mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MORIN & BARBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2022, M. F E, représenté par Me Barbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision n° 1818/2021 du 16 décembre 2021 par laquelle le préfet de la région Normandie lui a infligé, en sa qualité de capitaine du navire de pêche, dénommé " Egalité " et immatriculé DP 645 006, une amende administrative d'un montant de 12 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- la société Ramses, armateur du navire, n'a pas été informée des infractions relevées et n'a donc pas pu faire valoir ses observations ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'élément moral de l'infraction n'est pas constitué ;
- la sanction est disproportionnée, le montant de l'amende devant être ramené à de plus justes proportions et ne saurait être supérieur à 2 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l'arrêté n° 7/2021 du 13 janvier 2021 du préfet de la région Normandie fixant le régime des zones de pêche de la coquille Saint-Jacques dans le secteur " Hors Baie de Seine " et sur le gisement classé de la Baie de Seine au titre de la campagne 2020-2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. M. E est capitaine du navire de pêche dénommé " Egalité ", immatriculé DP 645 006 et dont l'armateur est la société Ramses. Le 4 février 2021, les agents de l'unité littorale des affaires maritimes de la Seine-Maritime ont constaté, à l'occasion d'un contrôle en mer, que le navire avait pêché illégalement entre le 31 janvier 2021 et le 2 février 2021 des coquilles Saint-Jacques dans la zone 15 où la pêche de cette espèce est interdite. Le 16 mars 2021, M. E a été avisé des faits relevés à son encontre et a présenté ses observations le 4 octobre 2021. Par la décision attaquée n° 1818/2021 du 16 décembre 2021, le préfet de la région Normandie lui a infligé, pour les faits de pêche à la coquille Saint-Jacques dans une zone interdite, une amende administrative d'un montant de 12 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature () : () 4° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans la région. / () Ces chefs ou responsables de service () peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité () ".
3. En vertu du a) de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2020 régulièrement publié le 2 septembre 2020 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de la région Normandie, a donné à M. B D, directeur interrégional de la mer Manche Est - mer du Nord, délégation à effet de signer les sanctions administratives prévues aux articles L. 946-1 à L. 946-7 du code rural et de la pêche maritime et l'a autorisé à subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. Par une décision n° 1669/2021 du 16 novembre 2021, publiée au recueil des actes administratifs spécial le 17 novembre 2021, M. B D a accordé à M. H A, chef du service du contrôle des activités maritimes et signataire de la décision litigieuse, délégation pour signer l'ensemble des décisions mentionnées a) de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2020, dont font partie les sanctions relatives à la règlementation sur la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime. Elle mentionne en outre que le navire de pêche dénommé " Egalité " a évolué dans la zone 15 entre le 31 janvier 2021 et le 2 février 2021 pour pêcher des coquilles Saint-Jacques alors que la pêche dans cette zone était interdite en vertu de l'arrêté du 13 janvier 2021. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
5. En troisième lieu, la sanction administrative n'ayant pas été prononcée à l'encontre de la société Ramses, armateur du navire, l'administration n'était pas tenue de l'aviser des faits relevés et de recueillir préalablement ses observations sur les sanctions encourues. Si la décision litigieuse mentionne à tort que cette société a été informée des griefs, cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, demeure sans incidence sur la régularité de la procédure et la légalité de la décision contestée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées et sous réserve de l'article L. 946-2, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : 1° Une amende administrative égale au plus : a) A cinq fois la valeur des produits capturés, débarqués, transférés, détenus, acquis, transportés ou mis sur le marché en violation de la réglementation, les modalités de calcul étant définies par décret en Conseil d'Etat ". En vertu de l'arrêté n° 7/2021 du 13 janvier 2021 fixant le régime des zones de pêche de la coquille Saint-Jacques dans le secteur " Hors Baie de Seine " et sur le gisement classé de la Baie de Seine au titre de la campagne 2020-2021, la pêche des coquilles Saint-Jacques est interdite, à compter du 13 janvier 2021, dans la zone 15 dont les coordonnés sont : " 50° 01'N - 001° 02'E ".
7. M. E fait valoir qu'il n'a eu aucune intention de frauder. Toutefois, l'amende administrative que prévoit l'article L. 946-1 a pour objet de sanctionner les manquements à la réglementation de la pêche, notamment le fait de pratiquer la pêche de certaines espèces dans une zone ou à une période où leur pêche est interdite, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation dudit manquement. Par ailleurs et en tout état de cause, M. E, qui est un marin pêcheur expérimenté, ne peut sérieusement invoquer la confusion engendrée par le découpage des zones et soutenir ainsi qu'il croyait légitimement être dans la zone autorisée, alors qu'en application de l'arrêté du 13 janvier 2021 susvisé, l'interdiction de pêche des coquilles Saint-Jacques portait sur l'ensemble de la zone 15. Il suit de là que le moyen tiré de l'absence de caractère intentionnel du manquement doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 946-4 du code rural et de la pêche maritime : " Les amendes prévues aux articles L. 946-1 à L. 946-3 sont proportionnées à la gravité des faits constatés et tiennent compte notamment de la valeur du préjudice causé aux ressources halieutiques et au milieu marin concerné ".
9. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de constat d'infraction établi par l'agent assermenté de contrôle des pêches qui a procédé à une exploitation du journal de pêche électronique du navire, que M. E déclare avoir pêché, ce qu'il ne conteste pas au demeurant, un total de 1 664 kg de coquilles Saint-Jacques pour la marée du 31 janvier 2021 au 2 février 2021.
10. M. E ne peut utilement invoquer, afin de contester le montant de l'amende, la situation économique et financière de la société Ramses dès lors que la sanction n'est pas prononcée à l'encontre de l'armateur. L'autorité administrative pouvait d'ailleurs légalement, et contrairement à ce qui est allégué, infliger l'amende, comme en l'espèce, au seul capitaine du navire en application de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime. Enfin, si M. E se prévaut également de sa qualité de salarié, il n'apporte aucune précision en ce qui concerne la rémunération qu'il perçoit en tant que capitaine de pêche. Dans ces conditions, eu égard à l'objectif poursuivi de protection et de conservation du gisement de la baie de Seine, à la nécessité de sauvegarder les intérêts économiques de l'ensemble des producteurs de coquilles Saint-Jacques ainsi que les intérêts des consommateurs, le préfet de la région Normandie n'a pas, en fixant le montant de l'amende à 12 000 euros, prononcé une sanction disproportionnée à la gravité du manquement commis.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 du préfet de la région Normandie.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans l'instance la partie perdante, la somme que demande M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
S. CLa présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026