jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2104182, la présidente de la 4ème chambre du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal le dossier de la requête de M. A en application de l'article R. 312-14 du code de justice administrative.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés le 19 novembre 2021, le 22 avril 2022, le 12 novembre 2023 et le 24 avril 2024, M. B A, représenté en dernier lieu par Me David, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 16 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subi dans le cadre de sa détention, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 après renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle et à défaut de lui verser une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute dans ses modalités de détention dès lors qu'il a été détenu dans des conditions contraires à la dignité humaine, en raison d'une privation de la lumière naturelle, de la multiplicité des transferts entre établissements pénitentiaires ; de son éloignement familial ; de l'impossibilité de communiquer avec sa famille ; de la privation de plaques électriques chauffantes afin d'accéder à une alimentation adaptée à son état de santé ;
- il connait un préjudice tenant aux troubles dans ses conditions d'existence ;
- il connait un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2022, la garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête et à défaut à ce que l'indemnisation soit ramenée à 900 euros.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de procédure pénitentiaire ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n°2009-1436 du 26 novembre 2009 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, incarcéré depuis le 6 décembre 2013, a été écroué entre le 6 décembre 2013 et le 1er décembre 2021 successivement aux centres pénitentiaires de Bordeaux-Gradigan, Poitiers-Vivionne, Mont-de-Marsan, Nantes, Rennes-Vezin, Le Havre, à la maison d'arrêt du Mans-Croisettes, aux centres de détention de Val-de-Reuil, d'Argentan, de Châteaudun, à la maison centrale de Clairveaux et à la maison d'arrêt de Troyes. Le 19 juillet 2019, M. A a déposé une demande préalable indemnitaire, restée sans réponse, auprès du garde des sceaux, ministre de la justice. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 16 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de ses conditions de détention au centre pénitentiaire du Havre et au centre de détention de Val-de-Reuil ainsi que des transferts d'établissement pénitentiaires dont il fait l'objet.
Sur la faute :
En ce qui concerne les conditions de détention :
2. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
3. Aux termes des dispositions de l'article D. 349 du code de procédure pénale alors en vigueur : " L'incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d'hygiène et de salubrité, tant en ce qui concerne l'aménagement et l'entretien des bâtiments, le fonctionnement des services économiques et l'organisation du travail, que l'application des règles de propreté individuelle et la pratique des exercices physiques. " Aux termes de l'article D. 350 du même code dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération. " Aux termes de l'article D. 351 du même code dans sa rédaction applicable au présent litige : " Dans tout local où les détenus séjournent, les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que ceux-ci puissent lire et travailler à la lumière naturelle. L'agencement de ces fenêtres doit permettre l'entrée d'air frais. La lumière artificielle doit être suffisante pour permettre aux détenus de lire ou de travailler sans altérer leur vue. / Les installations sanitaires doivent être propres et décentes. Elles doivent être réparties d'une façon convenable et leur nombre proportionné à l'effectif des détenus. " Et aux termes de l'article 22 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 alors en vigueur : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap et de la personnalité de la personne détenue. "
4. En raison de la situation d'entière dépendance des personnes détenues vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, l'appréciation du caractère attentatoire à la dignité des conditions de détention dépend notamment de leur vulnérabilité, appréciée compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de leur personnalité et, le cas échéant, de leur handicap, ainsi que de la nature et de la durée des manquements constatés et eu égard aux contraintes qu'implique le maintien de la sécurité et du bon ordre dans les établissements pénitentiaires. Les conditions de détention s'apprécient au regard de l'espace de vie individuel réservé aux personnes détenues, de la promiscuité engendrée, le cas échéant, par la sur-occupation des cellules, du respect de l'intimité à laquelle peut prétendre tout détenu, dans les limites inhérentes à la détention, de la configuration des locaux, de l'accès à la lumière, de l'hygiène et de la qualité des installations sanitaires et de chauffage. Seules des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine, appréciées à l'aune de ces critères et des articles D. 349 à D. 351 du code de procédure pénale, révèlent l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique. Une telle atteinte, si elle est caractérisée, est de nature à engendrer, par elle-même, un préjudice moral pour la personne qui en est la victime qu'il incombe à l'Etat de réparer
5. M. A a été incarcéré au centre pénitentiaire du Havre entre le 4 octobre 2018 et le 21 juin 2018 et au centre de détention de Val-de-Reuil entre le 31 octobre 2018 et le 6 août 2019.
6. En premier lieu, s'il soutient avoir fait l'objet d'isolement contraire à la dignité humaine au centre pénitentiaire du Havre, il n'apporte aucune autre précision relative à ses conditions d'isolement au Havre et renvoie seulement au rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté de 2010 concernant le centre pénitentiaire de Val-de-Reuil . Compte tenu des motifs justifiant le placement à l'isolement des détenus, et concernant particulièrement M. A, de son comportement, la restriction des libertés invoquées est justifiée par la sécurité de l'établissement. Ces seules allégations peu étayées ne sont pas de nature à établir l'existence condition de détention contraire à la dignité humaine.
