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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200343

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200343

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 5 mai 1963 à Abiriba, a obtenu une carte de séjour temporaire de séjour pour raisons de santé, valable du 14 avril 2020 au 13 janvier 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 24 novembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont il fait application, expose de manière suffisamment précise la situation personnelle de M. A et indique les motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Cet arrêté, dont la motivation n'est pas stéréotypée, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif qui sont ceux de la décision administrative attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné la demande de l'intéressé sur le fondement de ces dispositions. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet de la Seine-Maritime a estimé, au regard notamment de l'avis du 8 septembre 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut n'était pas susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est suivi en France pour un syndrome d'apnée du sommeil, un diabète, une hypertension artérielle et des troubles psychiatriques. Si M. A fournit un certificat médical d'un médecin généraliste mentionnant qu'il bénéficie d'un dispositif de ventilation non invasive (VNI), dont l'arrêt aurait pour conséquence " l'impossibilité d'une perte de poids, la quasi-impossibilité d'équilibrer son diabète et son hypertension artérielle avec un risque augmenté d'accident vasculaire cérébral et/ou de mort cardiaque subite ", un tel document, qui ne fait état que d'un risque hypothétique, n'est corroboré par aucun autre élément médical, le certificat du 20 mai 2021 établi par un praticien du centre hospitalier universitaire de Rouen indiquant seulement que l'intéressé est suivi dans le service pour une insuffisance respiratoire chronique secondaire associée à un syndrome dit " obésité-hypoventilation " et bénéficie d'un traitement par VNI à domicile depuis 2018. En outre, en ce qui concerne le diabète, le certificat médical du 7 décembre 2021, qui émane également d'un médecin généraliste, se borne à indiquer que l'état de santé du requérant nécessite un suivi et un traitement permanent. Enfin, si le requérant produit des certificats établis les 11 mars et 2 décembre 2021 et le 27 janvier 2022 par un praticien du centre hospitalier du Rouvray mentionnant qu'il est suivi depuis quelques années pour des troubles psychiatriques, que son état clinique actuel reste difficile à stabiliser et nécessite régulièrement des ajustements thérapeutiques et qu'un retour au Nigéria pourrait entraîner une décompensation psychique, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment d'un certificat médical du 25 mai 2021 provenant du service de psychiatrie du centre hospitalier du Rouvray et du certificat médical confidentiel adressé au médecin de l'OFII qui fait état d'une " amélioration de la symptomatologie dépressive " du requérant et d'une " amélioration partielle de ses symptômes d'état de stress post-traumatique ", que M. A présente un " mieux-être psychique ". Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale pourrait entraîner pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la circonstance alléguée que son traitement soit indisponible au Nigéria étant, à cet égard, sans incidence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis six ans, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire pour la première fois, selon ses propres déclarations, à l'âge de cinquante-trois ans, le requérant ne justifiant pas, par ailleurs, y aurait noué des liens, familiaux ou personnels, anciens, stables et durables. Eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de M. A, et alors même qu'il aurait été recruté à compter du 1er décembre 2020 pour exercer les fonctions d'agent de distribution de prospectus, le préfet, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles de Me Bidault relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. C

La présidente,

A. MACAUD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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