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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104186

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104186

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantJEGU VERHAEGHE LEROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, et un mémoire, enregistré le 9 décembre 2022, Mme E B et M. F D agissant en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, A D, représentés par la SCP Jegu et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement refusé, sur recours administratif préalable obligatoire, de délivrer la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement " à Ylan D ;

2°) d' accorder la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement " ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime, outre les entiers dépens, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B et M. D soutiennent que :

- aucune décision expresse n'a jamais été notifiée, de sorte que la pièce produite par le département devra être écartée des débats ; le Tribunal n'est saisi que d'un litige relatif à une décision implicite de rejet ;

- l'avis de la CDAPH du 31 mai 2021 sur le fondement duquel est intervenue la décision du 8 juin 2021 découle d'une instruction du dossier qui n'a pas été menée conformément aux règles légales car ont été méconnus les articles L 146-8, R146-29, R 241-30, L 241-7 du code de l'action sociale et des familles ;

- leur fils remplit les conditions d'obtention de la carte mobilité inclusion mention " stationnement ", dès lors qu'il est essentiel que sa durée de marche puisse être limitée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2022 et le 16 décembre 2022, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé, que la décision expresse du 22 novembre 2021 avait bien été adressée aux requérants par lettre simple et qu'en tout état de cause, considérer que le recours porte sur une décision implicite ou explicite n'a aucune conséquence sur les fondements de la décision de rejet.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge statuant seule dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme C,

- Les observations de Me Jégu, pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 novembre 2020, Mme B et M. D ont présent une demande de carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement " pour leur fils A D. Par une décision du 8 juin 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à leur demande. Le 23 juillet 2021, Mme B et M. D ont formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Mme B et M. D demandent au tribunal d'annuler la décision en date du 23 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement refusé, en raison du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire, de délivrer la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement " à leur fils.

2. Le département de la Seine-Maritime a indiqué, dans son mémoire en défense enregistré le 25 avril 2022, transmis au conseil des requérants qui l'a reçu le 27 avril 2022, que son président avait rejeté le recours préalable des consorts G par décision expresse du 22 novembre 2021. Le Tribunal a demandé communication de cette pièce le 10 octobre 2022, laquelle n'a finalement été mise à sa disposition que le 25 novembre 2022. Si la pièce en question est datée du 24 novembre 2022, dès lors que le département indique ne pas conserver copie de ces décisions et devoir, pour les produire, les générer de nouveau via ses outils informatiques, la lecture de ladite pièce montre bien que le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté le 22 novembre 2021 le recours préalable des requérants. Cette pièce, qu'il n'y a pas lieu d'écarter des débats, ainsi que la lettre qui l'accompagnait, ont été transmises au conseil des requérants qui a reçu ces documents le 25 novembre 2022. Il résulte donc de l'instruction qu'une décision explicite de rejet s'est substituée, le 22 novembre 2021, en cours d'instance, à la décision implicite initialement attaquée par la requête, ce que le conseil des requérants n'a d'ailleurs plus contesté dans ses observations lors de l'audience. Les moyens et conclusions de Mme B et M. D doivent donc être regardés comme dirigés contre la décision explicite de rejet du 22 novembre 2021.

3. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I.-La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements () ". Aux termes du point 1 de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées () ; ou - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements.

Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage./ La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ", c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.

5. Il résulte de l'instruction qu'Ylan D souffre de troubles polymalformatifs portant notamment sur les membres inférieurs, de troubles de l'attention, d'une fatigabilité importante et qu'il conserve une agrafe au pouce du pied droit qui peut le gêner lors de ses déplacements. Les pièces versées au dossier ne permettent pas de savoir si le périmètre de marche d'Ylan D est ou non inférieur à 200 mètres. Il résulte toutefois de ces mêmes pièces, concordantes sur ce point, que l'intéressé se fatigue très rapidement, situation qui compromet ses capacités d'attention, et que son équilibre statique reste précaire. Compte tenu de ces éléments, qui ne permettent notamment pas d'écarter la possibilité qu'Ylan D puisse être en danger lorsqu'il se déplace et nécessite donc un accompagnement, il y a lieu, d'une part, d'annuler la décision du 22 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine- Maritime a réitéré son refus de délivrer à Ylan D la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement pour personnes handicapées " et, d'autre part, de lui enjoindre de lui délivrer cette carte pour la durée qu'il déterminera.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 300 euros à la charge du département de la Seine-Maritime au titre des frais exposés par Mme B et M. D et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant comporté aucun dépens au sens des dispositions de l'article R 761-1 du code de justice administrative, les conclusions des requérants relatives à la charge des dépens ne peuvent être que rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 22 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine- Maritime a réitéré son refus de délivrer à Ylan D la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Seine-Maritime de délivrer à Ylan D la carte mobilité inclusion comportant la mention " stationnement pour personnes handicapées " pour la durée qu'il déterminera.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. F D et au département de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

A. CLe greffier,

J. L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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