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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200892

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200892

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBON-JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, la SAS Cellnex France, représentée par Me Bon-Julien demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2022 du maire de la commune de Cléon portant opposition à déclaration préalable de la société SAS Cellnex France déposée en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile de remplacement sur un parking situé rue de Tourville ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cléon de lui délivrer l'attestation de non-opposition prévue à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou à titre subsidiaire de prendre un arrêté de non-opposition dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'arrêté attaqué du 5 janvier 2022 est illégal en ce qu'il procède au retrait d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable, intervenue le 2 janvier 2022, dès lors que la commune a réceptionné un dossier complet le 2 décembre 2021 et non le 8 décembre comme mentionné dans l'arrêté ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré du non-respect du principe du contradictoire ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- à titre subsidiaire, les motifs opposés sont illégaux, dès lors, d'une part, que le projet, situé en zone URP3 du PLUI, ne remet en cause ni les objectifs, ni la mise en œuvre de l'opération de renouvellement urbain et, d'autre part, que l'emplacement, constitué par un parking d'un garage automobile ne présente aucun intérêt particulier ;

- si la référence à l'article 5 de la charte de l'environnement doit être vue comme une volonté de mettre en œuvre le principe de précaution, un tel motif est illégal.

La commune de Cléon n'a pas produit d'observations en défense, malgré une mise en demeure.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 5 janvier 2022, le maire de la commune de Cléon s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS Cellnex France, en vue de l'installation d'une station de radiotéléphonie mobile de remplacement sur un parking situé rue de Tourville, au motif que le projet porte atteinte au programme de renouvellement urbain du quartier Fleurs-Feugrais. Par la présente requête, la société Cellnex France demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; () " Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () " Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Enfin, aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, dite loi ELAN : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, que si l'arrêté en litige fait état d'une déclaration préalable déposée par la société Cellnex France le 8 décembre 2021, la société rapporte la preuve, par la production de l'accusé réception postal du pli contenant sa demande, que sa déclaration a été reçue en mairie le 2 décembre 2021. Il n'est fait état, ni dans la décision, ni en défense que le dossier de demande n'aurait pas été complet. Dès lors, en application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, une décision implicite de non-opposition est intervenue au terme d'un délai d'un mois à compter du 2 décembre 2021, date du dépôt en mairie de la déclaration préalable de travaux de la société Cellnex France. Ainsi, l'arrêté du 5 janvier 2022 doit être regardé comme une décision de retrait de la décision implicite de non opposition dont la société Cellnex France était bénéficiaire depuis le 2 janvier 2022. Dans ces conditions, le maire de la commune a méconnu les dispositions précitées de l'article 222 de la loi ELAN en retirant la décision tacite du 2 janvier 2022 de non-opposition à la déclaration préalable en vue de l'installation d'une station de radiotéléphonie mobile de remplacement.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. ". Et aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; ".

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'arrêté attaqué constitue une décision de retrait d'une décision créatrice de droit et figure ainsi au nombre des actes devant être motivés et devant faire l'objet d'une procédure contradictoire, en application des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société Cellnex France ait été mise en mesure de présenter ses observations préalables à l'édiction de la décision attaquée, ce qui constitue, pour l'intéressée, une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit également être accueilli.

7. Enfin, la commune n'a pu opposer légalement le motif tiré de l'atteinte au programme de renouvellement urbain sur le quartier, alors que le site d'implantation de l'antenne sur le parking d'une zone commerciale, constituée par une concession automobile et une station-service ne présente aucun caractère particulier.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Cellnex France est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 5 janvier 2022 portant opposition à déclaration préalable déposée en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile de remplacement sur un parking situé rue de Tourville.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Cléon a retiré la décision de non opposition tacite à déclaration préalable de la société Cellnex France, implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Cléon de délivrer à la société Cellnex France un certificat de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Cléon la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Cellnex France et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Cléon du 5 janvier 2022 portant opposition à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France d'une station de radiotéléphonie mobile de remplacement sur un parking situé rue de Tourville est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cléon de délivrer à la société Cellnex France un certificat de non-opposition tacite à la déclaration préalable, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cléon versera à la société Cellnex France la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Cellnex France et à la commune de Cléon.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme C et Mme A, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

P. B

L'assesseure la plus ancienne,

D. C

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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