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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200873

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200873

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantDE BEZENAC & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 mars 2022, 24 juin 2022 et 30 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Bézenac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Grand-Couronne a refusé de faire droit à sa demande de permis de construire modificatif ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Grand-Couronne de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Grand-Couronne la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté du 7 janvier 2022 est illégal, dès lors que :

- le motif de refus qui lui a été opposé révèle que la commune a refusé d'instruire sa demande de permis de construire modificatif ;

- le motif qui lui est opposé n'est pas valable ; la commune ne pouvait fonder son refus sur les refus de permis de construire modificatifs qui lui avaient été opposés les 11 février 2020 et 10 mars 2020 ;

- son projet ne méconnaît aucune des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie, seul applicable à son projet.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 avril 2022, 6 septembre 2022 et 17 octobre 2022, la commune de Grand-Couronne conclut au rejet de la requête et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de M. A.

Elle fait valoir que :

- la requête est devenue sans objet, dès lors que par un jugement du 18 mai 2022, le tribunal judiciaire de Rouen a confirmé la méconnaissance, par le pétitionnaire, du permis de construire initial du 19 avril 2017 et l'a condamné à la démolition des trois garages ;

- elle est irrecevable, dès lors que l'arrêté du 7 janvier 2022 est confirmatif des arrêtés des 11 février 2020 et 10 mars 2020, dont les effets juridiques ne sont pas interrompus et qui n'ont pas été contestés dans les délais de recours contentieux ouverts à leur encontre ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Muta, substituant Me Bézenac, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a acquis, par le biais de la société civile immobilière (SCI) DAM, dont il est gérant, la parcelle cadastrée AH n° 813, située 42 rue de bas à Grand-Couronne. Le 23 mai 2016, il a déposé une demande de permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle sur cette parcelle. Par un arrêté n° PC 76319 16 00080 du 18 août 2016, le maire de la commune a fait droit à cette demande. Le 1er mars 2017, M. A a déposé une nouvelle demande de permis de construire en vue de la réalisation de trois garages sur cette même parcelle. Par un arrêté n° PC 76319 17 00022 du 19 avril 2017, le maire de la commune a fait droit à cette demande, sous réserve de l'application des droits des tiers et du respect des avis, observations et prescriptions formulés par la direction de l'assainissement de la métropole Rouen Normandie, le 11 avril 2017. Par un procès-verbal établi le 17 juillet 2017, un huissier de justice a notamment constaté " la construction de garages ne se trouvant pas conformes au code de l'urbanisme, à savoir qu'ils ne se trouvent ni en bordure de la clôture séparatrice, ou à défaut à trois mètres de celle-ci ". Par actes d'huissier du 14 décembre 2017, la commune de Grand Couronne a assigné M. A et la SCI DAM devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Rouen afin de solliciter, à titre principal, la destruction des trois garages mentionnés ci-dessus. Par une ordonnance du 10 avril 2018, le juge des référés du tribunal judiciaire de Rouen a ordonné une expertise en vue, notamment, de " dire si l'implantation des constructions sur la parcelle AH13 est conforme aux permis de construire délivrés ". Par acte d'huissier du 30 mars 2020, les voisins de M. A ont assigné ce dernier, ainsi que la SCI DAM, afin qu'ils soient condamnés à l'enlèvement de l'ensemble des remblais et terres situés sur la parcelle AH n° 813. Par conclusions signifiées le 22 septembre 2020, la commune de Grand-Couronne a demandé, par la voie de l'intervention volontaire, la condamnation de M. A et de la SCI DAM à démolir les constructions édifiées sur cette parcelle, en méconnaissance des permis de construire nos PC 76319 16 00080 et PC 76319 17 00022. Par un jugement du 18 mai 2022, le tribunal judiciaire de Rouen a notamment jugé que les trois garages en cause ont été réalisés sur la parcelle AH n° 813 en méconnaissance du permis de construire n° PC 76319 17 00022 et a condamné la SCI DAM à les démolir. M. A a interjeté appel de ce jugement. Les 22 janvier 2020 et 21 février 2020, l'intéressé a déposé des demandes de permis de construire modificatifs, s'agissant du permis n° PC 76319 17 00022, en vue de la régularisation de ses trois garages. Par arrêtés des 11 février 2020 et 10 mars 2020, le maire de la commune a refusé de délivrer les permis de construire modificatifs sollicités. Le 17 décembre 2021, l'intéressé a déposé une nouvelle demande de permis de construire modificatif, s'agissant du même permis, dans le but de mettre en conformité à l'autorisation préalablement délivrée les trois garages édifiés sur la parcelle AH n° 813. Par un arrêté du 7 janvier 2022, le maire de la commune de Grand-Couronne a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2022.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Grand-Couronne :

2. La seule circonstance, non contestée, que par un jugement du 18 mai 2022, qui est au demeurant frappé d'appel, le tribunal judiciaire de Rouen a jugé que trois garages ont été construits sur la parcelle AH n° 813 en méconnaissance du permis de construire n° PC 76319 17 00022 et a condamné la SCI DAM à démolir ces garages, n'est pas de nature à priver d'objet la présente instance, ce jugement n'ayant ni pour objet ni pour effet de retirer l'arrêté contesté du 7 janvier 2022. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Grand-Couronne doit, dès lors, être écartée.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Grand-Couronne :

3. Il ressort des pièces du dossier que les objets des demandes de permis de construire modificatifs déposées les 22 janvier 2020 et 21 février 2020, portaient respectivement sur l' " ajout d'un appentis entre la limite séparative et les 3 garages " et l' " allongement de la toiture des garages ". Il ressort également des pièces du dossier que l'objet de la demande de permis de construire déposée le 17 décembre 2021 porte sur l' " édification d'un mur de clôture et prolongement des toitures des garages ". Ainsi, l'arrêté du 7 janvier 2022 portant refus de la demande du 17 décembre 2021 ne peut être regardé comme confirmatif des arrêtés des 11 février 2020 et 10 mars 2020 portant refus des demandes des 22 janvier 2020 et 21 février 2020 mentionnées ci-dessus.

4. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Grand-Couronne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 3.2., " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ", du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " Au-delà de la bande de constructibilité / Les constructions peuvent s'implanter sur les limites séparatives : / - si leur hauteur au point le plus haut d'excède pas 3,5 m au droit de la limite séparative et si leur gabarit reste compris à l'intérieur d'un angle de 45° au-delà des 3,5 m (voir schéma opposable n°23 au sein du Livre 1) ; / - ou si elles s'adossent à un mur de clôture existant ou à un bâtiment implanté en limite. () ".

6. Pour refuser de faire droit à la demande de permis de construire de M. A, le maire de la commune de Grand-Couronne a considéré que cette demande " est rattachée aux demandes de permis de construire susvisées [des 22 janvier 2020 et 21 février 2020] ayant reçu un avis défavorable ", ces " avis " étant les arrêtés des 11 février 2020 et 10 mars 2020 mentionnés au premier point du présent jugement.

7. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que les arrêtés des 11 février 2020 et 10 mars 2020 ont été pris notamment sur le fondement des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Grand-Couronne, alors applicables, il est constant que le plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie, entré en vigueur le 21 février 2020, est seul applicable à la demande de M. A déposée le 17 décembre 2021. Ainsi, le maire de la commune de Grand-Couronne ne pouvait valablement opposer au pétitionnaire, sans méconnaître le champ d'application de la loi, la seule circonstance que sa demande de permis de construire modificatif se rattachait à deux précédentes demandes qui ont été instruites et refusées au regard de dispositions alors applicables du plan local d'urbanisme communal.

8. Par ailleurs, s'il est constant que les trois garages construits après délivrance d'un permis de construire le 19 avril 2017 sont irréguliers au regard de cette autorisation d'urbanisme en ce qu'ils ne sont pas implantés en limite séparative du terrain d'assiette du projet, cette seule irrégularité, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle est régularisable, ne saurait, contrairement à ce que fait valoir la commune, justifier le refus en litige. Il ressort des pièces du dossier que le projet objet de la demande de permis de construire modificatif du 17 décembre 2021 prévoit l'implantation des garages en cause en limite séparative de propriété, conformément aux dispositions précitées de l'article 3.2. du règlement de la zone UAB du plan local d'urbanisme métropolitain, par la création d'un mur en limite séparative et le prolongement de la toiture des garages jusqu'à ce mur.

9. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le maire de la commune de Grand-Couronne a entaché l'arrêté du 7 janvier 2022 d'illégalité en fondant cet arrêté sur les refus de permis de construire modificatifs qui lui avaient été opposés les 11 février 2020 et 10 mars 2020.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen présenté à l'appui de la requête de M. A n'est pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder l'annulation de l'arrêté contesté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Grand Couronne a refusé de faire droit à sa demande de permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article 1.2., " Types d'activités, destinations et sous-destinations autorisés sous conditions " du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " Peuvent être autorisés : / () - Les exhaussements et affouillements du sol à condition qu'ils ne portent pas atteinte à l'environnement et à l'aspect paysager et qu'ils soient rendus nécessaires / - pour une occupation du sol admise ou nécessaire à l'urbanisation, dans la mesure où les aménagements ou les constructions sont adaptés par leur type ou leur conception à la topographie du sol existant avant travaux. () ".

13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

14. En l'espèce, le présent jugement annule l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Grand-Couronne a refusé de faire droit à la demande de permis de construire modificatif déposée par M. A. Le tribunal a censuré l'unique motif retenu par le maire pour prendre cet arrêté.

15. En outre, alors que les dispositions précitées de l'article 1.2. du règlement de la zone UAB du plan local d'urbanisme métropolitain autorisent, sous conditions, les exhaussements, il ne résulte pas de l'instruction que le projet en cause prévoirait la création d'un tel exhaussement de terrain, lequel avait au demeurant été autorisé par arrêté du 19 avril 2017 portant délivrance d'un permis de construire, devenu définitif. En tout état de cause, il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'exhaussement ainsi autorisé, dont il n'est pas contesté qu'il est rendu nécessaire pour une occupation du sol admise à l'urbanisation, porterait atteinte à l'environnement et à l'aspect paysager au sens des dispositions précitées.

16. Il suit de là qu'il ne résulte ni de l'instruction, ni des dispositions en vigueur à la date de l'arrêté en litige, que celles-ci interdisent d'accueillir la demande d'injonction pour un motif que la commune n'avait pas relevé jusqu'alors ni que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement ferait obstacle à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme en cause. Par suite, les motifs d'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2022 impliquent nécessairement que la commune de Grand-Couronne délivre à M. A le permis de construire modificatif sollicité. Un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir est imparti à la commune à cette fin.

Sur les dépens :

17. La présente instance ne comprenant aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Grand-Couronne ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Grand-Couronne la somme de 1 200 euros réclamée par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Grand-Couronne a refusé de faire droit à la demande de permis de construire modificatif de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grand-Couronne de délivrer à M. A le permis de construire modificatif sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Grand-Couronne versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Grand-Couronne présentées au titre des dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Grand-Couronne.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé :

D. CLa présidente,

Signé :

P. BaillyLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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