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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104962

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104962

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantGARRAUD-OGEL-LARIBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 24 mai 2022, M. A B, représenté par la SCP Garraud Ogel Laribi Haussetête, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de l'université Le Havre Normandie a implicitement rejeté son recours administratif contre la décision du 28 septembre 2021 ayant prononcé son licenciement au terme de sa période d'essai ;

2°) de mettre à la charge de l'université Le Havre Normandie une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'université Le Havre Normandie ne motive pas son refus d'agréer les adaptations de son poste de travail préconisées par le médecin du travail ;

- l'université a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a fait l'objet d'une discrimination en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, l'université Le Havre Normandie conclut au rejet de la requête.

L'université soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 15 novembre 2022 fixant la clôture de l'instruction au 30 novembre 2022 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bonutto-Vallois, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par l'université Le Havre Normandie, en qualité d'enseignant, pour la période du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, en vertu d'un contrat du 6 juillet 2021. Ce contrat de droit public prévoyait une période d'essai du 1er septembre 2021 au 30 septembre 2021. Le 20 septembre 2021, il a été convoqué à un entretien préalable, qui s'est tenu le 27 septembre 2021. Par une décision du 28 septembre 2021, le président de l'université Le Havre Normandie a prononcé le licenciement de M. B au terme de sa période d'essai, soit le 30 septembre 2021. Par un courrier du 1er octobre 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision. Il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de ce recours, née du silence gardé par le président de l'université Le Havre Normandie.

2. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Par suite, les conclusions formées par M. B contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le président de l'université Le Havre Normandie a prononcé son licenciement au terme de sa période d'essai.

3. En deuxième lieu, s'il résulte de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat que l'administration est tenue de motiver le licenciement d'un agent contractuel au cours d'une période d'essai, il ne résulte ni de ces dispositions, ni en tout état de cause de celles de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni d'aucun principe général que la décision par laquelle l'administration prononce le licenciement d'un agent contractuel au terme de sa période d'essai devrait être motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est inopérant.

4. En troisième lieu, si M. B soutient que l'administration n'a pas motivé son refus d'agréer les adaptations de son poste de travail préconisées par le médecin du travail le 25 septembre 2021, il est constant que la décision litigieuse a seulement pour objet de prononcer son licenciement au terme d'une période d'essai, et cette dernière n'est attaquée qu'en tant que telle. Par suite, le moyen, tiré de l'insuffisance de motivation d'une décision de refus d'aménagement de poste qui, à supposer qu'elle existe effectivement, est en tout état de cause distincte de la décision attaquée, est inopérant.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été recruté au cours de l'été 2021 pour assurer des enseignements au sein de la faculté des affaires internationales. Le 26 août 2021, à l'occasion de sa visite médicale, il a sollicité du médecin de prévention qu'il préconise une adaptation de son poste en télétravail, en raison de troubles psychologiques, se traduisant notamment par une agoraphobie, causés par un harcèlement subi dans un précédent emploi dans le domaine de la restauration de septembre à mai 2020. Le médecin du travail ayant refusé de préconiser ces adaptations et lui ayant conseillé de consulter un spécialiste, ce qu'il a expressément refusé, M. B a sollicité du président de l'université Le Havre Normandie, le 7 septembre 2021, qu'il l'autorise à réaliser ses enseignements à distance. L'administration n'a pas donné suite à cette demande et les enseignements programmés au cours du mois de septembre ont été annulés. Le 25 septembre 2021, à l'issue d'une seconde consultation, le médecin de prévention a finalement émis un avis favorable à l'exercice des fonctions, moyennant une adaptation consistant en 5 jours sur 7 de télétravail. Si le requérant soutient que son licenciement, au terme de sa période d'essai, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'université n'a pas été en mesure d'évaluer ses compétences, en l'absence d'exercice effectif de ses fonctions au cours du mois de septembre 2021, l'établissement public fait valoir en défense qu'il avait la volonté d'assurer, à compter de la rentrée universitaire 2021, à la sortie de périodes successives de confinement liées à la crise sanitaire, la totalité des enseignements en présence des étudiants, qui avaient été particulièrement affectés par la diffusion de l'essentiel de ces enseignements en visioconférence depuis plus d'un an. L'administration fait ainsi valoir que l'impossibilité pour M. B d'assurer ses enseignements en présence des étudiants, ce qui n'était pas prévu lors de la conclusion de son contrat, était de nature à justifier son licenciement au terme de sa période d'essai. Il ressort en effet des pièces du dossier et des déclarations de l'intéressé lui-même, qui avait connaissance de ses difficultés, voire de son incapacité, à assurer ses enseignements en présence des étudiants avant la conclusion de son contrat le 6 juillet 2021 et qui indique d'ailleurs avoir trouvé bénéfique pour lui-même les enseignements dispensés à distance à l'université de la Rochelle à compter du mois de septembre 2020, qu'il n'a informé l'employeur de cette situation et de ses conséquences que le 7 septembre 2021, après avoir essuyé un refus initial du médecin du travail et sans même avoir, préalablement, assuré un quelconque enseignement en présence des étudiants en exécution de son contrat. Enfin, si M. B a entrepris les démarches afin de mettre en place des cours par visioconférence, il ne l'a fait qu'à compter du 26 septembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En dernier lieu, de manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. M. B soutient que la décision litigieuse constituerait une discrimination eu égard à son état de santé. Il se prévaut en particulier de la proximité temporelle entre son licenciement et l'accord donné par le médecin du travail sur une adaptation de son poste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait informé l'université Le Havre Normandie de son état de santé dès le 7 septembre 2021 et aucun autre élément ne permet, par ailleurs, de faire présumer l'existence d'une discrimination à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée procéderait d'une discrimination doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le président de l'université Le Havre Normandie a prononcé son licenciement à l'issue de sa période d'essai, ni l'annulation de la décision de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'université Le Havre Normandie.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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