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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200597

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200597

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBARHOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 février 2022, le 16 mars 2022 et le 21 avril 2022, Mme D B, représentée par Me Barhoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour, valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Barhoum au versement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique, enregistrés le 2 mars 2022 et le 23 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Barhoum, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante congolaise née 28 juillet 1992 à Nkayi (République du Congo), déclare être entrée en France en janvier 2019 et a été indument prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un accueil provisoire d'urgence qui a pris fin en janvier 2021. Le 20 janvier 2021, Mme B a été arrêtée pour des faits d'infraction de déclaration fausse pour obtenir d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation indue. Par l'arrêté du 21 janvier 2021, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans ainsi qu'une assignation à résidence. Le tribunal administratif de Rennes a annulé ces décisions et enjoint le préfet de la Seine-Maritime au réexamen de sa situation par un jugement du 15 mars 2021 à la suite de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 28 janvier 2021 dans le cadre de sa rétention administrative et indiquant la nécessité d'une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'impossibilité pour la requérante de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et fixant la durée du traitement à 6 mois. Le 21 mai 2021, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision, qui vise les dispositions applicables, cite l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B et indique les raisons pour lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. La décision comportant les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressée d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé par un avis du 5 octobre 2021 que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour établir que le défaut de prise en charge de son état de santé peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme B produit un certificat médical en date du 3 novembre 2021 établi, postérieurement à la décision contestée, par le Dr C E médecin psychiatre à la maison des adolescents du Havre indiquant que l'absence de prise en charge psychiatrique entrainerait une mise en danger vitale pour cette patiente. Toutefois aucune prescription médicale postérieure au 7 juillet 2021 n'est produite. La dernière ordonnance prescrit de la Sertraline pour une durée de trois semaines et la lettre de liaison faisant suite à la dernière hospitalisation de la requérante du 1er au 11 février 2021 indique une évolution favorable de la patiente et une absence de bilan à venir. Dans ces conditions Mme B n'établit pas que contrairement à ce qu'a retenu le préfet de la Seine-Maritime son état nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité à son égard. Par suite et quelle que soit la disponibilité au Congo des substances qui lui sont prescrites en France, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis janvier 2019, qu'elle a été prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance, qu'elle s'est inscrite en septembre 2019 au lycée polyvalent Saint-Vincent en classe de seconde Bac gestion administration transport et logistique et est désormais en classe de terminale Bac métiers de la logistique. Toutefois, la requérante, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas avoir noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire français ni qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme B, qui a été arrêtée pour des faits d'infraction de déclaration fausse pour obtenir d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation indue, serait autonome financièrement et intégrée professionnellement en France. En ayant indument bénéficié de la protection de l'aide sociale à l'enfance, elle ne démontre pas davantage sa bonne intégration dans le pays d'accueil. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

9. Il résulte des dispositions précitées qu'une obligation de quitter le territoire français qui trouve son fondement légal dans le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme tel est le cas en l'espèce, ne doit pas faire l'objet d'une motivation distincte du refus de titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision en litige portant refus de titre de séjour, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, la requérante n'est donc pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre.

11. En dernier lieu, pour les motifs développés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, la requérante n'est donc pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. Pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les dispositions précitées au motif que l'absence d'accès aux soins psychiatriques dans son pays d'origine entrainerait pour elle un traitement contraire aux dispositions de l'article 3 de la convention de sauvegarde des libertés et des droits fondamentaux auxquelles elles renvoient.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Barhoum et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. A L'assesseur le plus ancien,

S. GUIRAL

Le greffier

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

SG

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