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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200364

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200364

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. E D, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1999 à Kankan, qui déclare être entré irrégulièrement en France le 5 juillet 2018, a présenté une demande de titre de séjour le 8 juillet 2021 sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 septembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-039 du 8 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C B, sous-préfète du Havre, à l'effet de signer toutes décisions relevant de ses attributions dans l'arrondissement du Havre, à l'exclusion de certaines catégories d'actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier la portée et le bien-fondé.

4. En troisième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné d'office l'admission au séjour du requérant au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".

6. M. D soutient qu'il est entré en France le 5 juillet 2018, qu'il participe régulièrement à des ateliers de l'Armée du Salut, qu'il pratique la boxe thaïlandaise à titre professionnel et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. D n'est présent en France que depuis trois ans et ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle, la seule production d'une promesse d'embauche, d'une attestation peu circonstanciée de la directrice du centre d'hébergement et de réinsertion de la fondation de l'Armée du Salut et d'une affiche pour un combat de boxe étant, à cet égard, insuffisante. Dans ces conditions, et eu égard à la situation personnelle de M. D qui n'est pas dépourvu d'attaches en Guinée où résident sa mère, son frère et ses deux enfants mineurs, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni n'a commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'admettre au séjour le requérant à titre exceptionnel.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D n'a pas présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour de contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi et de visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la mesure d'éloignement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision de refus de titre de séjour, qui vise les dispositions dont elle fait application et précise suffisamment les motifs pour lesquels le requérant ne peut être admis au séjour, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision de refus de séjour étant suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles de Me Seyrek relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. A

La présidente,

A. MACAUD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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