vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MATRAND LUCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Matrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination ;
2°) d'annuler le récépissé valant justification d'identité et la décision du 28 décembre 2021 portant saisie de son passeport ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui restituer son passeport, dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ainsi que les articles L. 423-2 et 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant saisie du passeport a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B a produit des pièces le 27 juin 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 24 juin 1971 à Oran, déclare être entrée en France le 1er décembre 2015, munie d'un passeport assorti d'un visa délivré par les autorités espagnoles. Par l'arrêté attaqué du 28 décembre 2021, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.
Sur la décision portant refus de certificat de résidence :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les textes dont il a été fait application, en particulier l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, expose la situation personnelle de Mme B et énonce les raisons pour lesquelles le préfet de l'Eure a décidé de refuser de lui délivrer un certificat de résidence. La décision comportant l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet de l'Eure a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, Mme B affirme qu'elle réside en France depuis six ans et qu'elle fait preuve d'une volonté réelle d'insertion. Toutefois, ni la circonstance qu'elle participerait à des activités bénévoles, ni celle qu'elle assure, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis 2020, des gardes d'enfants à domicile ne sont suffisantes pour caractériser son insertion sociale sur le territoire français. En outre, si Mme B est mariée avec un ressortissant français depuis le 11 septembre 2021, leur communauté de vie n'est établie que depuis le 1er juin 2021, la requérante n'apportant pas d'éléments caractérisant la réalité et l'intensité des liens qu'elle aurait entretenus avec son époux avant leur mariage. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle entretiendrait des liens réguliers avec ses frère et sœur qui résident en France ni que l'état de santé de son époux le placerait dans une situation de dépendance à son égard et exigerait sa présence à ses côtés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de fait doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français () ". En outre, aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". La souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.
6. Il résulte des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien précité que la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'un ressortissant français est subordonnée à la preuve d'une entrée régulière sur le territoire français. Or, en l'espèce, Mme B ne justifie pas avoir souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français prévue par l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si elle produit son passeport et un visa de court séjour délivré le 1er décembre 2015 par les autorités espagnoles, ces documents ne sauraient suffire pour établir qu'elle serait entrée en France durant la période de validité du visa. Mme B ne justifiant pas être entrée régulièrement en France, le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le certificat de résidence sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. En dernier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissant d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, Mme B ne saurait utilement soutenir que le préfet a méconnu les articles L. 423-2 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne s'appliquant pas aux ressortissants algériens.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de certificat de résidence.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
10. Si Mme B soutient que son époux a besoin de sa présence à ses côtés en raison de son handicap et de ses problèmes de santé, cette circonstance, au demeurant non établie, n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance des dispositions précitées, la requérante ne se prévalant pas, par ailleurs, de son propre état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant saisie du passeport :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ". Aux termes de l'article R. 814-4 du même code : " L'autorité administrative habilitée à retenir le passeport ou le document de voyage d'un étranger en situation irrégulière en application de l'article L. 814-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".
13. Le récépissé remis le 28 décembre 2021 à Mme B en échange de son passeport a été signé par Mme Réjane Rochette, secrétaire administrative de classe normale, qui a reçu délégation du préfet de l'Eure, par un arrêté du 15 octobre 2021, pour signer les récépissés valant justification d'identité prévus à l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Si ce récépissé est de nature à révéler l'existence d'une décision portant saisie du passeport de la requérante, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que Mme A E aurait pris cette décision non formalisée qui doit être réputée émaner, en l'espèce, du préfet, seule autorité administrative habilitée à retenir le document de voyage d'un étranger en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
14. En second lieu, les décisions portant refus de délivrance d'un certificat de résidence et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2021 du préfet de l'Eure et de la décision portant saisie de son passeport. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
H. D
La présidente,
A. MACAUD Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026