jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX EMO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés respectivement le 17 janvier 2022, le 20 février 2023 et le 17 avril 2024, la fédération France Nature Environnement Normandie (FNE Normandie) demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Eure a accordé à la commune du Neubourg la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du code de l'environnement, en vue de l'abattage des arbres, dans le cadre du réaménagement de la double allée de hêtres, dite allée du Champ de Bataille ;
2°) de mettre la somme de 1 025 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 411-2, I, 4° du code de l'environnement dès lors que deux des trois conditions de mise en œuvre de la dérogation prévue par ces dispositions ne sont pas remplies, en l'absence de risque avéré pour la sécurité publique et du fait de l'existence de solutions alternatives satisfaisantes.
Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 26 mars 2024, la commune du Neubourg, représentée par Me Gillet, associée de la SCP Emo Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 :
- le rapport de M. Armand,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- les observations de Mme A pour la FNE Normandie et de Me Gillet pour la commune du Neubourg.
Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. En vue de procéder à l'abattage des hêtres de l'allée d'accès au domaine du Champ de Bataille, figurant sur la liste des sites inscrits de l'Eure, la commune du Neubourg a déposé une demande de dérogation pour la destruction, l'altération ou la dégradation de sites de reproduction ou d'aires de repos d'animaux d'espèces animales protégées. Le 14 janvier 2022, le préfet de l'Eure a pris un arrêté portant décision d'accorder la dérogation sollicitée, en vue de l'abattage des arbres constituant l'allée du Champ de Bataille et fixant les conditions de cet abattage. Par la présente requête, la fédération France Nature Environnement Normandie (FNE Normandie) demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits: / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : () / 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la destruction ou la perturbation des espèces animales concernées, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs habitats, sont interdites. Toutefois, l'autorité administrative peut déroger à ces interdictions dès lors que sont remplies trois conditions distinctes et cumulatives tenant d'une part, à l'absence de solution alternative satisfaisante, d'autre part, à la condition de ne pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle et, enfin, à la justification de la dérogation par l'un des cinq motifs limitativement énumérés et parmi lesquels figure le fait que le projet réponde à l'intérêt de la sécurité publique.
4. L'arrêté en litige du préfet de l'Eure énonce que le projet d'abattage des cent soixante-sept hêtres constituant l'allée d'accès au domaine du Champ de Bataille, pour la réalisation duquel est sollicitée la dérogation en cause, répond à des raisons de risques avérés pour la sécurité publique, car rendu nécessaire par l'accélération de leur dégradation sanitaire, et en l'absence d'autres solutions satisfaisantes compte tenu du caractère irréversible de l'évolution sanitaire des arbres, du fait de leur contamination par le polypore géant, qui s'attaque aux racines, la pholiote adipeuse qui provoque le pourrissement au cœur du bois et le polypore écailleux, qui induit une pourriture au niveau des parties aériennes des arbres. Enfin, l'arrêté contesté énonce que la dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations d'espèces protégées concernées dans leur aire de répartition naturelle compte tenu des mesures d'évitement, de réduction et de compensation détaillées à l'article 3 du dispositif de l'arrêté.
5. Il ressort du bilan réalisé par l'Office national des forêts du mois de mai 2020 que les cent-soixante-sept (167) hêtres restants sur les cent-quatre-vingt-quatre (184) plantés présentent trois types de champignons s'attaquant aux racines, cœur et parties aériennes de ces arbres. Ces champignons révèlent leur faiblesse et en accélèrent le déclin. Le bilan de l'état phytosanitaire est décrit comme très médiocre puisque sur les 167 arbres expertisés, 51 % d'entre eux ont des défauts pouvant engendrer des basculements ou des ruptures, de sorte qu'il est conseillé pour ces arbres un abattage ou une surveillance annuelle. En revanche, 38 des arbres expertisés présentent de simples défauts modérés et 35 autres des défauts moyens, pouvant avoir une évolution régressive. Il s'agit principalement d'arbres présentant des altérations dont l'importance reste actuellement limitée, mais qui nécessitera une attention particulière vis-à-vis de leurs évolutions. S'agissant des préconisations, il est indiqué que des actions plus ou moins urgentes sont proposées pour amoindrir les risques d'incident et/ou améliorer l'architecture des arbres. Chaque intervention doit être justifiée et minimisée. Au total, il est préconisé l'abattage de 30 arbres, la taille de mise en sécurité de 24 arbres, l'entretien de couronne de 78 arbres, la taille de cohabitation de 20 arbres, et enfin des examens complémentaires pour les arbres restants. Aux termes des conclusions et perspectives, un renouvellement des alignements est à programmer dans les années à venir. Dans le cadre du suivi de son diagnostic, l'Office national des forêts, au mois d'août 2021, a constaté une mortalité en expansion de quatre sujets en plus outre le passage de 19 arbres en plus en phase de résignation. Si en 2020 l'effectif des arbres en vitalité adéquate était de 35 (ratio de 21 %), il n'est plus que de 13 % en 2021, la vitalité moyenne passant de 101 sujets (ratio 60 %) à 86 (ratio 51 %) la vitalité anormale arrivant presque à doubler, passant de 31 arbres (ratio 19 %) à 60 (36%). L'Office national des forêts note une dégradation de la vitalité des arbres, et un bilan physiologique négatif. S'agissant des préconisations, il ressort la nécessité d'une croissance des abattages de 30 à 36 sujets, ainsi qu'une augmentation importante des tailles de mise en sécurité avec 24 tiges en 2020 et 44 arbres en 2021, le dépérissement des hêtres du Champ de Bataille s'avérant irréversible.
