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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200075

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200075

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, et un mémoire enregistré le 30 novembre 2022, Mme B A, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Escales a refusé de reconnaître son état de santé imputable à un accident de service et à une maladie professionnelle ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'EHPAD Les Escales de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Escales la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Mme A soutient que la décision :

- n'est pas suffisamment motivée en droit ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été convoquée à la commission de réforme, que l'avis du médecin de prévention n'a pas été sollicité et que l'avis n'est pas motivé ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration n'a pas pris en compte la présomption d'imputabilité résultant de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions d'imputabilité au service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, l'EHPAD Les Escales, représenté par la SELARL Ékis Avocats, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- les observations de Me Languil, pour Mme A,

- et les observations de Me Cahard-Sautet, pour l'EHPAD Les Escales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante au sein de l'EHPAD Les Escales, au Havre, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice de cet établissement public a refusé de reconnaître son état de santé imputable à un accident de service et à une maladie professionnelle.

2. En premier lieu, si la décision du 17 novembre 2021 peut être regardée comme s'appropriant les motifs de fait des avis donnés par la commission de réforme sur l'imputabilité au service de l'état de santé de Mme A, elle ne contient aucune motivation en droit ni aucun rappel des textes applicables. Elle n'est donc pas suffisamment motivée.

3. En second lieu, aux termes de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34, 43 et 47-7. / Le fonctionnaire intéressé et l'administration peuvent, en outre, faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical ou la commission de réforme. " Aux termes de l'article 19 du même décret : " La commission de réforme () doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. () Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : - de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. () "

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

5. D'une part, il ne résulte ni des pièces du dossier ni des affirmations imprécises de l'EHPAD Les Escales que le médecin de prévention aurait été mis à même de présenter des observations écrites ou d'assister à la séance de la commission de réforme réunie pour donner son avis sur l'imputabilité à un accident de service de l'état de santé de Mme A ni qu'il aurait remis un rapport écrit pour éclairer la commission sur l'imputabilité au service de la maladie dont souffrirait Mme A. D'autre part, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des affirmations imprécises de l'établissement défendeur que Mme A aurait été informée de la date de la séance de la commission de réforme, ce qui lui aurait permis de présenter des observations orales ou celles d'un médecin de son choix. Ces deux irrégularités ont privé Mme A de la garantie tenant à ce que la commission de réforme donne un avis éclairé sur ses demandes et à ce que l'administration prenne elle-même une décision éclairée, et sont, chacune, de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD Les Escales a refusé de reconnaître son état de santé imputable à un accident de service et à une maladie professionnelle.

7. Compte tenu des motifs d'annulation retenus, seuls susceptibles de l'être, l'annulation de la décision du 17 novembre 2021 implique nécessairement seulement qu'il soit enjoint à l'EHPAD Les Escales de réexaminer les demandes de Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'EHPAD Les Escales, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors qu'aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme A à ce titre doivent être rejetées. Mme A n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par l'EHPAD Les Escales sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice de l'EHPAD Les Escales a refusé de reconnaître l'état de santé de Mme A imputable à un accident de service et à une maladie professionnelle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'EHPAD Les Escales de réexaminer les demandes de Mme A, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'EHPAD Les Escales versera à Mme A la somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête et les conclusions de l'EHPAD Les Escales présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Escales.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

H. JEANMOUGIN

Le président,

Signé

P. MINNE Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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