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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200576

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200576

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLENGLET, MALBESIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février 2022 et 29 septembre 2023, M. A B, représenté par la SCP Baron-Cosse-André, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de la commune de Bourg-Achard a refusé de faire droit à sa demande tendant à ce que soit dressé un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la SAS Pres Sushi sur le fondement des dispositions des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Bourg-Achard, agissant au nom de l'Etat, de dresser un procès-verbal d'infraction pour les travaux réalisés, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision attaquée est illégale, dès lors que :

- la construction de la SAS Pres Sushi méconnaît les dispositions de l'article UA1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bourg-Achard, en ce que le terrain d'assiette sur lequel s'exerce son activité de restauration n'autorise pas l'implantation d'activités de nature à créer ou aggraver des nuisances incompatibles avec une zone d'habitat ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme qui prévoient que le changement de destination d'une construction doit être autorisé ;

- la modification de l'aspect extérieur de la façade du bâtiment n'a pas été précédée d'une déclaration préalable.

Par un mémoire enregistré le 16 décembre 2022, la commune de Bourg-Achard, représentée par Me Malbesin, membre associé de la SCP Lenglet Malbesin et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le préfet de l'Eure n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Adresse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delannay, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 juin 2021, la SAS Pres Sushi, a déposé un dossier de demande de déclaration préalable auprès des services de la commune de Bourg-Achard portant sur la pose d'une hotte à l'arrière du bâtiment situé 50 Grande rue. Par un arrêté du 19 août 2021, la maire de la commune de Bourg-Achard ne s'est pas opposée à la déclaration préalable, sous réserve du respect des prescriptions imposées par l'architecte des bâtiments de France. Le 2 juillet 2021, la SAS Pres Sushi a sollicité une autorisation d'aménager la construction en établissement recevant du public. Par arrêté du 19 août 2021, la maire de la commune de Bourg-Achard a délivré cette autorisation. Par un courrier du 22 novembre 2021, M. B, propriétaire d'une maison d'habitation située 42 Grande rue et voisin du local commercial a, par l'intermédiaire de son conseil, demandé à la maire de la commune de Bourg-Achard de dresser un procès-verbal d'infraction en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, aux motifs que les travaux de changement de destination auraient dû être précédés d'une déclaration préalable, et que les travaux réalisés par son voisin ne seraient pas conformes aux dispositions de l'article UA1 du règlement du plan local d'urbanisme communal. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de la commune de Bourg-Achard a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction des constructions réalisées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal () ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros () ". Aux termes de l'article L. 610-1 du même code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du même code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. En outre, le maire est tenu de dresser un tel procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme.

4. Par ailleurs, l'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus de l'autorité compétente de dresser un tel procès-verbal réside dans l'obligation pour cette autorité d'y procéder, que le juge peut prescrire, même d'office, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il en résulte que, lorsqu'il est saisi de conclusions à fin d'annulation d'un tel refus, le juge de l'excès de pouvoir doit apprécier sa légalité au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de son jugement.

5. Aux termes de l'article R. 421-17 du même code : Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R. 421-14 à R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies fournies par le requérant que les travaux de réfection de la vitrine du bâtiment comportent un changement d'enseigne, de visuel et de couleur, ayant eu pour effet d'en modifier l'aspect extérieur. Dès lors, ces travaux sont au nombre de ceux soumis à déclaration préalable en application de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme. Il est constant cependant qu'aucune autorisation n'a été délivrée pour effectuer ces modifications de l'aspect extérieur du bâtiment.

7. Il suit de là que la maire de la commune de Bourg-Achard, agissant en qualité d'autorité de l'Etat, a méconnu l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme en refusant de constater cette infraction.

8. Ce motif justifie à lui seul l'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de la commune de Bourg-Achard, agissant au nom de l'Etat, a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction. Aucun autre moyen n'est susceptible, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, d'entraîner l'annulation de la décision attaquée.

9. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la maire de la commune de Bourg-Achard a refusé de dresser, en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme un procès-verbal d'infraction au regard des dispositions du a) de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à la maire de la commune de Bourg-Achard, agissant au nom de l'Etat, de se rendre sur les lieux et, si le manquement constaté par le présent jugement n'est pas régularisé, d'en dresser procès-verbal sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme et d'en transmettre une copie au procureur de la République, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. La maire de la commune agissant en qualité d'autorité de l'Etat, la commune de Bourg-Achard n'a pas la qualité de partie au litige, alors même qu'elle a été appelée à produire des observations. Dans ces conditions, il n'y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit ni aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ni aux conclusions présentées par la commune de Bourg-Achard.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la maire de Bourg-Achard a refusé de dresser un procès-verbal de l'infraction, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme est annulée.

Article 2 : Sous réserve que le manquement constaté par le présent jugement n'ait pas été régularisé par une autorisation d'urbanisme délivrée postérieurement au refus de dresser procès-verbal, il est enjoint au maire de la commune de Bourg-Achard de dresser un procès-verbal d'infraction dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Bourg-Achard tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure, à la commune de Bourg-Achard et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Evreux.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. Le DuffLa présidente,

P. BaillyLe greffier,

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200576

ah

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