jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DROUOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 février 2022, 21 juin 2022 et 13 février 2023, M. A C, représenté par Me Marques, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 27 octobre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Interco Normandie sud Eure a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Bourth ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 27 octobre 2021 du conseil communautaire de la communauté de communes Interco Normandie sud Eure en tant qu'elle classe en zone agricole protégée les parcelles cadastrées AB n°63, 64, 66 et 71, dont il est propriétaire ;
3°) dans tous les cas, d'enjoindre à la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure d'engager une procédure de modification ou de révision du plan local d'urbanisme de la commune de Bourth pour procéder au classement en zone urbaine des parcelles AB n°63, 64, 66 et 71 à tout le moins de la partie ayant une façade côté rue ;
4°) de mettre à la charge de la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir pour contester la délibération attaquée ;
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que les conseillers métropolitains ont été convoqués, en application de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, au moins dans le délai de cinq jours francs prévu par les dispositions de l'article L. 2121-12 du même code et que la note explicative de synthèse transmise avec la convocation à la séance du 27 octobre 2021 n'a pas permis aux conseillers métropolitains de disposer d'une information suffisante sur le projet soumis à leur approbation, en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'insuffisance du rapport de présentation, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ;
- est illégale dès lors que le classement des parcelles dont il est propriétaire, d'une part est entaché d''erreur manifeste d'appréciation, et d'autre part, est incohérent avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme communal.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai 2022 et 16 décembre 2022, la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure, représentée par Me Thomas, conclut, à son rejet au fond, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoie à statuer en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Duff,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lutringer, substituant Me Thomas, représentant la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 27 octobre 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Bourth. M. C, propriétaire des parcelles cadastrées n°AB 63, 64, 66 et 71 à Bourth, demande l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la délibération attaquée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Par ailleurs, l'article L. 2121-12 dudit code indique : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. // () // Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil communautaire de la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure ont été convoqués, le 21 octobre 2021 à la séance du conseil communautaire qui s'est tenue le 27 octobre 2021, soit plus de cinq jours francs avant cette date. Si le requérant soutient qu'il appartient à la communauté de communes de justifier par tous moyens de la réception par les conseillers communautaires de cette convocation, la délibération attaquée porte une mention, qui fait foi jusqu'à la preuve du contraire, qui n'est pas apportée en l'espèce, de ce que la convocation a été effectuée le 21 octobre 2021.
4. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que la convocation était accompagnée de l'ordre du jour dans lequel figure un point relatif à l'adoption de la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Bourth ainsi qu'un lien internet aux fins de télécharger les pièces annexes. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les conseillers communautaires n'auraient pas été mis à même d'exercer, en tant que de besoin, leur droit à l'information en prenant connaissance du dossier avant la réunion ou en demandant des précisions en séance, afin d'être à même de délibérer en toute connaissance de cause. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que les avis joints au dossier d'enquête, les observations du public et le rapport du commissaire enquêteur ont été présentés lors de la conférence intercommunale des maires qui s'est tenue le mercredi 6 octobre 2021 et que le président a établi un document annexe intitulé " synthèse des rectifications apportées au projet arrêté par suite de la prise en compte de la décision du préfet, des avis officiels des observations du public et des recommandations du commissaire enquêteur ", repris lors de la séance de délibération du 27 octobre 2021.
5. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ". Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. () / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. /(..) ".
7. Si M. C reproche à la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure d'avoir fondé son rapport de présentation sur des données relatives à une évolution démographique de la commune entre les années 1968 et 2013, et d'avoir fait état d'une démographie qui se poursuit de manière régulière depuis les années 1980 à un rythme oscillant entre 0,5 % et 0,8 % par an, et qui tendrait à s'accélérer progressivement, sans avoir pris en compte les données INSEE plus récentes disponibles au titre de l'année 2019, il n'établit cependant pas en quoi les variations du nombre d'habitants rapportées seraient telles qu'elles auraient une incidence sur les choix opérés dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme. Contrairement à ce que soutient M. C, la projection de ces données démographiques est rapportée à d'autres facteurs, notamment le nombre de résidences principales occupées et le nombre moyen d'occupants par logement sur la commune. Il résulte de la mise en perspective de ces données un rythme de croissance de 0,8 % retenu parmi les trois scenarii analysés dans le tableau de calcul de l'objectif démographique, qui tend à s'accélérer progressivement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du rapport de présentation doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Et aux termes de l'article R 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public./ Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ()".
9. La mission du commissaire-enquêteur consiste à établir un rapport adressé au maire ou au président de l'établissement public intercommunal compétent en matière d'urbanisme relatant le déroulement de l'enquête et examinant les observations recueillies et à consigner, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables ou non au projet. Le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations formulées au cours de l'enquête, doit indiquer au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis et ses réponses peuvent revêtir une forme synthétique. Il permet ainsi non seulement aux habitants de la collectivité de prendre une connaissance complète du projet et de présenter leurs observations, suggestions et contre-propositions, mais également à l'autorité compétente de disposer de tous les éléments nécessaires à son information et ainsi de l'éclairer dans ses choix.
