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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200836

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200836

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 février 2022 et le 13 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Caroline Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte séjour temporaire, valable un an, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas d'annulation de la décision de refus de séjour pour un autre motif qu'au fond, de la décision d'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État, représenté par le préfet de la Seine-Maritime, le versement, à la SELARL Mary et Inquimbert, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

La décision rejetant sa demande de titre de séjour :

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, l'administration n'établissant pas avoir saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et la régularité de l'avis qu'il aurait rendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne distingue pas la notion de vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, l'administration n'établissant pas avoir saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et la régularité de l'avis qu'il aurait rendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne distingue pas la notion de vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Inquimbert, représentant Mme A B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne né le 8 octobre 1966 à Oran (Algérie), est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 22 janvier 2020. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. Par un arrêté du 1er décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus du titre de séjour :

2. En premier lieu, si Mme B soutient que l'absence de communication ou de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII entache la décision litigieuse d'un vice de procédure, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime, qui n'était pas tenu d'adresser cet avis à l'intéressée préalablement à l'arrêté attaqué en l'absence d'une demande de sa part tendant à la communication de cet avis, a en tout état de cause produit ledit avis dans le cadre de la présente instance. Si Mme B soutient qu'en l'absence de cet avis, elle ne peut en apprécier la régularité, elle n'a pas critiqué celle-ci après avoir été mise en possession de l'avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

4. Le collège des médecins de l'OFII a indiqué dans son avis du 24 septembre 2021 que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée, eu égard aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ce même avis relève également que son état de santé lui permet de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Pour contredire cet avis, Mme B, qui souffre d'hypertension, de diabète et de sarcoïdose, fait valoir que certaines de ses pathologies n'ont pas été diagnostiquées avant son arrivée en France, qu'elle est contrainte de prendre des traitements à vie, qu'elle est sous surveillance biologique et radiologique régulière, qu'elle est contrainte d'être alitée pour des périodes pouvant durer d'une semaine à un mois et qu'elle ne peut prétendre à un traitement effectif dans son pays d'origine. De plus, elle produit un certificat médical du 27 janvier 2022 faisant état d'un suivi pour une maladie auto-immune symptomatique de type sarcoïdose multi-sites, traitée par immuno suppresseurs justifiant une surveillance hospitalière régulière en France , un compte rendu d'hospitalisation du 10 janvier 2022, trois ordonnances de laboratoire du 2 décembre 2020, du 20 octobre 2021 et du 3 décembre 2021, ainsi que cinq ordonnances médicales prescrivant divers médicaments, du 26 octobre 2020, du 21 mai 2021, du 1er juillet 2021, du 2 septembre 2021 et du 3 décembre 2021. Toutefois, les certificats médicaux produits ne permettent pas d'établir que le suivi médical dont doit faire l'objet Mme B ne serait pas disponible en Algérie. En outre, si le certificat médical du 27 janvier 2022 indique la nécessité d'un suivi en France, ce document ne comporte aucune explication sur l'impossibilité d'un tel suivi en Algérie. Enfin, si Mme B soutient dans ses écritures avoir été hospitalisée en urgence du 6 au 11 janvier 2022 après un malaise avec perte de connaissance et qu'elle doit dorénavant consulter un gastro-entérologue, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces circonstances de fait postérieures à l'arrêté attaqué, décrivent une situation antérieure à celui-ci. Dès lors, et nonobstant la gravité de l'état de santé qu'ils décrivent, ils sont sans conséquence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour qui doit s'apprécier à la date à laquelle elle est intervenue. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'imposent pas à l'autorité préfectorale de procéder à un examen distinct du droit au séjour de la requérante au titre de sa vie privée, d'une part, et de sa vie familiale, d'autre part.

7. Mme B soutient qu'elle est suivie en France pour plusieurs pathologies graves, qu'elle est prise en charge par son fils et sa belle-fille et qu'elle est dépendante de ces derniers dès lors qu'elle est de plus en plus contrainte d'être alitée, qu'elle est divorcée et n'a qu'un fils qui réside en France et dispose d'une carte de résident, qu'elle est venue en France en raison de la perte de son travail et afin de retrouver les membres de sa famille, que ses parents sont décédés, qu'elle n'a plus de lien avec ses frères et sœurs en Algérie et qu'elle a pu nouer une relation affective avec ses petits-enfants. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit précédemment que la requérante peut bénéficier d'un traitement approprié en Algérie et Mme B n'établit pas que l'aide qu'elle requiert ne pourrait pas être apportée par un tiers, autre que son fils et sa belle-fille. De plus, si Mme B indique que son fils, l'un de ses frères, l'une de ses sœurs et quatre de ses neveux et nièces résident en France, il ressort des pièces du dossier que son fils est majeur et qu'elle n'est pas dépourvue de tous liens familiaux dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans et où vivent sept de ses frères et sœurs. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de Mme B, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision portant refus d'admission au séjour n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette illégalité entraînerait celle de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Si Mme B soutient que les traitements qui lui sont nécessaires ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, elle n'apporte aucune pièce au dossier permettant d'établir l'absence de traitement effectif en Algérie dont elle se prévaut. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Caroline Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2022.

La présidente- rapporteure,

Signé

A. C

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. LEDUCLa greffière,

Signé

A. RAHILI

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200836

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