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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200881

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200881

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022 et un mémoire en production de pièce n'ayant pas été communiqué, enregistré le 5 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir,;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît le droit à une bonne administration, au regard notamment de l'obligation de motivation et du traitement impartial, équitable et diligent des demandes, ainsi que les droits de la défense ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-13 et R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le droit à une bonne administration, au regard notamment de l'obligation de motivation et du traitement impartial, équitable et diligent des demandes, ainsi que les droits de la défense ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent le droit à une bonne administration, au regard notamment de l'obligation d'accès aux informations, du droit d'être entendu, de la motivation et de l'examen complet de sa demande, ainsi que les droits de la défense ;

- elles sont, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvues de base légale ;

- elles procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 12 janvier 2022 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Leroy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 16 mai 2003, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 27 septembre 2017. Il a bénéficié d'un placement provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) le 2 octobre 2017 dont la mainlevée a été prononcée par jugement du 7 juin 2018. M. A a déposé une demande d'admission au séjour le 13 août 2021 au titre des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 19 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. A ne pouvait justifier de son identité, qu'il était dépourvu d'un visa de long séjour lui permettant d'étudier en France, que, célibataire et sans enfants ne justifiant d'aucune ressources ni d'un logement, il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résidaient encore sa mère et son frère avec lequel il indiquait être en contact, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. M. A, entré sur le territoire français dans le courant du second semestre 2017 et qui a bénéficié d'un placement auprès de l'ASE pour une période de 7 mois, a été régulièrement scolarisé depuis 2017. À compter de l'année 2018/2019, il a intégré un cursus professionnel de technicien du bâtiment, en classe de seconde, puis en classe de première pour l'année 2019-2020 et a obtenu son baccalauréat professionnel en 2021. Il ressort d'attestations produites par deux enseignants, le proviseur du lycée et une assistante sociale scolaire que l'intéressé a fait montre, durant sa scolarité, d'assiduité, de sérieux et d'une réelle volonté d'intégration. Durant cette période, M. A a également effectué des stages d'une durée d'un mois au sein de la société Eurovia au cours desquels il a donné satisfaction. Depuis l'année 2021-2022, il est inscrit en BTS " travaux publics " et a poursuivi des stages dans la même entreprise qui a attesté vouloir l'embaucher en contrat d'apprentissage pour l'année 2022-2023. Par suite, nonobstant le doute émis par le préfet de la Seine-Maritime quant à l'âge de l'intéressé, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France qui a placé le centre de ses intérêts privés sur le territoire national, la décision du préfet de la Seine-Maritime du 19 octobre 2021 a, dans les circonstances particulières de l'espèce, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 octobre 2021 et, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer au requérant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Leroy, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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