être regardé comme n'ayant pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée et comme n'ayant pas privé l'intéressée d'une garantie.

7. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni des écritures de la rectrice de l'académie de Montpellier en défense, que celle-ci se serait estimée liée, pour prendre la décision litigieuse, par l'avis émis par le médecin de prévention le 30 avril 2021.

8. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni du mémoire en défense, que l'autorité rectorale aurait fondé sa décision sur la circulaire du ministre de l'éducation nationale n° 2007-106 du 9 mai 2007. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au motif que la décision attaquée serait fondée sur cette circulaire est, en tout état de cause, inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 911-12 du code de l'éducation : " Les personnels enseignants des premier et second degrés et les personnels d'éducation et d'orientation titulaires appartenant aux corps () des professeurs certifiés, () lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30. " Aux termes de l'article R. 911-5 du même code : " L'aménagement du poste de travail est destiné à permettre le maintien en activité des personnels mentionnés à l'article R. 911-12 dans le poste occupé ou, dans le cas d'une première affectation ou d'une mutation, à faciliter leur intégration dans un nouveau poste. " Aux termes de l'article R. 911-18 de ce code : " L'aménagement du poste de travail peut consister, notamment, en une adaptation des horaires ou en un allégement de service, attribué au titre de l'année scolaire, dans la limite maximale du tiers des obligations réglementaires de service du fonctionnaire qui en bénéficie. "

10. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un enseignant confronté à l'altération de son état physique peut solliciter, notamment, un aménagement de son poste de travail, dont l'adaptation des horaires et l'allègement de service constituent des modalités. Il appartient à l'autorité administrative compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier si sa demande peut être satisfaite compte tenu des nécessités du service et de définir les mesures d'adaptation du poste en prenant en considération l'ampleur des difficultés éprouvées et les conditions concrètes d'accomplissement du service.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'un syndrome dépressif chronique, de vertiges et d'acouphènes chroniques, de neuropathies chroniques, d'un trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle et de fibromyalgie. Cet état de santé a justifié la reconnaissance de sa qualité de travail handicapé par une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Gard du 20 février 2018. Sur le fondement des dispositions du code de l'éducation citées au point 9 ainsi que des dispositions de l'article R. 911-19 de ce code, la rectrice de l'académie de Montpellier a, dès l'année scolaire 2019-2020, affecté Mme A sur un poste adapté et a allégé son service de 50 %. Cet allègement de service a été réduit à 40 % au titre de l'année scolaire 2020-2021. Au soutien de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commis la rectrice en limitant cet allègement de service à 25 % au titre de l'année scolaire 2021-2022, Mme A se prévaut de deux certificats médicaux établis en avril 2021, respectivement par un médecin généraliste et un psychiatre, ainsi que de la décision du 2 mars 2021 par laquelle la CDAPH lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur à 50 % et inférieur à 80 %. Cependant, d'une part, les deux certificats médicaux dont se prévaut la requérante se bornent à faire état de la nécessité d'un allègement de service de 50 % sans apporter aucune précision quant à l'ampleur des difficultés éprouvées par l'intéressée dans l'accomplissement de son service et qui seraient de nature à justifier ce taux d'allègement en particulier. D'autre part, la décision de la CDAPH, si elle reconnaît un taux d'incapacité supérieur à celui reconnu en 2018, constate également que la situation de Mme A est compatible avec l'exercice d'une activité professionnelle, sans apporter par ailleurs de précisions sur les adaptations éventuellement nécessaires au regard de cette incapacité. Enfin, outre la réduction de son allègement de service, la requérante demeurait affectée sur un poste adapté au CNED, dont elle ne conteste pas qu'il lui permettait, en tant que tel, de ne pas se trouver dans un environnement de travail peu compatible avec son état de santé. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la rectrice a accordé à Mme A, au titre de l'année 2021-2022, un allègement de service de 25 % et non de 50 %.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a déterminé son allègement de service au titre de l'année scolaire 2021-2022, en tant qu'elle ne l'a fixé qu'à 25 %. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Montpellier et au centre national d'enseignement à distance.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé :

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé :

P. MINNELe greffier,

Signé :

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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