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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200888

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200888

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 28 février 2022 et le 1er septembre 2022, M. A N'Diaye, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. N'Diaye soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. N'Diaye ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 26 janvier 2022 par laquelle M. N'Diaye a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Deflinne, premier conseiller, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. N'Diaye, ressortissant mauritanien, né le 6 décembre 1989, est entré sur le territoire français le 7 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 mars 2020 et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er avril 2021. Le 14 juin 2021, l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen et, le 13 septembre 2021, il été obligé à quitter le territoire français par arrêté du préfet du Val-d'Oise auquel il n'a pas déféré. M. N'Diaye a déposé une demande d'admission au séjour le 13 octobre 2021 sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux étudiants. Par l'arrêté du 2 décembre 2021 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. N'Diaye ne disposait pas d'un visa de long séjour exigé pour la poursuite des études en France, que, célibataire et sans enfant, il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il avait vécu jusqu'à l'âge de trente ans, qu'il ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. N'Diaye demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. N'Diaye par le préfet de la Seine-Maritime, sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. N'Diaye ne disposait pas d'un visa de long séjour lorsqu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Dès lors que sa situation n'entrait pas dans les cas de dispense de cette condition, énoncée à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est donc à bon droit que le préfet de la Seine-Maritime a refusé, pour ce motif, de faire droit à sa demande.

5. En second lieu, M. N'Diaye, entré sur le territoire français le 7 septembre 2019, soutient que la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de trente ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où il ne justifie pas être isolé. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 2 décembre 2021 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. N'Diaye.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 5.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

8. Il ressort des pièces du dossier que M. N'Diaye s'est vu remettre par le préfet du Val d'Oise, le 23 août 2022, un récépissé de demande de carte de séjour sur lequel, à la rubrique nationalité, est indiqué " réfugié mauritanien ". Dans la mesure où le préfet de la Seine-Maritime ne conteste pas cet élément, M. N'Diaye doit être regardé comme apportant la preuve de craintes pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité et, ainsi, à demander l'annulation de cette décision.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. N'Diaye est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a fixé le pays de son renvoi. L'annulation de la seule décision fixant le pays de destination n'appelle l'adoption d'aucune mesure d'exécution particulière. L'Etat ne pouvant être regardé comme la partie essentiellement perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le conseil du requérant au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 décembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il fixe le pays de renvoi de M. N'Diaye.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A N'Diaye, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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