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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200367

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200367

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, Mme A E, représentée par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'annuler la décision portant saisie de son passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui restituer son passeport dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de saisie de son passeport a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante algérienne née en 1975 à Boghni qui déclare être entrée en France en novembre 2019, a présenté une demande de certificat de résidence, le 19 octobre 2021, sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué du 27 décembre 2021, le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'arrêté du 27 décembre 2021 :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, expose, de manière suffisamment précise, la situation personnelle et familiale de la requérante et indique les motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays de destination. Par suite, cet arrêté, dont la motivation n'est pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions qu'il comporte, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Si Mme E soutient qu'elle est entrée en France le 4 novembre 2019 et qu'elle est mariée depuis le 24 juillet 2021 à un ressortissant algérien qui est titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans, il ressort toutefois des pièces du dossier que le mariage a été célébré moins de six mois avant la date de l'arrêté contesté, la requérante ne justifiant, par ailleurs, ni de la réalité ni de l'ancienneté de la communauté de vie avec son époux avant le mariage. Dans ces conditions, et eu égard, en outre, à la brièveté du séjour de la requérante qui est venue en France à l'âge de quarante-quatre ans et dont les deux parents résident toujours en Algérie, le préfet n'a pas méconnu l'article 6-5 de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et en l'obligeant à quitter le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. Si Mme E fait valoir qu'elle est suivie dans le cadre d'un protocole de procréation médicalement assistée, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, cette circonstance ne pouvant, en tout état de cause, constituer, par elle-même, une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 du préfet de l'Eure.

Sur la décision portant saisie du passeport :

9. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ". Aux termes de l'article R. 814-4 du même code : " L'autorité administrative habilitée à retenir le passeport ou le document de voyage d'un étranger en situation irrégulière en application de l'article L. 814-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

10. En premier lieu, le récépissé remis le 27 décembre 2021 à Mme E en échange de son passeport a été signé par Mme Réjane Rochette, secrétaire administrative de classe normale, qui a reçu délégation du préfet de l'Eure, par un arrêté du 22 mars 2021, pour signer les récépissés valant justification d'identité prévus à l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Si ce récépissé est de nature à révéler l'existence d'une décision portant saisie du passeport de la requérante, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que Mme C D aurait, contrairement à ce qui est soutenu, pris cette décision non formalisée qui doit être réputée émaner, en l'espèce, du préfet, seule autorité administrative habilitée à retenir le document de voyage d'un étranger en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant saisie de son passeport.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 et de la décision portant saisie de son passeport. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. B

La présidente,

A. MACAUD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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