10. M. C fait valoir que le commissaire enquêteur n'a d'une part, ni analysé l'observation de M. B relative au classement de la parcelle cadastrée section B n°52 située en sous-secteur Ap et anciennement classée en parcelle agricole, et d'autre part, ni les avis rendus par la mission régionale d'autorité environnementale et par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de l'Eure. Il ressort toutefois du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur du 18 décembre 2020 que celui-ci a repris la position de chacune des personnes ayant émis des observations, y a adjoint les réponses de l'interco Normandie sud-Eure, avant de motiver les raisons de son avis. Il ressort également des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a fait état de la consultation des personnes publiques associées et notamment des avis rendus le 28 mai 2020 par la mission régionale d'autorité environnementale, et le 7 juillet 2020 par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers de l'Eure, ces avis ayant fait l'objet d'une prise en compte. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les conclusions du commissaire enquêteur ne comporteraient pas une analyse suffisamment précise des observations du public et des personnes associées ne saurait être accueilli.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-22 de ce code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
12. Il résulte de ces dispositions que le classement en zone agricole peut concerner des zones à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, alors même qu'elles seraient desservies ou destinées à être desservies par des équipements publics et seraient situées à proximité immédiate de zones construites. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan lorsqu'ils classent en zone agricole un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation, ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.
13. Pour contester le classement en zone Ap, secteur agricole protégé, des parcelles AB n°B63, 64, 66 et 71, M. C soutient que ces parcelles ne sont pas concernées par l'objectif de préservation et de mise en valeur du contexte environnemental, et que ces parcelles sont en zone urbaine, reliées aux réseaux publics et entourées de plusieurs habitations.
14. En l'espèce, le plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la communauté de communes Interco Normandie Sud Eure se fixe pour objectif, notamment de " maîtriser la consommation des espaces agricoles naturels ", les élus s'engageant à limiter la consommation foncière des espaces agricoles et naturels ainsi qu'à recentrer l'urbanisation sur le bourg, mais également de " renforcer la fonctionnalité globale du territoire ", ce qui passe par la préservation des espaces agricoles qu'ils soient labours ou prairies. Il précise également qu'il se fixe comme objectif une limitation de l'étalement urbain sur le parcellaire agricole et naturel. Il ressort notamment des cartographies annexées au plan d'aménagement et de développement durables qu'à proximité des parcelles du requérant pour lesquelles l'espace agricole et ses ressources doivent être préservés, se situe le cours d'eau de l'Iton, réserve en eau, ainsi que non loin des parcelles, des espaces boisés et la trame verte.
15. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles du requérant étaient classées dans le plan local d'urbanisme approuvé en 2005 en zone 1AUB pour la partie donnant sur la route de Chandai et en zone 1AUC pour la partie donnant du côté de la rivière. Le parti pris d'aménagement retenu par le projet d'aménagement et de développement durable de la commune de Bourth consiste à conserver et valoriser le cadre paysager et urbain de Bourth. Ce parti pris a pour conséquence de restituer des espaces potentiellement constructibles à la zone agricole. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, classées en zone Ap par le document graphique du plan local d'urbanisme litigieux sont situées entre les extensions du bourg et l'espace naturel de la vallée de l'Iton. Il ressort de l'évaluation environnementale que les zones humides sont préservées de toute urbanisation, et que la majorité de ces espaces est située en fond de vallée naturelle de l'Iton et fait l'objet d'une protection stricte par classement en zone naturelle ou en zone agricole protégée. Il ressort également des pièces du dossier que les parcelles sont d'une superficie totale de 4,9 hectares et sont situées à proximité immédiate de grands espaces classés en zone naturelle ou en zone agricole à protéger ainsi que de vastes surfaces constituées de parcs, jardins arborés, vergers comprenant les éléments identifiés au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme.
16. Les parcelles litigieuses, non construites, sont pour une grande part dédiée à la culture de céréales ou maintenues à l'état de prairies. Les seules circonstances que ces parcelles soient situées pour partie en lisière de terrains sur lesquels ont été édifiées des constructions et soient raccordées aux réseaux publics ne sauraient, à elles seules, caractériser une absence de potentiel agronomique, biologique ou économique, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. Ces parcelles ne peuvent en tout état de cause pas être regardées comme étant situées dans un secteur déjà urbanisé de la commune, au vu, notamment, de la faible densité du bâti existant et du fait qu'elles sont situées en bordure de la partie urbanisée dénommée " La Roussière ". Les parcelles, compte tenu de leur superficie et de leur proximité avec des grands espaces naturels et agricoles ne peuvent être regardées comme constituant une dent creuse qui justifierait leur classement en zone urbanisée, nonobstant le fait que le précédent document d'urbanisme les avait classées en zone à urbaniser. Le fait que les parcelles soient bordées d'un seul côté de constructions n'est pas de nature à contraindre la communauté de communes Interco Normandie sud Eure à procéder à leur urbanisation compte tenu des objectifs du PADD de préservation des terrains agricoles. Le secteur, à caractère majoritairement rural, se situe en outre le long d'un corridor écologique identifié dans le schéma régional de cohérence écologique de Haute-Normandie - éléments de la trame verte et bleue - pour espèces à fort déplacement. Dans ces circonstances, le classement en zone Ap des parcelles dont M. C est propriétaire ne peut être regardé comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ".
