mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | OTTAVIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 janvier 2022 et le 4 mai 2023, Mme E B, représentée par Me Ottaviani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de la région Normandie a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter les terres agricoles, cadastrées A106, A119, A172, A180, A181, A124, A175 et 182, d'une superficie totale de 40 ha 77, situées sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-Epinay (Seine-Maritime), ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;
- la demande de M. A, dont la date n'est pas précisée dans l'arrêté, n'était pas complète dès lors qu'il n'a pas informé les propriétaires de sa candidature ;
- il appartenait au préfet de s'assurer que l'autorisation accordée le 7 décembre 2017 à M. A n'était pas périmée, cette seule autorisation ne pouvant, dès lors que sa situation actuelle n'est pas précisée, justifier son classement au deuxième rang des priorités du schéma ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 13 avril 2023, M. C A, représenté par Me Leroux-Bostyn, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Un mémoire, enregistré le 31 mai 2023 pour M. A, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
La clôture d'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiral,
- et les conclusions de Mme D.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a présenté le 6 avril 2021 une demande d'autorisation pour l'exploitation de terres agricoles, cadastrées A106, A119, A172, A180, A181, A124, A175 et 182, d'une superficie de 40 ha 77, situées sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-Epinay. Par un arrêté du 22 juillet 2021, le préfet de la région Normandie a rejeté sa demande. Mme B a contesté cette décision par une lettre du 20 septembre 2021. Elle demande, par la présente requête, l'annulation de l'arrêté et de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " II. - La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 ".
3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code rural et de la pêche maritime et celles du schéma directeur régional dont il est fait application, notamment l'article 3 du schéma concernant les rangs de priorité, précise, après avoir rappelé l'autorisation délivrée à M. A le 7 décembre 2017, que la demande de Mme B consiste en un agrandissement de son exploitation dont la surface totale sera portée, après reprise, à 101 ha 69. Il mentionne en outre que cette demande, qui relève du rang de priorité 5 du schéma, à savoir les " autres installations, agrandissements ou réunions d'exploitation à titre individuel ", ne répond pas à un rang de priorité supérieur à celui de M. A dont l'opération relève de la priorité 2 relative aux " installations aidées telles que définies à l'article 1, y compris progressives ". La motivation de cet arrêté, qui permet à la requérante de vérifier que l'ordre des priorités lui a été opposé à bon droit, satisfait ainsi aux exigences résultant des dispositions précitées de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui était autorisé à exploiter les parcelles agricoles concernées depuis le 7 décembre 2017, aurait présenté une nouvelle demande d'autorisation. Mme B ne peut dès lors utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime qui imposent au demandeur d'informer le propriétaire de sa candidature. Il suit de là que le moyen soulevé par la requérante est inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ". Le III de l'article L. 312-1 du même code dispose : " Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit () l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération ". L'article 2 de l'arrêté préfectoral du 19 mars 2021 relatif au schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie fixe une liste d'orientations de la politique agricole régionale en vue de la promotion d'une agriculture diversifiée, source d'emploi et de revenus pour les agriculteurs. L'article 3.1 du schéma prévoit que les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte la nature de l'opération au regard des objectifs du contrôle des structures et de l'intérêt économique et environnemental de l'opération. L'article 3.3 du même schéma fixe les critères de priorité, tandis que son article 5 détermine leur pondération afin de départager, le cas échéant, les candidatures classées au même rang de priorité en fonction de l'intérêt des opérations envisagées. Enfin, l'article L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime dispose : " L'autorisation est périmée si le fonds n'a pas été mis en culture avant l'expiration de l'année culturale qui suit la date de sa notification (). Si le fonds est loué, l'année culturale à prendre en considération est celle qui suit le départ effectif du preneur, sauf si la situation personnelle du demandeur au regard des dispositions du présent chapitre est modifiée ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'une autorisation a été délivrée, le préfet de région saisi d'une nouvelle demande portant sur les mêmes terres ne peut légalement y faire droit que si l'auteur de cette demande justifie d'une priorité égale ou supérieure à celle de la personne déjà autorisée. Toutefois, le préfet de région n'est pas tenu de procéder à cet examen si l'autorisation en cause est périmée à la date à laquelle il statue sur cette nouvelle demande et que le titulaire de cette autorisation périmée ne l'a pas, lui-même, saisi d'une demande concurrente.
