jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | SAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés le 17 novembre 2021, le 16 mars 2022, le 16 et le 21 décembre 2022, Mme B C, représentée par Me Haussetete, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision rendue par Pôle Emploi Normandie en date du 5 octobre 2021 confirmant à Mme C un indu à hauteur de 26 418,10 euros au titre de l'allocation de solidarité spécifique :
2°) d'annuler les décisions implicites de rejet rendues par Pôle Emploi en date du 12 novembre 2021 lesquelles confirment les décisions rendues par Pôle emploi en date du 15 juillet 2021 notifiant un indu à hauteur de 303,50 euros au titre de l'Aide au retour à l'emploi et un indu à hauteur de 168,75 euros au titre de l'Allocation de solidarité spécifique ;
3°) A titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de la dette de 26.418,10 euros, 303,50 euros et 168,75 euros ;
4°) mettre à la charge de Pôle Emploi une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- les décisions du 15 juillet 2021 sont insuffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les décisions du 15 juillet 2021 et la décision du 5 octobre 2021 ne sont pas revêtues de la signature et des nom et prénom de leur auteur en méconnaissance des dispositions des articles L. 212-1 et L. 212-2 du même code ;
- à titre principal, les décisions du 15 juillet 2021 et la décision du 5 octobre 2021 et les décisions implicites les confirmant sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les indus sont dus à des erreurs de pôle emploi dans le traitement de son dossier ;
- à titre subsidiaire, une remise de dette doit lui être accordée dès lors qu'elle est de bonne foi et qu'elle est en situation de précarité.
Par décision du 26 novembre 2021, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 février, le 19 avril 2022 et le 4 janvier 2023, Pôle Emploi conclut, représenté par Me Lesieur-Guinault au rejet de la requête, il demande à titre reconventionnel la condamnation de Mme C à lui verser les sommes dues au titre de l'ASS sur la période d'avril 2016 à février 2021 pour un montant de 26 418,10 euros et au titre de la période de février à octobre 2020 pour un montant de 168,75 euros et de mettre à la charge de Mme C le versement à son profit d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige relatif à l'aide au retour à l'emploi ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, par lettre du 5 janvier 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que :
- le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de Pôle emploi qui a la faculté de recourir à la contrainte pour le recouvrement de ses créances.
- tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions initiales auxquelles les décisions prises sur recours administratif préalable obligatoire se sont substituées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A
-et les observations de Mme C.
Pôle Emploi n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par trois décisions du 15 juillet 2021, Pôle emploi Normandie a notifié à Mme C des trop-perçus d'allocation solidarité spécifique ( ASS) d'un montant respectif de 26 418,10 euros au titre de la période d'avril 2016 à février 2021 et 168,75 euros au titre de la période de février à octobre 2020 ainsi qu'un indu d'aide au retour à l'emploi ( ARE) de 303,50 euros au titre de janvier 2016 pour cause d'activité non salariée. Les recours gracieux formés par l'intéressée contre ces décisions le 12 septembre 2021, ont été rejetés par décision du 5 octobre 2021 s'agissant de l'indu d'ASS de 26 418,10 euros et implicitement rejetés s'agissant des autres indus. Par sa requête, Mme C demande au Tribunal d'annuler ces différentes décisions et de lui accorder une remise de dette.
Sur l'indu d'allocation de retour à l'emploi :
2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : () / 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et de l'allocation des travailleurs indépendants et, pour le compte de l'Etat, le service des allocations de solidarité prévues à la section 1 du chapitre III du titre II du livre IV de la présente partie, des allocations mentionnées à l'article L. 5424-21, de l'aide prévue au II de l'article 136 de la loi n° 96-1181 du 30 décembre 1996 de finances pour 1997, des sommes restant dues au titre du versement de l'allocation équivalent retraite prévue à l'article L. 5423-18, dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2009, et des sommes restant dues au titre de la prime forfaitaire prévue à l'article L. 5425-3, dans sa rédaction antérieure au 1er septembre 2017, ainsi que le service de toute autre allocation ou aide dont l'Etat lui confierait le versement par convention ; () ". Aux termes de l'article L. 5312-12 du même code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution. ".