18. Pour contester le classement des parcelles litigieuses, le requérant fait valoir que si une haie est identifiée sur les parcelles n° 64 et 66 comme élément à protéger, cet élément est à lui seul insuffisant à justifier le classement en zone agricole à protéger alors que les parcelles se situent en dehors des corridors écologiques et que le verger situé sur la parcelle voisine cadastrée AD n°358 aurait dû l'être. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que les parcelles situées au bord de la vallée de l'Iton sont en outre recensées par le schéma régional de cohérence écologique de Haute-Normandie entre la trame verte et bleue, de sorte que la haie séparant les parcelles n°64 et 66 présente un intérêt écologique important. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle est nécessaire, au moins en partie, pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques. Enfin, la circonstance que les auteurs du plan local d'urbanisme n'aient pas souhaité classer le verger présent sur la parcelle cadastrée section AD n°538 comme élément à protéger est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, en identifiant ce site comme un secteur agricole à protéger au regard des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, le plan local d'urbanisme de la commune de Bourth n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
20. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le plan d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le plan d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du plan d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
21. Le plan d'aménagement de développement durables arrêté par la commune de Bourth se fixe comme objectifs dans son axe n°4 de " préserver et mettre en valeur le cadre environnemental " par le biais notamment de " préserver les éléments constitutifs de la trame verte et bleue et œuvrer à sa restauration " et " maintenir et valoriser la place de la biodiversité en milieu urbanisé ". Pour contester la cohérence entre le règlement et le PADD, le requérant fait valoir d'une part que les orientations d'aménagement et de programmation ouvrant à l'urbanisation les secteurs de " Bonnette " et de " Rue Creuse " sont en contradiction avec les objectifs de préservation des espaces agricoles cultivés et des espaces de biodiversité et, d'autre part, que le classement prévu par le règlement traduit une incohérence avec les objectifs de construction prévus par le PADD, et notamment de l'orientation n°2 " définir une politique d'urbanisation économe en foncier participant à dynamiser le centre-bourg ".
22. Il ressort des pièces du dossier et notamment des orientations d'aménagement et de programmation que le secteur des " Bonnettes " qui correspond à d'anciennes parcelles agricoles appartenant désormais à la municipalité a d'ores et déjà fait l'objet d'un aménagement pour accueillir une maison médicale et un parking, ce site bénéficiant d'une localisation à proximité du centre bourg. Le secteur d'habitat " rue Creuse " se situe entre le centre bourg et les résidences du Pré Saule et de la Passerelle (habitat groupé). Il ressort des pièces du dossier que les surfaces aménageables respectivement de 2,2 hectares et de 0,53 hectares sont incluses au sein d'espaces urbanisés et qu'elles ne sont pas viables pour le développement d'activités agricoles. Par ailleurs, si le requérant fait état de la présence de cinq espèces d'oiseaux protégés dans le secteur de la Bonnette, il ressort de l'évaluation environnementale que les espèces recensées sur ce secteur sont toutes communes et en bon état de conservation au niveau national et régional. Si le requérant soutient que le règlement est incohérent avec les objectifs de construction de logements en ce que la création de logements sur le secteur " rue Creuse " nécessite l'accord des propriétaires pour céder leurs terrains, l'absence de maîtrise foncière des terrains est toutefois sans incidence sur la légalité du plan local d'urbanisme. Enfin, eu égard à ce qui a été dit au point précédent du présent jugement, le classement en zone NAp des parcelles du requérant est cohérent avec les objectifs du plan d'aménagement et de développement arrêtés par la commune de Bourth.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 27 octobre 2021 du conseil communautaire de l'Interco Normandie sud Eure, ni à demander l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles dont il est propriétaire en zone agricole à protéger. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction.
Sur les frais d'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Interco Normandie sud Eure, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Interco Normandie sud Eure.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : M. C versera une somme de 1 500 euros à la communauté de communes Interco Normandie sud Eure en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté de communes Interco Normandie sud Eure.
Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Bourth.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
Mme Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
Le rapporteur,
V. Le Duff
La présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
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01/06/2026