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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2105125

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2105125

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2105125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBESSIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 décembre 2021, le 20 mai 2022 et le 26 juin 2023, M. B C et Mme A C, représentés par Me Bessis, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Campigny ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société SA Orange en vue de l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Campigny et de la société Orange une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'agence régionale de santé n'a pas été consultée préalablement à la décision ;

- la décision attaquée méconnaît le principe de précaution, garanti par l'article 5 de la charte de l'environnement et l'article L. 110-1 du code de l'environnement, dès lors qu'aucune étude sanitaire n'a été préalablement menée et qu'aucun consensus scientifique n'existe quant à l'absence de risque ;

- l'implantation de l'antenne portera atteinte à l'harmonie du paysage ;

- l'implantation de l'antenne entraînera un trouble visuel majeur ;

- l'implantation de l'antenne réduira la valeur de leur bien immobilier ;

- elle méconnait l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques dès lors qu'il n'est pas établi que le pétitionnaire a recherché à privilégier une solution de partage d'un site radioélectrique existant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, la commune de Campigny, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mis à la charge des requérants le paiement des dépens.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, la société SA Orange, représentée par Me Durand, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et subsidiairement à son rejet au fond et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au regard d'une part des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, faute pour M. et Mme C de justifier de leur qualité de propriétaire, et d'autre part, des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'ils ne justifient d'aucun intérêt pour agir à l'encontre de la décision de non-opposition à déclaration ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Quang, substituant Me Durand, représentant la société SA Orange.

Considérant ce qui suit :

1. La société SA Orange a déposé le 28 septembre 2021 un dossier de déclaration préalable en vue de l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur le territoire de la commune de Campigny, au lieu-dit chemin de la Motte, parcelle cadastrée section A n° 261. Une décision tacite de non opposition est née à l'expiration du délai d'instruction de cette demande, soit le 29 octobre 2021. M. et Mme C demandent l'annulation de cette autorisation d'urbanisme.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la circonstance que l'avis de l'agence régionale de santé (ARS) du 26 octobre 2021 n'aurait été reçu par la commune que postérieurement à l'autorisation accordée le 29 octobre 2021 est sans incidence sur la légalité de la décision, faute d'obligation posées par les textes en ce sens.

3. En deuxième lieu, l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme prévoit que le permis de construire ou la décision prise sur la déclaration préalable de travaux, doit respecter les préoccupations définies par l'article L. 110-1 du code de l'environnement qui se réfère au principe de précaution, consacré à l'article 5 de la Charte de l'environnement, comme le principe " selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ". S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte ce principe lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, ces dispositions ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés faisant apparaître, en l'état des connaissances scientifiques, des risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus.

4. Il ne ressort pas des pièces versées au dossier d'éléments suffisamment circonstanciés de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, et justifiant que, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, le maire de Campigny s'oppose à la déclaration préalable de la société SA Orange alors qu'au demeurant, la décision attaquée renvoie aux prescriptions de l'ARS Normandie.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

6. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante au sein d'un massif forestier, entouré d'espaces naturels constitués de prairies qui ne présentent aucune qualité paysagère particulière et situé à une distance de 120 mètres d'un ensemble disparate d'habitations individuelles dépourvu d'intérêt particulier. La seule circonstance qu'il s'agisse d'une commune rurale préservée n'est pas de nature à faire regarder le projet comme contraire aux dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme alors que l'impact visuel sera atténué par le choix d'un pylône de type treillis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. En quatrième lieu, les atteintes portées aux droits des riverains et notamment le trouble visuel allégué, sont, en tant que telles, sans incidence sur la légalité d'une autorisation d'urbanisme, qui est délivrée sous réserve du droit des tiers. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet contesté créerait un trouble visuel et qu'il entrainerait une dépréciation de la valeur patrimoniale des habitations environnantes.

9. Enfin, l'autorité compétente doit seulement se prononcer sur la conformité du projet d'implantation d'une antenne-relais aux règles d'urbanisme en vigueur et il ne lui appartient pas, dès lors, d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation de celui-ci ni de contrôler le respect de la réglementation des postes et télécommunications. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 34-9-1 et D. 98-6-1 du code des postes et télécommunications électroniques ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. et Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige:

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Campigny et de la société SA Orange, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants le paiement à la société Orange d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais que celle-ci a exposés.

Sur les dépens :

12. En l'absence de dépens, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la société SA Orange une somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Campigny présentées au titre des dépens sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C, à la commune de Campigny et à la société SA Orange.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

V. Le Duff

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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