mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | AUNAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2020, M. B Darrouzet, représenté par la SCP Claude Aunay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 septembre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Bolbec a accordé à M. A la protection fonctionnelle dans le cadre de la procédure pénale dont il a fait l'objet ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bolbec la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. Darrouzet soutient que :
- M. A ne pouvait participer au vote d'une délibération se prononçant sur l'octroi de la protection fonctionnelle en sa faveur ;
- les délits personnels reprochés à M. A ont le caractère de faute détachable de l'exercice ses fonctions ;
- la délibération n'a pas précisé les frais de M. A pris en charge au titre de sa protection fonctionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la commune de Bolbec, représentée par la SELARL Ekis Avocats, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à ce que soit mise à la charge de M. Darrouzet la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas signée par son auteur ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à M. C A, pour lequel il n'a pas été produit de mémoire à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Le Velly, représentant la commune de Bolbec.
M. Darrouzet et M. A n'étaient ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juin 2020, le maire de la commune de Bolbec, M. A, a publié une vidéo sur son compte Facebook afin de contester les propos tenus par un commerçant de la commune s'agissant d'une aide financière accordée, sous forme d'une avance, au profit des commerces sinistrés par de fortes inondations. M. A a fait l'objet d'une citation directe pour atteinte au secret ou suppression de correspondance par dépositaire de l'autorité publique et pour diffamation envers des particuliers par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique. Lors de la séance du 24 septembre 2020, le conseil municipal de la commune de Bolbec a accordé, par la délibération attaquée, la protection fonctionnelle à M. A. M. Darrouzet, conseiller municipal de la commune de Bolbec, sollicite l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. ". Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité ; que, de même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération
3. Si M. Darrouzet fait valoir que M. A a participé au vote de la délibération en litige en ayant donné procuration au maire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a exercé une influence sur le sens de la délibération attaquée dès lors qu'il n'était pas présent physiquement à la séance. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même allégué, que M. A aurait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption de cette délibération de façon à exercer une influence sur les autres membres du conseil municipal. Il apparaît en tout état de cause que la voix de M. A n'a pas été déterminante puisque la délibération a été adoptée à 16 voix pour, 7 contre, donc à la majorité des suffrages exprimées, 6 blancs et 3 absentions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2123-34 du code général des collectivités territoriales : " () La commune est tenue d'accorder sa protection au maire, à l'élu municipal le suppléant ou ayant reçu une délégation ou à l'un de ces élus ayant cessé ses fonctions lorsque celui-ci fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère de faute détachable de l'exercice de ses fonctions. ()". Pour l'application de cette disposition, présentent le caractère d'une faute personnelle détachable des fonctions de maire des faits qui révèlent des préoccupations d'ordre privé, qui procèdent d'un comportement incompatible avec les obligations qui s'imposent dans l'exercice de fonctions publiques ou qui, eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité ; qu'en revanche ni la qualification retenue par le juge pénal ni le caractère intentionnel des faits retenus contre l'intéressé ne suffisent par eux-mêmes à regarder une faute comme étant détachable des fonctions, et justifiant dès lors que le bénéfice du droit à la protection fonctionnelle soit refusé au maire qui en fait la demande.
5. Il est constant que M. A, alors maire de la commune de Bolbec, a fait l'objet d'une citation directe devant le tribunal correctionnel du Havre à l'audience du 24 septembre 2020 pour atteinte au secret ou suppression de correspondance par dépositaire de l'autorité publique et pour diffamation envers des particuliers par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique à la suite de propos qu'il a tenus dans une vidéo publiée le 25 juin 2020 sur sa page publique Facebook afin de contester les propos tenus par un commerçant de la commune s'agissant d'une aide financière accordée, sous forme d'une avance, au profit de commerces sinistrés par de fortes inondations. M. A a été relaxé de ces faits par un jugement correctionnel du tribunal du Havre du 18 janvier 2021, lequel a été confirmé par un arrêt de la chambre des appels correctionnels de la Cour d'Appel de Rouen du 8 avril 2022, devenu définitif, aux motifs notamment que l'intéressé " au travers de ses propos exprimés finalement de façon mesurée, a jugé dès lors légitime d'apporter toutes les précisions utiles à la bonne compréhension par les Bolbecais d'un conflit opposant la commune à l'un de ses habitants et commerçants " et que " sa démarche, consistant à s'adresser aux Bolbecais par une vidéo diffusée sur un site accessible au public, répond dans ces conditions à un intérêt légitime, la preuve étant rapportée qu'elle n'est pas accompagnée d'une animosité personnelle et qu'une enquête sérieuse a été effectuée ". Il résulte des pièces du dossier que les propos de M. A ayant donné lieu aux poursuites en cause ne révèlent pas de préoccupations d'ordre privé. Eu égard aux termes employés par M. A et compte tenu du but poursuivi par ce dernier, consistant à informer les habitants de la commune en toute connaissance de cause, la teneur de ces propos ne peut être regardée comme procédant d'un comportement incompatible avec les obligations qui s'imposent dans l'exercice de fonctions publiques. Enfin, ces propos, qui ne revêtent pas un caractère injurieux, ne dépassent pas le niveau de polémique admissible dans le cadre du débat démocratique. Ainsi, l'ensemble de ces propos a été tenu par le maire dans l'exercice de ses fonctions et n'en est pas détachable au sens de l'article L. 2123-34 précité. Dans ces conditions, le conseil municipal de Bolbec était tenu d'accorder la protection fonctionnelle sur le fondement des dispositions précitées à M. A, alors maire de Bolbec.
6. En dernier lieu, il ne ressort d'aucun texte ni d'aucun principe que l'administration pourrait limiter a priori le montant des remboursements alloués à l'agent bénéficiaire de la protection fonctionnelle. Ce montant est calculé au regard des pièces et des justificatifs produits et de l'utilité des actes ainsi tarifés dans le cadre de la procédure judiciaire. L'administration peut toutefois décider, sous le contrôle du juge, de ne rembourser à son agent qu'une partie seulement des frais engagés lorsque le montant des honoraires réglés apparaît manifestement excessif au regard, notamment, des pratiques tarifaires généralement observées dans la profession, des prestations effectivement accomplies par le conseil pour le compte de son client ou encore de l'absence de complexité particulière du dossier.
7. M. Darrouzet ne peut utilement contester le fait que la commune de Bolbec, par la délibération accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. A, n'a pas limité a priori le montant des remboursements alloués à celui-ci. L'administration pourra toutefois décider le cas échéant, sous le contrôle du juge, de ne rembourser à M. A qu'une partie seulement des frais engagés si le montant des honoraires réglés apparaît manifestement excessif.
8. Il résulte de qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. Darrouzet n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 24 septembre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Bolbec a accordé à M. A la protection fonctionnelle.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. Darrouzet la somme demandée par la commune de Bolbec sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bolbec, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. Darrouzet sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Darrouzet est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bolbec sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B Darrouzet, à M. C A et à la commune de Bolbec.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
L. FAVRE
La présidente,
Signé
C. BOYER Le greffier,
Signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 220368
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026