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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200700

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200700

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, et un mémoire, enregistré le 23 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision déclarant irrecevable sa demande de titre de séjour et refusant de lui délivrer un tel titre ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son assignation à résidence ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, subsidiairement, de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, subsidiairement de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par le jugement n°220700 du 25 février 2022, le magistrat désigné du tribunal a réservé les conclusions tendant à l'annulation des décisions adoptées le 18 février 2022 par le préfet de la Seine-Maritime en ce qui concerne le droit au séjour de Mme A, qui relèvent d'une formation collégiale.

Mme A soutient que :

- la décision déclarant irrecevable sa demande de titre de séjour n'a pas été adoptée à la suite d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 février 2022 et le 25 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la " décision " du 18 février 2022 portant refus de séjour implicite, cette décision étant inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant Mme A, présente.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise (Brazzaville), née le 11 août 1974, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 20 novembre 2015. Elle a présenté, le 24 avril 2017, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 31 juillet 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le12 janvier 2018. Par un arrêté du 9 mars 2018, le préfet de la Seine-Maritime a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme A a sollicité, le 6 juin 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 novembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ces décisions ont été confirmées par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 28 mai 2021 et une ordonnance de la cour administrative d'appel de Douai du 29 décembre 2021. Par un arrêté du 18 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par jugement du 25 février 2022, le magistrat désigné du tribunal a annulé la décision d'interdiction de retour prise à l'encontre de la requérante, a rejeté le surplus des conclusions de la requête et a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation des décisions adoptées le 18 février 2022 par le préfet de la Seine-Maritime en ce qui concerne le droit au séjour de Mme A à une formation collégiale du tribunal.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A a présenté une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, sa demande d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ne peut qu'être rejetée.

Sur la " décision " implicite de refus de séjour

4.L'arrêté du 18 février 2023 a été pris sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison du maintien de la requérante en situation irrégulière sur le territoire national à la suite de la décision du 18 novembre 2020 lui refusant le séjour et adoptant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, et non à la suite d'un refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions dirigées contre un refus implicite de délivrance d'un titre de séjour sont dirigées contre une décision qui n'existe pas et doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.

Sur la décision déclarant irrecevable la demande de titre de séjour :

5. En premier lieu, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été initialement convoquée le 27 janvier 2022 dans le cadre d'une procédure de vérification de départ en raison de l'obligation de quitter le territoire français adoptée à son encontre le 18 novembre 2020, confirmée par le tribunal administratif le 28 mai 2021 et la cour administrative d'appel le 29 décembre 2021. En raison de sa déclaration de cas contact au Covid- 19, la convocation de l'intéressée a été reportée au 9 février 2022, date à laquelle celle-ci a indiqué avoir déposé une nouvelle demande de titre de séjour, le 4 février 2022. Cette dernière demande, dans laquelle l'intéressée ne se prévalait pas d'éléments nouveaux mais de la durée de son séjour en France, doit être regardée comme ayant été déposée dans le seul but de faire échec à la mesure d'éloignement adoptée à l'encontre de Mme A. Elle présentait ainsi, au regard des circonstances de l'espèce, un caractère dilatoire, justifiant qu'il n'y soit pas donné suite. Elle a dès lors pu être rejetée en raison de son irrecevabilité. Le moyen doit, par suite, être écarté.

7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Dès lors, le moyen ne peut être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

J. COTRAUD

La présidente-rapporteure,

C. VAN MUYLDER Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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