mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200582 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, Mme B C D, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a informée de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de supprimer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, en lui remettant, dans les deux cas, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à titre principal, à verser à Me Leroy au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle, et, à titre subsidiaire, à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C D soutient que :
- s'agissant de la décision portant refus de séjour :
o elle a été prise en méconnaissance du droit à une bonne administration incluant le droit d'être entendu et de se présenter physiquement à la préfecture, la remise d'un récépissé de demande de titre de séjour conformément à l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le traitement de sa demande de titre de séjour de manière impartiale et son instruction dans un délai raisonnable ;
o elle est insuffisamment motivée ;
o elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;
o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;
o elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnait la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
o elle est entachée d'erreur de faits ;
-s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o elle méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'être entendu ;
o elle est insuffisamment motivée ;
o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;
o elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
o elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
o elle méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'être entendu, l'obligation de motivation ;
o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;
o elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
o elle méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'être entendu ;
o elle est insuffisamment motivée ;
o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;
o elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
o elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C D ne sont pas fondés.
Par décision du 24 décembre 2021 Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
Vu
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Leroy, représentant Mme C D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante de la République Démocratique du Congo née le 6 juin 1990, déclare être entrée en France le 25 juillet 2013. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 avril 2015, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 décembre 2015. Elle a fait l'objet, le 14 avril 2016, d'un arrêté par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme C D s'est maintenue sur le territoire français et a fait une demande de titre de séjour le 22 janvier 2019, rejetée en mars 2020 comme irrecevable. Elle a sollicité de nouveau un titre de séjour le 19 octobre 2020. Par l'arrêté attaqué du 18 août 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a informée de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ".
3. Mme C D, qui déclare être entrée en France en 2013, fait valoir qu'elle vit en concubinage depuis 2016 avec un ressortissant congolais titulaire d'une carte de résident, valable jusqu'au 8 juin 2025. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a donné naissance à trois enfants nés en France le 6 juin 2017, le 29 octobre 2018 et le 30 avril 2020 issus de leur union et reconnus par le père. Elle justifie de la réalité de la communauté de vie avec son compagnon, lequel exerce une activité professionnelle stable sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 26 juin 2020. Elle fait également état que son enfant né le 29 octobre 2019 présente des troubles du développement en raison d'une prématurité. Dans ces conditions, compte tenu de la fixation des intérêts personnels de son compagnon et du père de ses enfants en France et de l'ancienneté et de la stabilité de sa situation sur le territoire, la requérante est fondée à soutenir que la décision de refus de séjour du préfet de la Seine-Maritime du 18 août 2021 a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C D est fondée à demander l'annulation de la décision, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. D'une part, la présente décision, eu égard aux motifs qui la fondent, implique qu'il soit enjoint, au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C D une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
6. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique également en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme C D étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que la SELARL Eden Avocats, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Eden Avocats de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C D, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C D une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ainsi que de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet Mme C D, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le préfet de Seine-Maritime versera au conseil de Mme C D, la SELARL Eden Avocats, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
L. A
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
SG
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026