3. Les litiges relatifs à l'attribution, au calcul ou au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi formation relevant du régime conventionnel d'assurance chômage dont le service, antérieurement assuré par l'association pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), relèvent des juridictions de l'ordre judiciaire. Il n'appartient donc qu'au juge judiciaire de se prononcer sur ces litiges même si le service de l'allocation d'aide au retour à l'emploi est désormais confié à Pôle emploi pour le compte de l'organisme gestionnaire de l'assurance chômage. Dès lors, les conclusions de Mme C relatives au recouvrement d'un indu d'allocation de retour à l'emploi formation ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative et doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction manifestement incompétent pour en connaître. La fin de non-recevoir opposée par Pôle Emploi Normandie doit être accueillie.
Sur l'indu d'allocation de solidarité spécifique :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. / Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent. ".
5. L'institution par les dispositions citées au point précédent d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours se substitue en principe à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite les conclusions dirigées contre les décisions du 15 juillet 2021 auxquelles se sont substituées les décisions du 5 octobre 2021 et les décisions implicites prises sur recours administratif préalable obligatoire sont irrecevables et doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 5 octobre 2021 confirmant un indu d'ASS de 26 418,10 euros :
6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par Pôle Emploi que la décision attaquée du 5 octobre 2021 ne porte aucune signature sous la mention " le directeur d'Agence ", qu'elle ne porte pas davantage la mention du nom et du prénom de cette autorité. Au regard de cette seule mention, la requérante n'est pas à même d'identifier l'auteur réel de la décision attaquée. Par suite, les prescriptions précitées, dont le respect constitue une garantie, n'ont pas été respectées et le moyen doit être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2021.
En ce qui concerne les décisions implicites confirmant l'indu d'ASS de 168,75 euros :
9. Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. / Ils portent également à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation susceptibles d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi. " Aux termes de l'article R. 5411-6 de ce code : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; (). ". Aux termes de l'article R. 5411-7 du même code : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures. ".
10. Il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas déclaré son activité d'interprète judiciaire exercée à compter de 2016. La circonstance, à la supposer même avérée, que Pôle emploi était en possession de l'ensemble des déclarations permettant d'établir la réalité de la situation professionnelle de Mme C pour calculer ses droits à l'allocation de solidarité spécifique au titre de la période en litige est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu. Dans ces conditions, Mme C, qui était tenue de déclarer cette activité, alors même qu'elle n'aurait été rémunérée que de manière irrégulière, n'est pas fondée à soutenir que l'indu d'allocation de solidarité spécifique mis à sa charge n'est pas établi.
11. En dernier lieu, si Mme C soutient être de bonne foi, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite confirmant la mise à sa charge d'un indu d'ASS de 168,75 euros.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2021.
Sur la demande de remise de dette :
14. Mme C a saisi pôle emploi qui a refusé de lui accorder une remise de dette le 19 août 2021. Elle demande dans la présente instance qu'à titre subsidiaire une remise de dette lui soit accordée. Elle n'établit cependant pas en arguant de sa bonne foi et d'un revenu mensuel de 927,08 euros au titre de 2020, être dans une situation de précarité l'empêchant de rembourser un indu de 168,75 euros laissé à sa charge. Dans ces conditions sa demande doit être rejetée.
Sur la demande reconventionnelle :
15. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l'institution prévue à l'article L. 5312-1, pour son propre compte, pour le compte de l'Etat, du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Par suite, les conclusions de Pôle emploi tendant à ce que Mme C soit condamnée à lui rembourser les sommes en litige sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Pôle Emploi la somme demandée par Mme C sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que demande Pôle Emploi. La présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions de la requête sont dépourvues d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur de Pôle Emploi du 5 octobre 2021 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles et les conclusions au titre des frais d'instance présentées par Pôle Emploi Normandie sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et à Pôle Emploi Normandie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La magistrate désignée,
C. A Le greffier,
J.-L. MICHEL La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026