6. En l'espèce, et comme l'atteste notamment l'annexe 4 relative aux critères d'appréciation complétée le 14 juin 2021 par M. A, le préfet de la région Normandie s'est assuré, ainsi qu'il y était tenu, que l'autorisation délivrée à l'intéressé le 7 décembre 2017 n'était pas périmée. Il ressort à cet égard des pièces versées au dossier que M. A n'a pu, malgré l'autorisation dont il bénéficiait, mettre en culture les terres concernées qui étaient toujours, à la date de l'arrêté litigieux, exploitées par le preneur en place. Si Mme B soutient que la situation personnelle du bénéficiaire de l'autorisation a changé, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, les pièces versées au dossier permettant au contraire d'établir que la situation de M. A, qui n'a bénéficié d'aucun agrandissement d'exploitation, n'a pas été modifiée depuis le 7 décembre 2017. Ainsi, en l'absence de modification de la situation personnelle de M. A, l'autorisation qui lui a été accordée le 7 décembre 2017 ne peut être regardée comme étant périmée au sens et pour l'application de l'article L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime. Il suit de là que le préfet a pu légalement comparer la demande de Mme B à la situation du bénéficiaire de l'autorisation au regard des priorités définies par le schéma directeur régional. Ce moyen doit donc être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 331-3-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut n'être délivrée que pour une partie de la demande, notamment si certaines des parcelles sur lesquelles elle porte font l'objet d'autres candidatures prioritaires ". En vertu de l'article 3.3 du schéma, relèvent du rang de priorité 2 les " installations aidées telles que définies à l'article 1 du présent arrêté, y compris progressives, individuellement ou en société avec mise à disposition ou non de terres supplémentaires, dans la limite d'une surface totale de l'exploitation après reprise fixée à 140 hectares, majorée de 70 hectares par associé exploitant à temps plein au-delà du 1er et plafonnée à 350 ha ". Selon l'article 1er du même schéma, constituent une " installation progressive ", " toute installation faite en plusieurs étapes (durée maximale de 4 ans) conformément au projet approuvé par l'autorité administrative pour atteindre le seuil de viabilité économique requis " et une " installation aidée ", " toute installation d'un agriculteur qui s'est engagé dans un parcours à l'installation aidée cofinancée par le FEADER (Plan de Professionnalisation Personnalisé (PPP) agréé) ou financé par la Région (inscription au stage 21 h) ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'autorisation d'exploiter délivrée à M. A vise à permettre une installation aidée telle qu'elle est définie à l'article 1er du schéma directeur et non, ainsi qu'il est soutenu par la requérante, une installation progressive, de sorte que la circonstance selon laquelle le projet approuvé par l'autorité administrative, applicable aux seules installations progressives, ne serait pas précisé est inopérante. Par ailleurs, si les dispositions du 3° de l'article D. 343-4 du code rural et de la pêche maritime interdisent à un agriculteur déjà installé de bénéficier de nouvelles aides, la situation de M. A, lequel n'a pu débuter son activité pour laquelle il bénéficiait de l'autorisation délivrée le 7 décembre 2017 en l'absence de libération des terres par le preneur en place, ne peut s'analyser comme une seconde installation aidée. Il ressort enfin des pièces du dossier que la demande de la requérante, qui ne contredit pas sérieusement l'arrêté sur ce point, relevait de la priorité 5 relative aux " autres installations, agrandissements ou réunions d'exploitation ". Dans ces conditions, cette demande n'étant pas prioritaire, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui accorder, même partiellement, l'autorisation d'exploitation demandée, quand bien même une autorisation partielle aurait permis à son exploitation d'atteindre le seuil de viabilité économique.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021 du préfet de la région Normandie et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante le versement à M. A de la somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. C A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le rapporteur,
S. GUIRAL
La présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026