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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104985

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104985

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMe Edouard GUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 22 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021, par laquelle le maire de la commune d'Isneauville s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 12 novembre 2021 par la société SFR en vue de procéder à l'installation de six antennes relais sur le toit terrasse de l'immeuble situé 94 rue Jean-Baptiste de la Quintinie ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Isneauville de ne pas s'opposer à la déclaration préalable dans le délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Il fait valoir que :

- les motifs invoqués, dont aucun ne constitue un moyen de droit, ne peuvent justifier le retrait prononcé ;

- la décision ne comporte pas de motivation en droit, en méconnaissance du code des relations entre le public et l'administration ;

- les fausses cheminées ne sont pas susceptibles de dénaturer le site ;

- l'accord de l'architecte du bâtiment n'avait pas à être sollicité ;

- la société atteste avoir qualité pour déposer sa déclaration préalable, la commune ne pouvait lui réclamer l'avis du propriétaire du bâtiment ni celui du syndic.

La commune d'Isneauville a produit, le 28 janvier 2022, la décision du 25 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR.

Par mémoire en date du 11 janvier 2022, la société SFR, représentée par Me Guillou, conclut à l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021, à ce qu'il soit enjoint à la commune de lui délivrer l'autorisation sollicitée et à la mise à la charge de la commune d'une somme de 5 000 euros au titre des frais du litige.

Elle soutient que :

- L'arrêté n'est pas suffisamment motivé, en méconnaissance du code de l'urbanisme ;

- L'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le projet ne saurait être regardé comme portant atteinte à l'environnement ;

- La décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la commune a exigé des pièces qui ne pouvaient l'être.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le référé-suspension enregistré le 22 décembre 2021 sous le numéro 2104986.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Seine-Maritime.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 9 décembre 2021, le maire de la commune d'Isneauville s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR le 12 novembre 2021, en vue de l'installation de six antennes relais sur le toit terrasse de l'immeuble situé 94 rue Jean-Baptiste de la Quintini. Le préfet de la Seine-Maritime demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'intervention de la société SFR :

2. La décision en litige s'oppose à la déclaration préalable déposée par la société SFR. Elle a, dès lors, intérêt à l'annulation de cette décision. Son intervention au soutien du déféré introduit par le préfet de la Seine-Maritime sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales est, par suite, recevable.

Sur l'existence d'un non-lieu à statuer :

3. Une autorisation d'urbanisme délivrée à la suite du réexamen ordonné en conséquence d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés revêt un caractère provisoire. Par suite, alors même qu'à la suite de l'ordonnance du juge des référés du 20 janvier 2022, le maire de la commune d'Isneauville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR, le litige n'a pas perdu son objet et il y a lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / ()".

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée le 12 novembre 2021 par la société SFR en vue de procéder à l'installation de six antennes relais sur le toit terrasse de l'immeuble situé 94 rue Jean-Baptiste de la Quintinie, le maire de la commune d'Isneauville a considéré, d'une part, que la présence des trois fausses cheminées au sein desquelles les antennes allaient être dissimulées portait atteinte à l'intégrité architecturale du bâtiment, compte tenu de la situation de l'immeuble dans un champ de perspectives multiples qui contribuent à sa mise en valeur et, d'autre part, que manquaient dans le dossier de demande l'avis du cabinet d'architecte du bâtiment ainsi que les avis du propriétaire du bâtiment et du syndic.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. ". Une décision d'opposition à déclaration préalable doit, en application de ces dispositions spécifiques, et non en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration, être motivée et comporter les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. Il ressort des mentions de la décision attaquée que celle-ci se borne à viser le plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie et le règlement de la zone UR 3 mais ne mentionne pas les motifs de droit qui s'opposeraient à la délivrance de l'autorisation sollicitée. La décision est, par suite, entachée d'un défaut de motivation.

8. En deuxième lieu, si les dispositions applicables du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie prévoient que les autorisations d'urbanisme peuvent être refusées si les constructions sont de nature à porter atteinte au site et aux paysages, le maire de la commune d'Isneauville ne pouvait considérer que le projet, constitué par les fausses cheminées, portait atteinte à l'intégrité architecturale du bâtiment pour s'opposer à la déclaration préalable, alors que l'environnement ne présente aucun intérêt patrimonial ou urbanistique particulier. Ce deuxième moyen est, par suite, également, fondé.

9. Enfin, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " La déclaration préalable précise : a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; c) La nature des travaux ou du changement de destination ; d) S'il y a lieu, la surface de plancher et la destination et la sous-destination des constructions projetées définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; f) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; g) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement ; h) S'il y a lieu, que les travaux doivent faire l'objet d'une dérogation au titre du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. / La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".

10. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui atteste avoir qualité pour présenter une déclaration préalable doit être regardé comme ayant qualité pour ce faire. Le maire de la commune d'Isneauville, qui ne pouvait exiger, à l'appui de la demande de déclaration, que les pièces précitées visées à l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme n'a pu refuser l'autorisation sollicitée au motif que manquaient dans le dossier de demande l'avis du cabinet d'architecte du bâtiment ainsi que l'avis du propriétaire du bâtiment et celui du syndic, pièces qui n'étaient pas exigibles.

11. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des motifs opposés par le maire de la commune d'Isneauville à la société SFR ne pouvait justifier une décision de refus. Il s'ensuit que l'arrêté en date du 9 décembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Isneauville s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR le 12 novembre 2021, en vue de l'installation de six antennes relais sur le toit terrasse de l'immeuble situé 94 rue Jean-Baptiste de la Quintini doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.

13. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au maire de la commune d'Isneauville de prendre une décision de non-opposition et de délivrer, à titre définitif, à la société SFR un certificat de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

14. La société SFR, intervenue dans le délai de recours contentieux au soutien du déféré préfectoral, aurait eu, en sa qualité de destinataire de la décision en litige, intérêt pour exercer un recours à l'encontre de l'arrêté déféré au tribunal par le préfet de la Seine-Maritime. Eu égard à cette qualité, elle doit être regardée pour la présente instance comme une partie au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et peut ainsi prétendre au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Isneauville une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la société SFR et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 9 décembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Isneauville s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR le 12 novembre 2021, en vue de l'installation de six antennes relais sur le toit terrasse de l'immeuble situé 94 rue Jean-Baptiste de la Quintini est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Isneauville de prendre une décision de non-opposition et de délivrer, à titre définitif, à la société SFR un certificat de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions du déféré du préfet de la Seine-Maritime est rejeté.

Article 4 : La commune d'Isneauville versera à la société SFR une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Seine-Maritime, à la commune d'Isneauville et à la société SFR.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

P. C

L'assesseure la plus ancienne,

D. D

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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