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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104888

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104888

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 décembre 2021 et 27 juillet 2022, M. D E, représenté par Me Bidault, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Bidault, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire de lui verser la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- ses conclusions en annulation doivent être redirigées contre la décision explicite de refus du 24 juin 2022, laquelle se substitue à la décision verbale de rejet initialement contestée du 17 novembre 2021 ;

- la décision portant refus de séjour :

o est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la décision a été prise par l'agent de guichet de la préfecture ;

o est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

o est entachée d'une erreur de fait quant à la complétude de son dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que le requérant ayant fait l'objet le 24 juin 2022 d'un refus de séjour pour incomplétude de son dossier, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Par la décision du 17 janvier 2022, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55%.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant libérien né le 4 mai 1968, déclare être entré en France le 15 octobre 2010. Il s'est vu délivrer successivement quatre cartes de séjour d'un an valables respectivement, du 31 août 2012 au 30 août 2013, du 12 février 2014 au 11 août 2014 et du 31 mars 2015 au 30 mars 2016 et du 28 avril 2016 au 27 avril 2017. A la suite de l'annulation par jugement du tribunal n° 1801061 du 26 juin 2018 de l'arrêté du 25 janvier 2018 portant rejet de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, M. E a obtenu un quatrième renouvellement de sa carte de séjour. Le 17 novembre 2021, il a sollicité de nouveau le renouvellement de sa carte de séjour. Par la décision attaquée du 24 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude du dossier.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. La décision verbale de rejet de la demande de titre de jour de M. E, initialement attaquée, a été implicitement mais nécessairement retirée par la décision du 24 juin 2022 portant rejet de sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude ayant la même portée, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le requérant n'a eu connaissance de cette dernière décision qu'en cours d'instance. Par suite, en application du principe cité au point précédent, il y a lieu de regarder les conclusions de la requête comme étant dirigées contre la décision du 24 juin 2022. Il n'y a plus lieu, en revanche, de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision en litige n'a pas été prise par l'agent de guichet de la préfecture mais est signée par Mme B C qui disposait, en qualité d'adjointe au chef du bureau du droit au séjour de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature par arrêté du 1er avril 2022 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont il a été fait application à M. E. Elle mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, notamment l'incomplétude de son dossier, qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

7. M. E indique que, lorsqu'il s'est présenté au guichet de la préfecture de la Seine-Maritime le 17 novembre 2021 afin de renouveler son titre de séjour, un refus d'enregistrement verbal lui a été opposé. Par courrier du 3 février 2022 notifié en mains propres, les services de la préfecture ont informé M. E que, son dossier étant incomplet, il était invité à communiquer les justificatifs relatifs à son état civil, à sa situation familiale ainsi que de domicile, de liens personnels et familiaux, de conditions d'existence de demande et de non-polygamie dans un délai de quinze jours. Si M. E affirme que les pièces demandées ont été déposées le 6 février 2022 dans la boîte aux lettres de la préfecture et produit, à l'appui, une attestation établie par son épouse, il ne ressort d'aucun élément du dossier que ces documents auraient effectivement été remis à la préfecture de la Seine-Maritime le 6 février 2022. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur sur l'état de son dossier.

8. En dernier lieu, la demande de titre de séjour ayant été rejetée pour motif d'incomplétude, M. E ne peut utilement invoquer les moyens tirés de l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, les conclusions en annulation présentées par M. E de la décision du 24 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction et au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision verbale de rejet initialement contestée du 17 novembre 2021.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Bidault et au préfet de de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

Signé : L. A

La présidente,

Signé : C. BOYER Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2204888

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