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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200602

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200602

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2022, M. B D, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 portant saisie du passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure d'examiner sa demande de titre de séjour au titre de parent d'enfant français dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui restituer son passeport dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant saisie du passeport a été prise par une autorité incompétente ;

- le préfet de l'Eure n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet de l'Eure a commis une erreur de fait entachant sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ; ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant saisie du passeport est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

M. D a produit des pièces complémentaires enregistrées le 28 févier 2022 et le 14 avril 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Matrand, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant tunisien né le 8 novembre 1999 à Kairouan, a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2014, et être parti en Allemagne avant de revenir en France en 2017. Le 11 juin 2021, il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 22 septembre 2021, le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a remis un récépissé valant justification d'identité après retenue de son passeport.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2021 :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de toutes les décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 3 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. E Baron, préfigurateur de la direction de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables notamment les articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. D, rappelle la nationalité du requérant, mentionne qu'il n'est pas établi que M. D pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays et indique les raisons pour lesquelles le préfet de l'Eure a décidé de prendre les décisions attaquées. L'arrêté comportant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D, les erreurs de rédaction relevées par le requérant n'ayant pas d'incidence sur le sens des décisions attaquées.

5. En quatrième lieu, M. D fait valoir qu'en ne prenant pas en considération le contrat d'apprentissage qu'il a conclu et la formation qu'il suit depuis juillet 2020 au sein d'un centre de formation des apprentis, le préfet de l'Eure a commis une erreur de fait entachant son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Eure a pris en compte le contrat d'apprentissage signé par M. D le 3 juillet 2020 dans le cadre d'un apprentissage en qualité de coiffeur. Par suite le moyen qui manque en fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. M. D fait valoir qu'il a signé un contrat d'apprentissage en juillet 2020 et qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D avait formé une demande en qualité de travailleur temporaire ni que le préfet de l'Eure ait spontanément examiné le droit au séjour sur le fondement de l'article L. 421-3, le moyen tiré de l'inexacte application de cet article doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () " et aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

8. Si M. D fait valoir qu'il est le père d'un enfant français issu de sa relation avec Mme G, qu'il a fait une reconnaissance prénatale le 23 septembre 2021 et que l'enfant est né le 31 octobre 2021, ces événements sont postérieurs à la décision contestée. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées. En outre, il ressort de la demande d'admission au séjour de M. D qu'il a indiqué être célibataire et sans enfant à charge. Par suite, le moyen tiré de la violation du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de saisie de passeport :

9. Par un arrêté du 3 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme Réjane Rochette, secrétaire administrative, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E Baron ou du chef ou de l'adjoint au chef du bureau concerné, à l'effet de signer, notamment, les récépissés valant justification d'identité en application de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette délégation doit être regardée comme recouvrant tant la délivrance du récépissé prévu par ces dispositions que la décision, qu'il formalise, de retenue du passeport d'un étranger en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C F à l'effet de signer la décision du 16 août 2021 de retenue du passeport de M. D, formalisée par le récépissé valant justification d'identité, doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que M. D n'est, en tout état de cause pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 22 septembre 2021 au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision de saisie de son passeport du même jour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2021 du préfet de l'Eure ni celle de la décision du 22 septembre 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. A L'assesseur le plus ancien,

S. GUIRAL

Le greffier

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

SG

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