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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200629

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200629

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, M. C E, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 6-2 et 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 6 novembre 1994 à Draa El Mizan, déclare être entré irrégulièrement en France le 27 avril 2019. Le 7 décembre 2020, M. E a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par l'arrêté attaqué du 12 octobre 2021, le préfet de Seine-Maritime a rejeté cette demande, a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-85 du 24 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme B A, sous-préfète du Havre, à l'effet de signer toutes décisions relevant de ses attributions dans l'arrondissement du Havre, à l'exclusion de certaines catégories d'actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que plusieurs membres de la fratrie de M. E résident en France, ce dernier n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait des liens réguliers et étroits avec sa sœur dont il a déclaré la présence en France. Dans ces conditions, en considérant que M. E ne démontrait pas avoir des liens avec les deux membres de sa fratrie présents en France, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur de fait en considérant le caractère récent de la communauté de vie de M. E avec son épouse, qui n'est pas sérieusement établie antérieurement à leur mariage, lequel a été célébré le 26 septembre 2020. Par suite, ce moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". En outre, selon l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. D'une part, il résulte des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien que la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien en qualité de conjoint d'un ressortissant français est subordonnée à la preuve de son entrée régulière sur le territoire français. En l'espèce, il est constant que M. E est entré irrégulièrement en France. Dès lors, le préfet pouvait refuser, pour ce seul motif, la délivrance du certificat de résidence sollicité sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien.

6. D'autre part, M. E se prévaut de son mariage le 24 septembre 2020 avec une ressortissante française et affirme entretenir des relations personnelles et familiales en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la communauté de vie des époux serait antérieure à leur mariage, ni que M. E, dont la présence en France est récente, serait dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. En outre, M. E ne justifie pas davantage de son insertion professionnelle. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un certificat de résidence à M. E, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. La décision portant refus de titre de séjour, qui vise les dispositions applicables, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle de M. E et indique les raisons pour lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a décidé de refuser de lui délivrer un certificat de résidence. La décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence comportant l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort par des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation de M. E. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

H. D

La présidente,

C. BOYERLe greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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