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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104505

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104505

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3P
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire mauritanien contre un permis de conduire français sollicité le 16 mai 2018 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un permis de conduire français dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route, l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen et l'article 25 de la convention de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits en ce que l'authenticité de son permis de conduire est établie par les autorités mauritaniennes, qui n'ont pas été consultées par l'administration française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier, notamment la décision du 29 septembre 2021 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. B.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, modifié notamment par l'arrêté du 9 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc ;

- les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. B.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant mauritanien qui a sollicité, le 16 mai 2018, l'échange de son permis de conduire mauritanien contre un permis de conduire français. Le 30 avril 2021, le préfet de police de Paris lui a indiqué que cette demande était rejetée dans la mesure où son titre de conduite mauritanien était contrefait. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision du 30 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". L'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé dispose que : " Lorsque l'authenticité et la validité du titre sont établies lors du dépôt du dossier complet et sous réserve de satisfaire aux autres conditions prévues par le présent arrêté, le titre de conduite est échangé. En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. () Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. Le préfet peut compléter son analyse en consultant l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, l'administration fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes. Cette possibilité lui est ouverte y compris dans le cas où l'autorité étrangère, consultée par le préfet, n'a pas répondu. Si des documents produits par l'intéressé et présentés comme des attestations de l'autorité étrangère ne peuvent être pris en considération que s'ils présentent eux-mêmes des garanties suffisantes d'authenticité, ils ne sauraient être écartés au seul motif qu'ils n'ont pas été transmis aux autorités françaises par la voie diplomatique.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande présentée par M. B, le préfet de police de Paris s'est fondé sur le rapport établi le 11 mars 2020 par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction générale de la police nationale, concluant que le document présenté par l'intéressé est contrefait. Ce rapport précise que le fond d'impression et les mentions pré-imprimées ne sont pas conformes, que les armoiries sont imprimées en toner de couleur et non en offset, que le fond d'impression comprend une faute d'orthographe, et qu'il existe des différences de polices de caractères dans l'entête, au recto, premier volet ainsi qu'au niveau du numéro de support. Toutefois, M. B produit un certificat d'authenticité signé le 20 mai 2021 par le directeur général des transports terrestres du ministère de l'Equipement et des Transports de la République Islamique de Mauritanie qui mentionne le numéro du permis de conduire dont l'échange est sollicité, la date de sa délivrance ainsi que le nom de son titulaire, et qui indique que ce document est conforme à leurs registres et n'a jamais fait l'objet de suspension, de retrait ou d'annulation. Ce document, qui présente des garanties d'authenticité et dont le préfet de police de Paris ne conteste pas la validité, est de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'administration quant à l'authenticité du titre de conduite mauritanien de M. B. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à soutenir que la décision attaquée du 30 avril 2021 méconnaît les dispositions précitées et est entachée d'une erreur d'appréciation des faits.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision refusant de procéder à l'échange de son permis de conduire mauritanien contre un permis de conduire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande d'échange de permis de conduire de M. B en tenant compte du certificat d'authenticité délivré par les autorités mauritaniennes, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de procéder à l'échange du permis de conduire mauritanien de M. B contre un permis de conduire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de de réexaminer la demande d'échange de permis de conduire de M. B en tenant compte du certificat d'authenticité délivré par les autorités mauritaniennes, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que le conseil de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Mukendi Ndonki de la somme de 900 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à A B, au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. LEDUCLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et au préfet de police de Paris, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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