vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | CLOIX & MENDES-GIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, la société Lalome Investissement, représentée par Me Destarac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de La Couture-Boussey a décidé d'exercer son droit de préemption sur la parcelle cadastrée section E n°763, située rue des Masures lieu-dit " Le Village " sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de La Couture-Boussey de lui proposer d'acquérir la parcelle en litige, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les conditions financières antérieures à la décision de préemption ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Couture-Boussey la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la délibération attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que les conseillers municipaux ont été convoqués dans les formes et délais prévus par les dispositions des articles L. 2121-10 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la consultation du service des domaines ;
- est illégale en ce qu'elle n'est pas motivée par un projet d'action ou d'aménagement, en méconnaissance des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.
La requête a été communiquée à la commune de La Couture-Boussey, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance n°2104460 du 13 décembre 2021, le juge des référés du tribunal de céans a prononcé la suspension de l'exécution de la délibération du 24 septembre 2021 jusqu'au jugement au fond de l'affaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, conseillère,
- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public,
- et les observations de Me Gonnet, substituant Me Destarac, pour la société Lalome Investissement.
Considérant ce qui suit :
1. La société Lalome Investissement a souhaité acquérir pour un prix de 185 000 euros un terrain cadastré section E n°763, situé lieu-dit " Le Village " rue des Masures sur le territoire de la commune de La Couture-Boussey, d'une superficie d'environ de 4 700 m², en vue de la construction d'un immeuble à usage d'habitation. Situé dans le périmètre du droit de préemption urbain de la commune, ce bien a fait l'objet d'une déclaration d'intention d'aliéner, notifiée à la commune le 10 septembre 2021. Par la délibération attaquée du 24 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de La Couture-Boussey a décidé d'exercer son droit de préemption dans les mêmes conditions financières.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation (). ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ; () ".
3. La requérante soutient que le conseil municipal de la commune n'était pas compétent pour exercer le droit de préemption urbain sur la parcelle litigieuse dès lors que cette compétence a été déléguée à son maire. Il ressort des pièces du dossier que par délibération du 5 juin 2020 prise sur le fondement du 15° de l'article L. 2122-22 précité du code général des collectivités territoriales, le conseil municipal de la commune a délégué au maire le pouvoir d'exercer en son nom le droit de préemption urbain et qu'en l'absence de toute délibération ultérieure rapportant cette délégation, le conseil municipal devait être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée est entachée d'incompétence doit être accueilli.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme alors applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. / (). ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en oeuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. ".
5. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
6. En l'espèce, la délibération litigieuse mentionne l'intérêt pour la commune d'acquérir cette parcelle dès lors que les terrains visés sont un site d'écoulement et de stockage pluvial, que la parcelle, non urbanisée, connait déjà des inondations et qu'afin de lui permettre de " protéger du risque d'inondation ou de coulée de boues les habitations situées en aval, il s'avère nécessaire d'envisager un positionnement et profil optimisé des voiries et constructions et l'intégration d'ouvrages de régulation pluviale ". La préemption a ainsi pour objet la mise en œuvre de mesures de prévention des risques d'inondation en vue de l'amélioration de la sécurité des personnes et des biens. Toutefois, nonobstant l'intérêt général s'attachant à l'intervention de telles mesures, celles-ci ne présentent pas en elles-mêmes, compte tenu de leur objet, le caractère d'une action ou d'une opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors qu'au demeurant la commune de La Couture-Boussey n'apporte aucune précision complémentaire.
7. Il résulte de ce qui précède que la société Lalome Investissement est fondée à demander l'annulation de la délibération du 24 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de La Couture-Boussey a décidé d'exercer son droit de préemption sur la parcelle section E n°763. Aucun autre moyen n'est de nature à justifier, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque, après que le transfert de propriété a été effectué, la décision de préemption est annulée ou déclarée illégale par la juridiction administrative, le titulaire du droit de préemption propose aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause universels ou à titre universel l'acquisition du bien en priorité. / Le prix proposé vise à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle. A défaut d'accord amiable, le prix est fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation, conformément aux règles mentionnées à l'article L. 213-4. / A défaut d'acceptation dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle devenue définitive, les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel sont réputés avoir renoncé à l'acquisition. / Dans le cas où les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel ont renoncé expressément ou tacitement à l'acquisition dans les conditions mentionnées aux trois premiers alinéas du présent article, le titulaire du droit de préemption propose également l'acquisition à la personne qui avait l'intention d'acquérir le bien, lorsque son nom était inscrit dans la déclaration mentionnée à l'article L. 213-2. ".
9. Il ne résulte pas de l'instruction que le transfert de propriété en faveur de la commune de La Couture-Boussey a été effectué. Dans ces conditions, le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de La Couture-Boussey une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Lalome Investissement et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 24 septembre 2021 est annulée.
Article 2 : La commune de La Couture-Boussey versera à la société Lalome Investissement une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Lalome Investissement et à la commune de La Couture-Boussey.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galle, première conseillère,
Mme Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé :
E. Garona
La présidente,
Signé :
C. Boyer
Le greffier,
Signé :
N. Boulay
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2104445
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026