jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. B A, représenté par Me Antoine Mary, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté non daté par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement, à la SELARL MARY et INQUIMBERT, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision rejetant sa demande de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022.
Par ordonnance du 15 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2022 à 12 heures.
Un mémoire en défense a été produit le 8 juin 2022 par le préfet de la Seine-Maritime et n'a pas été communiqué.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Vercoustre, pour M. B A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 5 octobre 2002 à Conakry (Guinée) déclare être entré en France en septembre 2017. Le 5 octobre 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté non daté, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision litigieuse vise, notamment les articles L. 423-22 et L. 611-1, L. 721-4 et L721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 8 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. La décision attaquée précise notamment la situation personnelle et familiale du requérant, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, sa situation professionnelle ainsi que sa situation scolaire. Ainsi, la décision litigieuse, qui n'a pas à exposer les buts poursuivis par le préfet et qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet a entendu se fonder pour refuser l'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfant le 26 septembre 2017, a été inscrit en seconde générale au lycée Claude Monet du Havre, puis a été transféré à Rouen, où il serait resté sans orientation scolaire pendant de long mois malgré les relances de son éducatrice à l'institut départemental de l'enfance, de la famille et du handicap pour l'Insertion (IDEFHI). L'intéressé a effectué divers stages, il a signé un contrat d'engagement en décembre 2018, il a été affecté le 29 avril 2019 au lycée du Val de Seine en certificat d'aptitude professionnelle d'agent polyvalent de restauration (CAP APR) dans le cadre duquel il a effectué un stage de vingt jours en 2019 et deux stages en juillet 2019 qui ont débouché sur un contrat d'apprentissage en novembre 2019. Par ailleurs, il soutient, sans l'établir, qu'il est un artiste réputé qui a joué à Bercy, qu'il a enregistré de " nombreux singles " et que la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) lui a réclamé ses papiers pour pouvoir lui verser ses droits d'auteur. Toutefois, il ressort notamment de sa demande de titre de séjour qu'il a interrompu son contrat d'apprentissage afin de poursuivre des activités de musiciens qu'il pratiquait à la même période. Dans ces conditions M. A, ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, du suivi réel et sérieux d'une formation. Enfin, si M. A soutient qu'il travaille dans le domaine artistique et musical, cette seule circonstance, est sans incidence sur son droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées, eu égard à ce qui précède. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A soutient qu'il réside en France depuis 5 ans, qu'il n'a plus de liens avec la Guinée, qu'il est intégré socialement en France et qu'il est un artiste réputé. Toutefois, M. A est célibataire et sans enfant à charge, il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans et où vivent sa mère et son père. De plus, s'il soutient avoir de nombreux liens au Havre, il ne produit que deux attestations de proches, ce qui n'est pas de nature à suffisamment caractériser une insertion sociale particulière, ni des liens personnels et familiaux en France. Enfin, s'il fait valoir sa qualité d'artiste, les seuls captures d'écran relatif au nombre de vues sur des vidéos sur internet et les attestations qu'il verse au dossier, ne sauraient, à elles seules, lui conférer une intégration socio-professionnelle particulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
8. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français, décision qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour, et la décision fixant le pays de renvoi découle nécessairement de l'obligation de quitter le territoire. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur ces deux dernières décisions, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
12. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la décision fixant le pays de renvoi, il a présenté une demande de titre de séjour à l'appui de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents de sa situation personnelle. Comme il a été dit au point précédent, l'administration n'était pas tenue de lui permettre de présenter des observations spécifiques sur la décision contestée, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande de titre de séjour, il pourrait être obligée de quitter le territoire français et être renvoyé vers son pays d'origine ou tout pays où il est légalement admissible. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.
13. En deuxième lieu, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement
14. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il court le risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée, il n'assortit cette allégation d'aucun élément relatif à la nature ou à l'origine de tels risques. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.
15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté non daté du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Antoine Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La présidente- rapporteure,
Signé
A. CL'assesseur le plus ancien,
Signé
C. BOUVET La greffière,
Signé
A. RAHILI
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200830
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026