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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200823

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200823

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 février 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 mai 2022, M. B C, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'une saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 7b de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Elatrassi-Diome, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 12 juin 1995, déclare être entré en France en 2017, muni d'un visa court-séjour. Le 2 décembre 2021, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 7b et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 21 janvier 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet de la Seine-Maritime par l'arrêté n° 21-108 du 21 décembre 2021. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision de ne pas admettre M. C au séjour. Cette décision est donc suffisamment motivée. En outre, il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettres c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " aux ressortissants algériens est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour.

5. Il est constant que M. C, entré sur le territoire national sous couvert d'un visa court-séjour, est démuni de visa de long séjour, l'intéressé étant en situation irrégulière depuis 2017. L'absence d'un tel visa constitue, par elle-même, un motif suffisant pour permettre au préfet de la Seine-Maritime de refuser à l'intéressé la délivrance du certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié " prévu par les stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, la décision contestée ne méconnaît pas ces stipulations.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. M. C, qui réside sur le territoire national depuis cinq ans, se prévaut de la présence de sa sœur en France. Toutefois, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. La circonstance qu'il travaille en tant que conducteur d'engins dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale, l'intéressé ne se prévalant pas de l'existence d'attaches personnelles ou familiales autres que sa sœur, sur le territoire national. Enfin, il n'est pas soutenu, ni même allégué, que M. C serait dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence, jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime, a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, refuser d'admettre M. C au séjour.

8. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant qu'elles prévoient la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", ne peuvent pas être utilement invoquées par M. C, dès lors qu'elles ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Au demeurant, il ressort clairement des termes de la décision litigieuse que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait application de ces dispositions, pas plus qu'il ne lui a opposé l'absence de visa de long-séjour dans ce cadre. Le moyen tiré de la méconnaissance directe des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par conséquent être écarté.

10. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Pour les motifs indiqués au point n°7 et dès lors que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, ni plus que de motifs exceptionnels, de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation que le préfet de la Seine-Maritime a pu rejeter sa demande.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

13. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article 6-5 de l'accord franco algérien, équivalentes à celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Toutefois, dès lors que M. C, ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par M. C n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, le refus de séjour opposé à M. C n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite.

16. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour le motif exposé au point n°2.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été au point n°3, la décision de refus de séjour opposée à M. C est suffisamment motivée. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, n'est entachée d'aucune insuffisance de motivation.

18. En quatrième lieu, la décision litigieuse n'est pas entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant.

19. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la décision portant obligation de quitter le territoire, il a présenté une demande de titre de séjour au soutien de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents de sa situation personnelle. L'administration n'était dès lors pas tenue de lui permettre de présenter des observations spécifiques sur la décision d'éloignement, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de sa demande de titre de séjour, il pourrait être obligé de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

20. En sixième lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les motifs exposés au point n°7.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

21. En premier lieu, l'obligation faite à M. C de quitter le territoire national n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

22. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité algérienne du requérant et indique que l'intéressé n'allègue ni n'établit être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision litigieuse. Cette décision est, par suite, est suffisamment motivée.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Assistés de Mme Rahili, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. A

La présidente,

Signé

A. GAILLARD

La greffière,

Signé

A. RAHILI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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