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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200605

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200605

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. F B, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* Le refus de séjour :

- est entaché d'incompétence de son signataire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 12 janvier 2022 admettant M. F B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 10 mai 2022 fixant la clôture de l'instruction au 25 mai 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Minne, président de chambre, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 9 septembre 2002, est entré irrégulièrement en France au cours du mois de février 2018. Le 21 janvier 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale ". Il demande l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 2 novembre 2021 en tant qu'il a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté du 25 octobre 2021, publié au recueil de actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2021-185 du 29 octobre 2021, Mme E D, sous-préfète du Havre, a reçu délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime pour les affaires relevant de son arrondissement en toutes matières à l'exception d'une série de quatre au nombre desquelles ne figurent pas les actes relatifs au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du 2 novembre 2021 attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français au cours du mois de février 2018 pour rejoindre Mme C A qu'il dit être sa mère, déjà présente sur le territoire sous couvert d'une carte de séjour délivrée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la maladie. Pour l'instruction de sa demande déposée le 21 juin 2021 le requérant a, en réponse à plusieurs courriers l'invitant à compléter son dossier afin de vérifier sa filiation, transmis à la sous-préfecture l'acte de naissance de Mme C A. Toutefois, en l'absence de présentation d'un livret de famille ou de tout autre document en tenant lieu, la seule production de cet acte de naissance ne permet pas d'établir la propre filiation de M. B. De plus, selon les motifs, non contestés sur ce point, de l'arrêté attaqué, Mme C A, mère de plusieurs enfants, n'avait, à l'appui de sa propre demande de titre de séjour relatif à son état de santé, pas produit d'acte de naissance en ce qui concernait M. B. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement supplétif du 21 juin 2018, que la naissance du requérant n'a pas été déclarée. Ainsi, au vu de ces éléments, le préfet était fondé à estimer que la réalité d'un lien de filiation entre le requérant et Mme C A ne pouvait être vérifiée. Par ailleurs, ses liens de famille n'étant pas documentés, il n'est pas établi qu'il aurait noué avec les personnes qu'il présente comme ses frères et sœurs des liens anciens, stables et intenses sur le territoire français, ni qu'il y serait inséré socialement. M. B n'est pas dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 15 ans et où réside actuellement son père. Enfin, l'attestation produite par l'intéressé affirmant son projet de devenir électricien ne permet pas d'établir une insertion professionnelle particulière sur le territoire. Dans ces conditions, en ayant pris la décision attaquée, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, invoqué au vu des éléments qui précèdent, n'est pas fondé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision attaquée. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté mentionne que la délivrance d'un titre de séjour lui a été refusé et qu'il n'existe aucun obstacle à ce qu'il quitte le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5, les moyens, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 2 novembre 2021 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Arzu Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MINNEL'assesseur le plus ancien,

Signé

T. DEFLINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2200605

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