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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200210

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200210

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantCHALOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête des mémoires complémentaires et en production de pièces, enregistrés, sous le n° 2200083, le 9 janvier 2022, le 5 avril 2022, le 20 octobre 2022 et le 20 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 15 092,84 euros ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce qui la conduirait à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

* la décision du 19 juillet 2021 :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été adoptée dans le respect d'une procédure contradictoire ;

* elle n'était pas en situation de concubinage avec M. F de sorte qu'elle n'est pas redevable d'un indu ; l'absence de vie maritale a été jugée par le tribunal judiciaire de Rouen par jugement du 20 décembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 21 décembre 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, indique s'en rapporter aux conclusions du département de la Seine-Maritime.

II. Par une requête des mémoires complémentaires et en production de pièces, enregistrés, sous le n° 2200210, le 18 janvier 2022, le 5 avril 2022, le 20 octobre 2022 et le 20 janvier 2023, M. D F, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 1 394 euros ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce qui la conduirait à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

* la décision du 19 juillet 2021 :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été adoptée dans le respect d'une procédure contradictoire ;

* il n'était pas en situation de concubinage avec Mme A de sorte qu'il n'est pas redevable d'un indu ; l'absence de vie maritale a été jugée par le tribunal judiciaire de Rouen par jugement du 20 décembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 21 décembre 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, indique s'en rapporter aux conclusions du département de la Seine-Maritime.

III. Par une requête des mémoires complémentaires et en production de pièces, enregistrés, sous le n° 2200211, le 18 janvier 2022, le 5 avril 2022, le 19 octobre 2022, 26 octobre 2022 et le 22 février 2023, M. D F, représenté par Me Chalot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la caisse d'allocation familiales (CAF) de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu d'allocation logement à caractère sociale (ALS) d'un montant de 4 293 euros ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce qui la conduirait à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

* la décision du 19 juillet 2021 :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été adoptée dans le respect d'une procédure contradictoire ;

* il n'était pas en situation de concubinage avec Mme A de sorte qu'il n'est pas redevable d'un indu ; l'absence de vie maritale a été jugée par le tribunal judiciaire de Rouen par jugement du 20 décembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 21 décembre 2022, le département de la Seine-Maritime, représenté par le président du conseil départemental, conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu :

* la décision du 23 mars 2022 admettant Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

* les décisions du 9 mars 2022 et 23 mars 2022 admettant M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. E,

* et les observations de Me Chalot, représentant Mme A et M. F, ainsi que celles de Mme A.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, anciennement allocataire du revenu minimum d'insertion, bénéficiait d'un droit au RSA depuis 2009, et M. F bénéficiait de ce revenu suite à sa demande du 31 août 2016. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de la situation personnelle des intéressés, Mme A s'est vu réclamer, le 19 juillet 2021, la somme de 15 092,84 euros au titre d'un indu de RSA socle INL-002 pour la période du 1er août 2019 au 31 mai 2021. Le même jour, M. F s'est vu réclamer la somme de 1 394 euros au titre d'indus de RSA et la somme de 4 293 euros au titre d'un indu d'ALS. Mme A et M. F ont contesté ces décisions respectivement le 14 septembre 2021 et le 15 septembre 2021. Ces recours ont été implicitement rejetés par le président du conseil départemental de la Seine-Maritime. Par les présentes requêtes, qui présentant à juger des mêmes questions et ayant trait à la situation commune des mêmes personnes doivent être jointes, Mme A et M. F demandent au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles leurs recours exercés à l'encontre des décisions du 19 juillet 2021 mettant à leur charge un indu de RSA et d'ALS ont été rejetés

2. Tout d'abord, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de

RSA et d'ALS, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

3. Ensuite, pour le bénéfice du RSA, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

4. Mme A et M. F soutiennent que, s'ils sont actuellement concubins, ils ne menaient pas une vie de couple durant la période en litige. La CAF et le département de la Seine-Maritime font quant à eux valoir que le nom de M. F, à la différence de ceux des colocataires allégués, ne figurait sur aucune des factures d'énergie et de télécoms produites, que M. F, qui a déclaré l'adresse de Mme A dans le cadre de sa demande de carte grise, a été retrouvé dans la chambre de celle-ci dans le cadre de l'enquête préliminaire menée à son encontre, qu'il a pris attache avec les services de la CAF depuis le téléphone fixe de Mme A et n'a pas démenti la situation de vie maritale depuis le 29 juillet 2019 qui figure sur les relevés de situation familiale de la CAF qu'il a confirmée régulièrement depuis l'automne 2021. Ces éléments, non matériellement contestés, sont de nature à pouvoir faire regarder les requérants, parents de deux enfants nés en 2015 et 2019, comme entretenant une vie de couple. Toutefois, il n'est pas contesté que l'inscription figurant sur les relevés de situation faisant état d'une vie maritale a été faite par la CAF sans possibilité de changement de la part de M. F. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, au regard des zones de stationnement résidentiel de la commune de Rouen, la circonstance que M. F ait, en 2018, déclaré l'adresse de Mme A pour pouvoir stationner au plus près du domicile de cette dernière revêt un caractère crédible dans la mesure où le 4 de la rue du docteur C et le 102 de la rue Saint-Hilaire se trouvent dans des zones distinctes. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction, notamment des baux et quittances produites ainsi que des nombreuses attestations jointes et des propres déclarations de M. F qui figurent dans le procès-verbal du 9 mai 2019 dont se prévalent la CAF et le département, que l'intéressé résidait bien de manière habituelle au 102 rue Saint-Hilaire puis au 2 rue de Blainville sur la période en litige et justifie avoir payé la part de loyer lui incombant. Enfin, il résulte de l'instruction, et notamment des déclarations faites à l'audience, que M. F ne participait que de façon ponctuelle à l'entretien des enfants du couple, notamment en leur achetant certains aliments qu'ils affectionnent, sans mettre aucune de ses ressources en commun avec Mme A. Par suite, comme l'a également relevé le tribunal judiciaire de Rouen dans son jugement du 20 décembre 2022, les intéressés doivent être regardés comme n'ayant pas mené une vie de couple au cours de la période en litige. Ils sont donc fondés à soutenir que les indus en litige procèdent d'une erreur dans l'appréciation de leur situation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté le recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu de RSA d'un montant de 15 092,84 euros. M. F est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu de RSA d'un montant de 1 394 euros et l'annulation de la décision par laquelle la CAF de la Seine-Maritime a implicitement rejeté son recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu d'ALS d'un montant de 4 293 euros.

6. Alors que ces annulations n'appellent l'adoption d'aucune mesure d'exécution, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que Mme A et M. F ont été tous deux admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1er : La décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté le recours exercé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à la charge de Mme A un indu de RSA d'un montant de 15 092,84 euros ; la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a implicitement rejeté le recours exercé par M. F à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu de RSA d'un montant de 1 394 euros et la décision par laquelle la CAF de la Seine-Maritime a implicitement rejeté le recours exercé par M. F à l'encontre de la décision du 19 juillet 2021 mettant à sa charge un indu d'ALS d'un montant de 4 293 euros sont annulées.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. D F, à Me Chalot, au président du conseil départemental de la Seine-Maritime et au directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023

Le magistrat désigné,

signé

T. E

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200083

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