6. Il ressort du diagnostic naturaliste de l'allée du Champ de Bataille réalisé par la Ligue pour la protection des oiseaux Normandie (LPO), que cette allée a un fort indice patrimonial de par la présence d'une espèce nicheuse menacée, le pic épeichette. D'autres espèces, dont les territoires de chasse et de reproduction se trouvent sur l'allée, sont aussi à prendre en compte. Il est relevé que l'allée n'est pas un territoire isolé mais forme une jonction entre la ville et la forêt communale du Neubourg, assurant une continuité écologique en tant qu'élément du maillage des milieux nécessaires au fonctionnement des habitats et de repos, espaces de circulation. L'allée forme ainsi un corridor écologique relié à un réservoir de biodiversité, offrant aux espèces des conditions favorables à leur déplacement et à l'accomplissement de leur cycle de vie. Cinq scénarios sont proposés par la Ligue pour la protection des oiseaux, par ordre croissant d'incidences, allant de la conservation de la totalité des hêtres, jusqu'à leur abattage dans leur ensemble.
7. Il n'est pas contesté que le dépérissement des 167 hêtres restant présents sur l'allée du Champ de Bataille s'avère irréversible et qu'il tend à s'aggraver, comme indiqué au point n°6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que d'une part, seule une partie des arbres présente des défauts pouvant engendrer des basculements ou des ruptures, de sorte que l'ensemble des sujets présents sur cette allée ne présentait pas un danger pour la sécurité des usagers, et d'autre part, que pour les hêtres présentant des défauts pouvant engendrer des basculements ou des ruptures, l'élagage pouvait constituer une alternative à leur abattage. Si le préfet de l'Eure pour justifier de l'autorisation délivrée visant à permettre le remplacement complet et rapide de l'ensemble de l'allée fait valoir la dégradation rapide de l'état sanitaire des arbres et en particulier l'augmentation de la prise au vent des alignements continus, ainsi que la possibilité pour les espèces protégées qui sont des espèces mobiles de se déplacer vers le massif forestier, ces éléments sont toutefois contredits par les pièces du dossier et notamment l'étude de la LPO qui établit que l'allée du champ de Bataille étant reliée à la forêt communale, elle présente un grand intérêt en tant que corridor écologique, et que le fonctionnement même de l'écosystème forestier nécessite et exige la présence d'arbres morts ou à cavités, et que d'autre part, la mise en sécurité du site pouvait être assurée non par l'abattage mais par l'élagage, et enfin, qu'un arbre creux est un arbre souple qui résiste tout autant aux tempêtes qu'un arbre sain. Contrairement à ce que soutient le préfet de l'Eure, il ressort des pièces du dossier qu'il existait des solutions alternatives et satisfaisantes à la destruction de la quasi-totalité des hêtres composant la double allée dès lors qu'il n'est pas démontré que chacun des arbres dont l'abattage était projeté présentait un danger soit pour la sécurité, soit d'un point de vue sanitaire pour les autres arbres, ni qu'un abattage partiel ou des mesures d'élagage ne permettrait pas de préserver les espèces protégées identifiées. Dès lors, le préfet n'établit pas qu'il répondrait à l'exigence de l'absence de solution alternative satisfaisante à l'abattage de la totalité des arbres de l'allée du Champ de Bataille. Dans ces conditions, le préfet de l'Eure, en prenant l'arrêté en litige du 14 janvier 2022, a fait une inexacte application des dispositions du 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 janvier 2022.
Sur les frais de procès :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la FNE Normandie de la somme de 1 025 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Eure du 14 janvier 2022 autorisant la destruction, l'altération ou la dégradation de sites de reproduction en vue de la coupe et l'abattage de 167 arbres, au lieu-dit avenue du Champ de Bataille sur la commune du Neubourg est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à la FNE Normandie la somme de 1 025 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présente jugement sera notifié à la fédération France Nature Environnement Normandie, au préfet de l'Eure et à la commune du Neubourg.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le premier conseiller
faisant fonction de président,
G. Armand
L'assesseur le plus ancien,
J. CotraudLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 22000173
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026