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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104855

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104855

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantPATRICE LEMIEGRE PHILIPPE FOURDRIN SUNA GUNEY ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 décembre 2021 et 3 août 2022, la société France Europe Immobilier, représentée par la SELARL Patrice Lemiegre, Philippe Fourdrin, Suna Güney et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2021 par lequel la maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc a refusé de lui délivrer un permis d'aménager, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc à titre principal, de lui délivrer un permis d'aménager, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- le motif tiré de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est illégal, dès lors qu'aucun risque réel pour la salubrité ou la sécurité publique n'est établi ;

- en tout état de cause, la collectivité doit imposer des prescriptions techniques s'il est possible de délivrer le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales permettant d'éviter les risques ; or la commune ne démontre pas qu'il était impossible d'assortir le permis de prescriptions spéciales ;

- le motif tiré de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est illégal dès lors que la commune ne démontre pas une incapacité matérielle pour les véhicules de secours incendie d'accéder au terrain, et que le second accès présente une capacité de circulation suffisante pour les usagers du lotissement ;

- elle est entachée d'une rupture d'égalité et d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 juin et 7 septembre 2022, la commune de Saint-Romain-de-Colbosc, représentée par la SCP Emo Avocats, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête de la société France Europe Immobilier et à titre subsidiaire d'enjoindre à la commune de Saint-Romain-de-Colbosc de réexaminer la demande de permis d'aménager ;

2°) de mettre à la charge de la société France Europe Immobilier une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public ;

- les observations de Me Mekkaoui substituant la SELARL Patrice Lemiegre, Philippe Fourdin, Suna Güney, pour la société France Europe Immobilier ;

- les observations de Me Gillet, pour la commune de Saint-Romain-de-Colbosc.

Considérant ce qui suit :

1. La société France Europe Immobilier a déposé le 17 décembre 2020 une demande de permis d'aménager un lotissement de vingt-deux parcelles à bâtir et une parcelle édifiée d'un bâtiment à réhabiliter, sur les parcelles cadastrées AB 350, AB 466 et AB 500 d'une surface totale de 2,87 hectares, situées route de Saint-Laurent sur le territoire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc. La demande de permis d'aménager a été complétée à plusieurs reprises. Par un arrêté du 2 juillet 2021, le maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc a rejeté la demande de permis d'aménager. Par sa requête, la société France Europe Immobilier demande l'annulation de la décision du 2 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc a refusé de lui délivrer un permis d'aménager ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau ".

3. Les dispositions de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales doivent être entendues en ce sens qu'en cas d'absence du maire il appartient à l'adjoint qui le remplace provisoirement de faire tous les actes municipaux, quels qu'ils soient, dont l'accomplissement, au moment où il s'impose normalement, serait empêché par cette absence.

4. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté n°125/2020 du 28 juillet 2020, Mme B A a reçu délégation du maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc, pour les fonctions et missions relatives aux questions liées à l'instruction et à la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'utilisation des sols, en cas d'absence de la maire de la commune. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la maire de la commune, qui était, selon les observations en défense, en congés durant la période considérée, n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision. Enfin, il ressort du certificat administratif du 25 août 2022 que l'arrêté n°125/2020 du 28 juillet 2020 a été publié au registre des arrêtés tenu à la disposition du public. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

6. En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

7. Pour refuser de délivrer à la société France Europe Immobilier le permis d'aménager sollicité, le maire de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc s'est notamment fondé sur la circonstance que le projet d'aménagement est " de nature à porter atteinte à la salubrité et à la sécurité publique " en raison des risques d'inondation du fait du caractère inondable du carrefour routier au niveau du chemin de la mare du Frescot et du chemin du Frescot à chaque épisode pluvieux important par débordement de la mare existante sur le site. Si le dossier de demande de permis d'aménager a recueilli l'avis favorable avec prescriptions de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole - direction du cycle de l'eau en date du 19 mars 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet d'aménagement emporterait une imperméabilisation du terrain d'assiette de 26 à 32 %. Aux termes de l'étude réalisée par Antéagroup, il est relevé que l'urbanisation future de ce bassin augmenterait d'environ 22% les ruissellements sur ce secteur déjà soumis à des problèmes d'inondation de la route, de sorte que le volume de stockage nécessaire qui en l'état actuel est quantifié à hauteur de 2 267 m3 serait en l'état futur de 2 845 m3, ce qui n'est pas sérieusement contesté par la société pétitionnaire alors que le projet est relatif à la construction d'un lotissement de vingt-deux habitations.

8. Si la société pétitionnaire a prévu la gestion des eaux pluviales par la rétention des eaux pluviales avant leur restitution au milieu naturel, avec la création d'une noue paysagère n°1 d'un volume de 140 m3, d'une noue à redents de 55 m3 et enfin d'une noue tampon paysagère n°2 d'un volume de 340 m3, il ressort des pièces du dossier que ces équipements hydrauliques sont toutefois insuffisants du fait de leur dimensionnement au regard des préconisations émises par l'étude Antéagroup, pour remédier définitivement aux difficultés hydrauliques et prévenir tout débordement futur, et ce d'autant qu'il ressort de cette étude que l'ouvrage devra impérativement se situer le plus en aval possible du bassin versant correspondant à l'emplacement prévu de l'opération de lotissement.

9. Dès lors, la commune de Saint-Romain-de-Colbosc établit que les eaux pluviales de ruissellement en provenance de la surface imperméabilisée du terrain d'assiette du lotissement sont de nature à révéler l'existence d'un risque particulier accru d'inondation et qu'il n'était pas légalement possible d'accorder le permis d'aménager sollicité en l'assortissant de prescriptions spéciales permettant d'assurer le respect du projet aux dispositions d'urbanisme applicables. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la commune établit l'aggravation du risque d'inondation en aval de la mare du Frescot, empêchant ainsi la circulation des engins de secours sur le chemin du Frescot et le carrefour routier au niveau du chemin de la mare du Frescot en contrebas de l'opération d'aménagement projetée. Par suite, en raison de l'existence d'un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour ceux utilisant ces accès, la société pétitionnaire n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnaitrait les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le détournement de pouvoir allégué par les requérants n'est pas établi.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté 2 juillet 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Romain-de-Colbosc, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société France Europe Immobilier une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Romain-de-Colbosc au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société France Europe Immobilier est rejetée.

Article 2 : La société France Europe Immobilier versera à la commune de Saint-Romain-de-Colbosc une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société France Europe Immobilier et à la commune de Saint-Romain-de-Colbosc.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

V. Le Duff

La présidente,

P. Bailly

Le greffier,

J-L. Michel

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2104855ah

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