7. En deuxième lieu, M. A soutient avoir été incarcéré dans des cellules où l'accès à la lumière naturelle était insuffisant en raison de la présence de caillebotis en acier aux fenêtres. Toutefois, il résulte de l'instruction que le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté de 2010 décrivant le centre pénitentiaire de Val-de-Reuil fait état de la présence de ces caillebotis uniquement dans les cellules disciplinaires et d'isolement et précise que la lumière naturelle " filtre normalement " à travers la fenêtre et les caillebotis. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que les cellules ordinaires seraient également équipées de caillebotis aux fenêtres, ni que les caillebotis feraient obstacle à l'ouverture des fenêtres ou que l'éclairage naturelle des cellules serait insuffisant. Dans ces conditions, la seule circonstance que les fenêtres des cellules aient été équipées de caillebotis, à la supposer établie, ne permet pas de considérer que M. A aurait été placé dans des conditions de détention portant atteinte à la dignité humaine.
8. En troisième lieu, M. A soutient avoir été privé d'une plaque chauffante alors qu'il fait état d'un certificat médical établissant sa nécessité d'accéder à une alimentation réchauffée et équilibrée. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A a été privé de ses plaques chauffantes lorsqu'il était incarcéré aux centres pénitentiaires de Rennes-Vezin, du Havre et la maison d'arrêt du Mans-Les Croisettes mais il n'est nullement fait état d'une telle privation au centre pénitentiaire de Val-de-Reuil, où au demeurant, les détenus en cellule ordinaire ont accès à des plaques chauffantes collectives. D'autre part, les certificats médicaux produits par le requérant se bornent à retranscrire les déclarations du requérant ou à indiquer que son état de santé nécessite " une alimentation régulière et équilibrée justifiant le recours à une plaque chauffante en cellule ". Il n'est pas établi que M. A n'ait pas eu accès pendant sa détention à Val-de-Reuil à une alimentation équilibrée. En outre, le ministre indique, sans être contredit, que la consignation de la plaque chauffante de M. A était justifiée par un motif de sécurité dès lors que la plaque avait été détériorée. Dans ces conditions, les difficultés d'accès à des plaques chauffantes ne peuvent pas être regardées comme caractérisant des conditions de détention indignes.
En ce qui concerne les transferts successifs de M. A entre différents établissements pénitentiaires :
9. Il est constant que M. A a fait l'objet de 11 transferts d'établissement pénitentiaires entre 2011 et 2021.
10. En premier lieu, si M. A soutient que certains de ces transferts n'ont pas été réalisés dans le respect des conditions procédurales prévues aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, il n'apporte pas les éléments suffisants à l'appui de son moyen pour en apprécier le bien-fondé.
11. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 8 de la même convention, qui garantissent le droit au respect de la vie privée et familiale, n'accordent pas aux détenus le droit de choisir leur lieu de détention et la séparation et l'éloignement du détenu de sa famille constituent des conséquences inévitables de la détention. Cependant, le fait de détenir une personne dans une prison éloignée de sa famille au point que toute visite se révèle en réalité très difficile, voire impossible, peut, dans certaines circonstances spécifiques, constituer une ingérence dans la vie familiale du détenu, dès lors que la possibilité pour les membres de sa famille de lui rendre visite est un facteur essentiel pour le maintien de la vie familiale.
12. M. A soutient avoir été privé de visite des membres de sa famille en raison de la multiplicité de ses changements d'affectation en dehors de la Normandie et de ne pas avoir pu communiquer avec les membres de sa famille notamment lors du décès de son père. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant entretiendrait des liens avec les membres de sa famille, l'intéressé ne contestant pas avoir demandé la révocation des permis de visite de ces derniers. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'impossibilité pour les membres de sa famille à lui rendre visite sur ses différents lieux d'incarcération, ni les difficultés pour communiquer avec son demi-frère. Enfin, la seule circonstance, à la supposer avérée, qu'il n'ait pas pu appeler sa famille lors du décès de son père alors qu'il était en cellule d'isolement, ne suffit pas à caractériser des conditions de détention indignes ni un comportement fautif de la part de l'administration pénitentiaire.
13. En troisième et dernier lieu, si M. A soutient avoir été privé de formation professionnelle et de travail par ses multiples transferts, réduisant ainsi ses possibilités de réinsertion, il résulte de l'instruction que M. A a eu accès lors de son incarcération à des formations professionnalisantes, ainsi qu'à un suivi par un psychologue du travail. En outre, il n'est pas contesté que M. A a démissionné de son travail en détention lors de son incarcération au centre de détention de Val-de-Reuil.
14. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les transferts successifs le concernant seraient de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
15. Il s'ensuit que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à la condamnation de l'Etat doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance présentées sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gilles Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
Le premier conseiller faisant fonction de président,
G. Armand La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026